Bruxelles : angoisse à la Commission européenne...

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Bien sûr, la Commission a sagement repoussé à l'après référendum français tous les sujets qui fâchent - ou qui pourraient tout simplement faire débat. Une réforme de la surveillance des aides d'Etat a bien été peaufinée par la commissaire à la Concurrence, Neelie Kroes. Inscrite à l'ordre du jour de plusieurs réunions du collège des commissaires, son étude a finalement été reportée à l'après 29 mai. Neelie Kroes, il est vrai, en a déjà révélé la sulfureuse philosophie: les aides publiques aux entreprises devront maintenant se concentrer dans les nouveaux Etats membres. On coupera donc les robinets à l'Ouest.Dans le même ordre d'idée, certains commissaires sont démangés par l'envie de remettre en cause le financement de la politique agricole commune, dont la France est grande bénéficiaire, pour débloquer les négociations en cours sur le budget européen. Mais ce n'est pas le genre de débat que l'on peut lancer en pleine campagne.La Commission, donc, est paralysée. Pour preuve, elle ne semble véritablement pas réfléchir à un "plan B". Tactiquement, il est certes judicieux de ne pas afficher qu'un "non" relève de l'ordre du probable. Mais il n'est guère prudent, pour autant, de ne pas plancher sur cette hypothèse. "De toute façon, il s'agira là d'une crise politique qui ne se réglera pas à coup d'arguties juridiques", tranche un haut responsable de la Commission. Seules quelques brèves notes circulent pour indiquer que le traité prévoit une période de concertation entre les Etats afin d'envisager la suite, si l'un d'eux rejette la Constitution.Du coup, Bruxelles, en soupirant, laisse faire Paris. Le gouvernement français se fait fort d'apporter chaque jour aux citoyens une bonne nouvelle européenne, à l'heure des croissants et du petit déjeuner. Et tant pis s'il faut, pour tenir le rythme, tordre un peu le bras à la réalité. "La directive Bolkestein sur les services est enterrée", martèle Jacques Chirac. En fait, elle suit le classique chemin des propositions législatives européennes. "La TVA sur la restauration va bientôt être baissée", jure le gouvernement. En fait, les 25 ont encore un bon bout de négociations à mener sur le sujet. "Le réacteur thermonucléaire Iter sera construit à Cadarache, et non sur son site concurrent japonais", promet le ministère de la Recherche. En fait, le gouvernement nippon résiste encore...Tout le monde, à Bruxelles, connaît les outrances de ces affirmations hâtives. Mais la Commission laisse dire. "Les réveils risquent d'être difficiles, lorsque la réalité reprendra ses droits", relève toutefois un fonctionnaire européen.La Commission n'est pas parvenue à rentrer dans le débat hexagonal. "Il faudra que nous fassions l'analyse de cette lacune de notre part", explique en privé un haut responsable de la Commission. Il reconnaît qu'à Bruxelles, personne n'a su prévenir ce qu'il estime être "une formidable vague de désinformation des partisans du 'non'". Autant le président du Parlement européen, Josep Borell, est devenu ces derniers mois un habitué des plateaux de télévision français, autant les membres de la Commission restent dans l'ombre. Jacques Barrot, commissaire aux Transports, sillonne la France de meeting en meeting - mais dans une relative discrétion médiatique. Quant au premier d'entre eux, José Manuel Barroso, il a été véritablement déstabilisé par le boycott organisé par l'Elysée à son égard. Privé de télé, le président de la Commission doit se contenter de quelques maigres apparitions radiophoniques. Finalement, Bruxelles a débloqué un petit million et demi d'euros pour installer des affiches ou des documents dans les halls des préfectures ou distribuer des DVD sur la Constitution. De bien maigres paravents pour protéger du cyclone...

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