Le contre-terrorisme britannique affaibli par la guerre en Irak ?

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La guerre en Irak aurait-elle augmenté les risques d'attentats terroristes en Grande-Bretagne? Non d'après Tony Blair, oui selon un important et respecté centre d'études britannique. Alors que le Premier ministre affirmait, au lendemain du 7 juillet, que les bombes de Londres n'étaient pas en relation avec l'Irak, ne serait-ce que parce que Al-Qaida avait déjà frappé plusieurs fois "bien avant" l'invasion de la Mésopotamie, le Royal Institute of International Affairs pense au contraire que l'affaire irakienne a compliqué les choses et fragilisé le Royaume-Uni. Le rapport, diffusé aujourd'hui et rédigé avant les attentats d'il y a dix jours, tombe à point nommé. Ses auteurs y affirment que la guerre en Irak a "sans aucun doute" posé des difficultés "particulières" au contre-terrorisme britannique. Car le conflit irakien, justifié au nom de la lutte contre le terrorisme sponsorisé par les Etats, a au contraire "donné un coup de pouce à la propagande, au recrutement et au financement du réseau d'Al-Qaida, causé un clivage majeur dans la coalition internationale contre la terreur, fourni un point d'appui idéal à la formation des groupes terroristes liés à Al-Qaida, et enfin détourné des ressources importantes qui auraient pu être utilisées pour aider le gouvernement Karzai [en Afghanistan]". Bref, la guerre en Irak constituerait un véritable boomerang. Le rapport de l'Institut va jusqu'à comparer le Royaume-Uni à un "passager de derrière" dans un véhicule guidé par les Américains, ce qui implique, en conséquence, que Londres n'est plus vraiment maître de ses décisions en matière de contre-terrorisme. La vigilance sur la sécurité du Royaume-Uni aurait ainsi pâti d'une dispersion des ressources. Ces conclusions du Royal Institute of International Affairs pourraient relancer le débat sur la politique étrangère de Tony Blair. Certes, le Premier ministre peut se targuer d'avoir rassemblé le parlement britannique autour de sa politique de fermeté vis à vis des terroristes. L'union sacrée contre les bombes n'est pas en question. Mais le rapport d'experts indique néanmoins que la société britannique s'interroge sinon sur les fondements, au moins sur les méthodes et les priorités de la guerre contre la terreur. La publication de l'étude coïncide par ailleurs avec le début d'un dialogue tous azimuts pour la mise en place d'une stratégie de déracinement du terrorisme. Aujourd'hui, le ministre de l'Intérieur Charles Clarke rencontre ses interlocuteurs de l'opposition pour définir la nouvelle législation contre la terreur qui sera soumise au parlement à l'automne. L'incitation au terrorisme et à la haine pourrait faire figure de crime. Demain, ce sera à Tony Blair lui-même de réunir autour d'une table son gouvernement, les leaders de l'opposition, ainsi que les représentants des communautés musulmanes du Royaume-Uni. Un rendez-vous considéré comme une étape majeure dans la stratégie d'affrontement du terrorisme. Sous l'apparence de la normalité, le niveau de surveillance reste élevé dans les grandes villes et notamment à Londres. Les médias ne rapportent même plus toutes les alertes qui ont lieu. Vendredi après-midi, la police a fait par exemple évacuer en toute hâte la station de métro d'Embankment, dans le centre de Londres, suite à une alerte non précisée. Des explosions maîtrisées de paquets suspects interviennent ça et là dans la capitale. Quartier des affaires, la City londonienne se sent particulièrement menacée. "Nous sommes en état d'alerte élevée, même s'il ne s'agit pas du degré maximum", nous explique un porte-parole de la police de la City, qui forme, avec ses 870 officiers et environ 300 civils, un corps séparé. La City est d'ores et déjà un des endroits les plus surveillés du monde, avec des caméras à chaque coin de rue enregistrant les immatriculations de toutes les automobiles qui pénètrent son périmètre. Les patrouilles sont plus nombreuses depuis le 7 juillet, ainsi que les inspections avec les chiens policiers ou le contrôle des voitures en transit. "Nous avons également intensifié la coopération avec le business, en augmentant les briefings, les échanges d'informations, la revue des procédures de sécurité", affirme le porte-parole. Depuis le 11 septembre 2001, les effectifs de la police de la City ont augmenté de 50 officiers, dont une trentaine assignés à la branche d'investigation financière. Celle-ci occupe aujourd'hui une centaine d'officiers (sur 870 au total) et joue un rôle croissant dans la lutte contre les fraudes financières et le recyclage de l'argent sale. Dans la lutte contre Al-Qaida, ce dernier aspect est aussi important que les patrouilles dans les rues ou les contrôles des personnes physiques.

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