Royaume-Uni : le couple Blair-Brown suspendu au vote français

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Pour le moment, les choses sont claires: les Britanniques devraient se prononcer sur la ratification de la Constitution européenne dans le cadre d'un référendum prévu au printemps 2006. Mais l'euroscepticisme qui prévaut outre-Manche est tel qu'il est très probable que, si la France dit non, le référendum britannique sera annulé. Le Royaume-Uni, qui assumera la présidence de l'Union Européenne le 1er juillet prochain, se trouverait alors dans la situation - inédite - de devoir redonner une direction et un sens à une construction européenne soudainement trébuchante...C'est un scénario paradoxal qui se dessinerait alors: les Britanniques eurosceptiques seraient appelés à remonter le moral des Européens en mal d'intégration! A moins, évidemment, que l'Europe décide alors d'abandonner définitivement toute velléité fédéraliste et adopte une conception beaucoup plus britannique des choses: se transformer en une immense zone de libre échange, une sorte de réplique du Commonwealth britannique, sans la reine d'Angleterre à sa tête, mais plus riche et mieux intégré... C'est toutefois là une perspective à laquelle peu de Britanniques semblent croire, car les "Européens du continent" sont soupçonnés de nourrir un appétit marqué pour l'intégration politique, qui finira bien par ressurgir tôt ou tard. Le scénario prévisible redevient plus familier en cas de oui français (et hollandais). Les regards se tourneront alors vers le Royaume-Uni avec les interrogations de toujours: les Britanniques feront-ils comme tout le monde ou vont-ils jouer aux excentriques en disant "no" à la Constitution?En cas de ratification par Paris et La Haye, Londres jouera à fond la carte de sa présidence européenne au deuxième semestre 2005 pour gagner son référendum au printemps suivant. En vue de convaincre une opinion britannique réfractaire, le gouvernement devra faire mine de remporter des succès au cours de sa présidence. Ce qui veut dire en gros: sauvegarder le "chèque britannique" (la ristourne de 4 milliards d'euros par an dont bénéficie le Royaume-Uni pour sa contribution au budget européen), ouvrir davantage les marchés européens, notamment de l'énergie et des services (la France est avertie), ou encore assouplir la régulation communautaire. Le oui ou le non français pourraient par ailleurs décider du sort de Tony Blair, dont la popularité personnelle est en déclin malgré sa victoire électorale. Certains pensent qu'il ne quittera pas la scène avant d'avoir "sécurisé" la place du Royaume-Uni "au coeur de l'Europe". D'autres voient mal le Premier ministre gagner le référendum, qui pourrait offrir à un électorat désabusé un prétexte en or pour lui infliger un camouflet, surtout s'il n'a pas l'appui explicite de son chancelier Gordon Brown, aux convictions européennes moins affirmées. Ce dernier dispose de sérieux atouts personnels: une plus grande popularité au sein du parti travailliste et la solidité rassurante du comptable qui maîtrise les chiffres. Les plus radicaux pensent même que c'est à l'occasion du référendum que Blair laissera la place à Brown à la tête du gouvernement. Car, selon ce courant de pensée, de deux choses l'une: soit Blair perd le référendum et démissionne au profit de son ami et rival de toujours; soit il gagne avec l'appui convaincu du chancelier, mais en échange du passage de main au 10 Downing Street. Quoi qu'il arrive, l'Europe va donc revenir dès le 30 mai au coeur de l'agenda britannique. Un éventuel référendum outre-Manche constituera la énième étape du débat sur les liens entre le Royaume-Uni et l'Europe, mais aussi peut-être le dernier épisode de la saga décennale Blair-Brown.

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