Le tsunami du non s'abat sur la Constitution européenne

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C'est sur un véritable raz-de-marée pour le non que se termine le référendum sur la ratification du projet de traité constitutionnel européen. Selon les premières estimations, le non l'emporterait en effet avec 54,5% selon TNS Sofres, 55% selon Ipsos et 55,6% selon CSA. L'institut CSA estime ainsi que le oui n'a recueilli que 44,4% seulement des voix. Et la très forte avance du non serait encore confortée par une participation importante : l'abstention s'élèverait, selon le même institut, à 30,3% , près de 70% des électeurs ayant donc choisi de venir voter. Ce qui correspond à un gros score pour un référendum de la Vème République.Le rejet de la Constitution européenne semble avoir dominé dans la plupart des catégories sociales. Selon un sondage exclusif réalisé par CSA pour La Tribune auprès d'un échantillon de 5.216 Français inscrits sur les listes électorales, le non l'a emporté dans toutes les catégories, à l'exception des chefs d'entreprise et professions libérales, ainsi que des retraités, deux groupes d'électeurs qui ont voté oui à 52% des voix.A l'inverse, le non a dominé chez les autres inactifs (57%) et les salariés (60%). Au sein de cette dernière catégorie, les salariés du public ont rejeté massivement le traité, à 64%, ceux du privé votant contre à 58%. Sur le plan géographique, enfin, le oui s'est souvent mieux comporté dans les grandes villes, tandis que le non l'emportait largement dans les petites communes.Un tel résultat devrait provoquer une onde de choc dont les effets n'ont pas fini de se faire sentir, tant en France qu'à l'étranger. Sur le plan intérieur, cette mobilisation des Français contre le projet de Constitution constitue d'abord un désaveu majeur pour le président de la République. Ce dernier, qui avait mis toute son autorité dans la balance, reçoit ainsi un camouflet qui devrait peser sur toute la fin de son deuxième mandat présidentiel - et réduire à néant les espoirs éventuels d'un troisième mandat.Intervenant très rapidement à la télévision, Jacques Chirac a d'ailleurs affirmé qu'il "prenait acte" de la décision des Français, qui se sont "démocratiquement exprimés". Soulignant que dans l'immédiat, l'Union européenne va continuer à fonctionner sur la base des traités actuels, le président de la République a néanmoins affirmé que ce vote crée "un contexte difficile pour la défense de nos intérêts en Europe".Relevant que ce scrutin a servi aux Français à exprimer leurs inquiétudes, Jacques Chirac a annoncé qu'il voulait donner une "impulsion forte" à l'action gouvernementale. Des décisions en la matière seront annoncées, a-t-il précisé, "dans les tous prochains jours". Autant dire que les jours de Jean-Pierre Raffarin sont désormais comptés: il reviendra à une autre équipe - dirigée peut-être par Dominique de Villepin - de tenter de répondre au profond mécontentement exprimé par les Français.Toujours sur le plan intérieur, les dégâts ne devraient pas affecter seulement la majorité présidentielle. Le Parti socialiste, qui s'est profondément divisé sur la question, risque de plonger dans une crise profonde : la direction pro-Constitution, menée par François Hollande, se trouve déstabilisée face aux "rebelles" qui se sont élevés contre la ligne officielle du parti. Ce qui laisse augurer des jours difficiles pour le PS, où des hommes comme Laurent Fabius et Henri Emmanuelli vont revendiquer toute leur place.Sur le plan international, les conséquences du scrutin français ne seront pas moindre. Premier effet : il a tout à parier que les Pays-Bas rejetteront à leur tour la Constitution mercredi, lors de leur propre référendum. Alors que les derniers sondages donnaient déjà une claire avance pour le non chez les Néerlandais, l'ampleur du rejet français devrait encore amplifier le mouvement.S'il se confirme qu'en quelques jours deux des six pays fondateurs de la Communauté européenne ont rejeté le traité, les Vingt-Cinq seront confrontés à un véritable défi : comment recoller les pots cassés ? L'ampleur de la victoire du non semble d'ores et déjà exclure tout "rafistolage" du genre de ceux effectués jadis avec le Danemark et l'Irlande, où les pays rebelles avaient été priés de revoter après quelques ajustements cosmétiques - et s'étaient exécutés. La tornade qui vient de s'abattre sur la construction européenne est telle, en fait, que l'ensemble de l'Union ne pourra échapper à des remises en cause probablement radicales.

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