Malcom Wicks, ministre britannique de l'Energie : "La libéralisation du marché de l'énergie doit être accélérée"

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La question énergétique rebondit au Royaume-Uni. Tancé par le patronat qui l'invite à définir une "stratégie nationale cohérente en matière d'énergie", le gouvernement de Tony Blair répond en mettant la pression... sur l'Europe. Et il s'inspire pour ce faire d'un rapport de la Commission stigmatisant le cloisonnement des marchés énergétiques dans l'Union. Alors que s'ouvre à Londres la conférence européenne sur le gaz, le ministre de l'Energie Malcom Wicks explique dans une interview à La Tribune et à notre partenaire Handelsblatt les enjeux de la politique énergétique européenne.La Tribune.- Quelles propositions allez-vous soumettre à vos partenaires européens? Malcom Wicks.- Le Royaume-Uni veut que l'ouverture des marchés soit au coeur de l'agenda européen. Comme l'a indiqué la Commission, de sérieux dysfonctionnements existent dans le marché unique. Malgré les directives en la matière, l'Europe des Vingt-cinq n'est pas encore un terrain de jeu aux règles égales pour tous, encore moins un marché intégré où fournisseurs et consommateurs se rencontreraient librement. Je plaiderai donc lors de la réunion du Conseil énergie, que je présiderai le 1er décembre à Bruxelles, pour que le processus de libéralisation soit accéléré. La pratique doit suivre la théorie.Quel est le principal obstacle à la libéralisation? Ce sont les intérêts directs que les anciens monopoles, dans certains pays que je ne citerai pas, ont dans le maintien des positions acquises. Or, les retards dans la libéralisation pénalisent les consommateurs, particuliers ou industriels, car sans concurrence il n'y a pas de baisse des prix et il y a moins de choix. L'exemple britannique montre que la libéralisation fonctionne: d'après le sondage de l'institut indépendant Oxera, le Royaume-Uni a bénéficié au cours de la décennie passée des prix du gaz et de l'électricité parmi les plus bas, sinon les plus bas, en Europe et dans le G7. Les prix sont pourtant en train d'augmenter outre-Manche, alors que le patronat britannique s'inquiète d'un déficit d'approvisionnement cet hiver... Les inquiétudes des entreprises naissent d'une situation de court terme, liée notamment à des problèmes de fourniture en provenance de la Mer du Nord, que nous sommes en train de régler. Sur le long terme, Tony Blair a déjà annoncé une révision de la politique énergétique du pays au cours de l'année 2006, qui tienne compte à la fois de la hausse des prix des hydrocarbures dans le monde, du déclin progressif de nos réserves en Mer du Nord et des engagements du protocole de Kyoto en termes de réduction des émissions de gaz à effets de serre. Cette révision ira-t-elle jusqu'à relancer les investissements dans le nucléaire? L'énergie nucléaire représente 20% de notre capacité productive aujourd'hui et est censée baisser à 7% en 2020 en l'absence d'investissements. Nous avons à ce sujet l'esprit ouvert. Nous allons bientôt lancer un débat national et examiner de près les coûts de construction de centrales et de gestion des déchets. En cas de décision positive, ce qui n'est pas certain à présent, il reviendrait aux entreprises d'investir. A l'image du Royaume-Uni, l'Europe dans son ensemble intensifie ses liens énergétiques avec la Russie. Le salut est-il dans un partenariat aussi étroit que possible avec ce grand fournisseur d'hydrocarbures? C'est une grande question. Je ne vois pas à présent de réponse possible au niveau des Vingt-cinq, car les sensibilités sur ce dossier sont encore divergentes. La question de la diversification des sources fera aussi partie de la réflexion que nous allons lancer au Royaume-Uni. Mais je préconise en tout cas que l'UE comme institution deviendra de plus en plus active dans les relations énergétiques entre l'Europe et la Russie. A l'heure où l'ouverture des marchés est au menu de Bruxelles et où EDF s'introduit en Bourse, quelles sont les leçons, positives et négatives, que vous tirez de l'expérience britannique? La libéralisation a entraîné une baisse des prix et a offert plus de choix aux clients, y compris la possibilité d'acheter du gaz et de l'électricité à un même fournisseur. Elle s'est accompagnée aussi de la naissance d'un régulateur fort et incisif (Ofgem). En perspective, il nous faut mieux définir le rôle de l'Etat dans la politique énergétique. Celui-ci doit savoir imposer au marché, s'il le faut, des objectifs stratégiques. Nous l'avons fait par exemple en 2003 en fixant un objectif de 10% d'énergie renouvelable à l'horizon 2010. C'est la voie à suivre.

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