Danemark : un "non" français pourrait essaimer

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En organisant son propre référendum le 27 septembre prochain, le Premier ministre danois Anders Fogh Rasmussen pensait avoir tout prévu: il se situait ainsi clairement avant la consultation britannique à haut risque, prévue en 2006, et pensait assurer de ce fait la victoire du "oui" dans son pays. Un calcul qu'un "non" français remettrait en question...Sur les sept partis qui siègent au Parlement, seuls le Parti du peuple danois (PPD, extrême droite) et la Liste de l'Unité (LU, ex-communistes) ne se sont pas ralliés au "compromis national" initié par le gouvernement libéral-conservateur en faveur du nouveau traité européen. Isolés, les opposant danois à la Constitution européenne espèrent tirer parti d'un non français, qui viderait de son sens le référendum au Danemark, d'après Peter Skaarup, vice-président du PPD, qui a déclaré à l'AFP: "Si la France, un des grands piliers de la construction européenne, dit non, il n'y a plus de Constitution et c'est un leurre de croire que l'on puisse trouver des exemptions pour ce grand pays comme c'était le cas pour le Danemark en 1992, après le rejet du traité de Maastricht". Il n'est pas question pour autant d'annuler le référendum au Danemark en cas de non français: le PPD a vu sa demande rejetée par une large majorité parlementaire. "Les Danois se rendront aux urnes quel que soit le résultat du référendum français", a déclaré Per Stig Moeller, le ministre des Affaires Etrangères, réaffirmant la volonté d'Anders Fogh Rasmussen, qui a répété plusieurs fois que "le Danemark se prononcera en toute indépendance sur la Constitution européenne et ne se laissera pas influencer par la France ou d'autres pays". Et pourtant, ce n'est pas si sûr... A mesure que l'échéance du référendum français se rapproche, le oui perd du terrain au Danemark. Les sondages font état d'une opinion versatile et de plus en plus indécise. Ainsi, près d'un Danois sur deux (48%) se déclare indécis, tandis que 30% sont favorables au traité et 22% opposés, selon une enquête de Ramboll Management publiée le 11 avril. Un mois plus tôt, 57% des électeurs interrogés par l'institut Gallup affirmaient qu'ils voteraient oui, contre 26% qui comptaient voter non, 12% des Danois se déclarant indécis.Spécialiste des affaires européennes à l'Institut danois d'études internationales (DIIS), Hans Mouritzen envisage mal comment le Danemark pourrait maintenir son référendum en cas de non français. "Je me demande s'il est correct que les autorités danoises affirment que le référendum se tiendra au Danemark, même si les Français rejettent la Constitution européenne. Elles tiennent ce discours pour l'instant de façon à rallier une majorité d'électeurs au camp du oui. Mais je pense qu'un non des Français entraînerait l'arrêt du processus de ratification. Tout le monde sait qu'il serait difficile, voire impossible, de ratifier la Constitution européenne si un pays aussi important que la France venait à la rejeter", a-t-il déclaré à La Tribune.Dans le cas de figure où le Danemark maintiendrait son référendum après un non français, Hans Mouritzen prédit un "non massif" des Danois. "Au Danemark, les partisans de la Constitution européenne seraient découragés après un rejet de la France", avance-t-il, en notant que "les opposants au nouveau traité européen de ces deux pays se rejoignent sur certains arguments: la souveraineté nationale, la bureaucratie de Bruxelles, par exemple. Un non danois à la Constitution européenne entraînerait une situation chaotique au Danemark, discréditant un peu la classe politique qui a soutenu le oui. Mais cela ne serait pas la première fois que les Danois disent non à l'Europe", relativise-t-il, en faisant allusion au traité de Maastricht. Après l'avoir rejeté en 1992, les Danois ont finit par le ratifier en 1993, moyennant des dérogations en matière de défense, de justice, d'euro et d'affaires intérieures.

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