Pays-Bas : l'autre "non" qui menace, trois jours après la France...

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Aux Pays-Bas, la progression du "non" dans les sondages ne fait pas les gros titres de la presse. Le 13 mai, la dernière enquête d'opinion commandée par le gouvernement néerlandais a pourtant donné 40% d'opinions favorables au "non", avec une courte longueur d'avance sur le "oui" (39%). L'électorat, lui, paraît bien décidé à aller voter, à plus de 80%, contre moins de 11% au mois d'avril... "Cela se corse", a commenté, laconique, Gerrit Zalm, le ministre des Finances. Loin des passions françaises, le débat autour de la Constitution européenne ne mobilise guère aux Pays-Bas. Il ne divise pas non plus, puisque les principaux partis, chrétiens-démocrates au pouvoir et travaillistes de l'opposition, sont tous deux partisans du "oui". "Si la France dit non, il n'y aura plus aucun frein, chez nous, pour les adversaires de l'Europe", s'inquiète cependant Thijs Berman, eurodéputé du Parti du travail (PVDA, socialiste). L'effet d'entraînement d'un éventuel "non" en France, le 29 mai prochain, est certes redouté à La Haye, mais les avis restent partagés sur l'impact du vote français.Bien que francophile et abonnée à la presse hexagonale, Andrea, mère de famille à Amsterdam, reste étrangère aux arguments des deux camps qui s'opposent en France. "Comme je n'ai pas vraiment compris de quoi il en retourne, avec ce projet de Constitution, je suivrai le jour du vote les dirigeants de mon pays que je trouve d'habitude les plus raisonnables", indique-t-elle, prudente. "Ce ne sont pas les Français qui me feront voter non, affirme pour sa part Wilfried Mertens, peintre en bâtiment, mais les Turcs et les Polonais qui viennent nous prendre notre travail". Le front du refus, aux Pays-Bas, exploite un malaise grandissant depuis les assassinats du leader de droite Pim Fortuyn, le 6 mai 2002, puis du cinéaste Theo van Gogh, le 2 novembre 2004. Menacé de mort après la diffusion de son dernier film, qui dénonçait le sort des femmes musulmanes, Theo van Gogh a été abattu en pleine rue par un extrémiste marocain. Un choc pour les Pays-Bas, confrontés à une violence qu'ils n'avait plus connue depuis la fin de la seconde guerre mondiale. "Le débat sur l'intégration des immigrés ne fait que commencer chez nous, rappelle Wilfried Stevens, un haut fonctionnaire du ministère des Affaires sociales, alors qu'il est déjà vieux en France". Fait significatif, aux Pays-Bas, le "non" rassemble les deux pôles de l'échiquier politique, de l'extrême-gauche anti-libérale aux populistes de droite, opposés au laxisme des autorités en matière d'immigration, en passant par les fondamentalistes catholiques inquiétés par la présence d'un million de musulmans (5,5% de la population) sur le territoire national. "Chez nous comme en France, le débat n'est pas porté par la Constitution européenne elle-même, mais par la peur d'avoir quelque chose à perdre, forcément, à l'Europe des 25", estime Wilfried Jong, expert-comptable à Rotterdam.

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