"Pas de panique, nous sommes Anglais ! "

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"Business as usual" ? Presque... Dans les stations de métro qui ont rouvert vendredi matin, la seule différence par rapport à la veille des attentats tient à la présence de deux ou trois policiers dans le hall d'entrée. Une présence visible, mais discrète; pas question de fouiller les voyageurs, il s'agit plutôt de "rassurer et d'être présent", comme l'explique un officier. Des pancartes informent de façon succincte sur l'état du réseau. Seul commentaire, par ailleurs déjà familier aux Londoniens: les voyageurs sont invités à ne pas se séparer de leurs biens et à signaler toute situation suspecte. On évite soigneusement tout ce qui risque d'inciter à la panique. Non que les Britanniques ne soient pas bouleversés par le quadruple attentat qui a frappé hier leur capitale, causé au moins une cinquantaine de morts (d'après le nouveau bilan provisoire rendu public à midi) et 700 blessés, et paralysé pour un jour les transports en commun. Mais ce peuple a dans son ADN le culte du "self control" et de la fermeté face au défi, fut-il criminel et terroriste. Surtout, le retour à la normalité aussi vite que possible est l'arme nucléaire que les Britanniques déploient quand ils ont subi un coup dur. Ils veulent par là prouver à l'ennemi que la frappe a beau être cruelle, elle ne sera pas décisive. La nécessité bien concrète pour une capitale internationale comme Londres de ne pas s'arrêter se combine à l'impératif de le guerre psychologique qui consiste à ne jamais faire montre de découragement. La meilleure défense est donc le... maintien du calme. C'était d'ailleurs comme ça sous les bombes nazies pendant la seconde guerre mondiale. Les Britanniques d'un certain âge citeront volontiers les mémoires de l'écrivain et homme politique Harold Nicholson, qui a raconté comment, pendant le Blitz de 1940, les vieilles dames londoniennes continuaient à se rendre au parc pour donner à manger aux pigeons malgré les bombardements intensifs et aveugles de la Luftwaffe... Dans ce rite qu'aucun avion allemand n'a pu interrompre, Nicolson voyait le signe d'une volonté nationale inébranlable et les prémices d'une victoire finale. Aujourd'hui, c'est le peuple des "commuters" (banlieusards) qui est appelé à faire preuve de fermeté et de persistance. Les trois millions de Londoniens qui se déplacent chaque jour vers et dans la ville savent qu'il sont menacés dans leur routine, c'est-à-dire dans l'action simple de prendre un bus ou un métro pour se rendre au travail ou à l'école. Hier déjà, ils ont passé la première épreuve, celle de devoir rentrer au foyer à pied, le soir, traversant une ville soudainement dépeuplée de ses cars et de ses trains. Comme le raconte Alice, une employée de la City qui a mis deux heures pour regagner sa maison dans le sud-est de Londres, "il y avait hier soir comme un esprit de camaraderie, tout le monde étant dans la même situation, marchant longuement, parfois se perdant et cherchant la route". Moins reluisant, certains ont réussi à faire de l'argent grâce à la tragédie. Les hôtels du centre, notamment, ont été pris d'assaut par les cadres des sociétés installées à la City, qui voulaient être sûres de les avoir ponctuellement aujourd'hui au travail. Des rumeurs courraient ainsi ce matin sur les augmentations faramineuses du prix des nuitées... Londres a en tout cas connu ces deux derniers jours des sensations on ne peut plus contrastées: après la joie de mercredi pour avoir remporté les Jeux Olympiques de 2012, la ville s'est retrouvée plongée dans le drame et le deuil. Elle se sent certes frappée, mais sûrement pas coulée. Et le fait d'avoir été choisie pour les Jeux sera peut-être une raison ultérieure pour réagir et retrouver confiance.

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