Battling François

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Et si l'Etat avait fait le même choix que François Pinault? Après la décision du juge Matz qui a annulé les 700 millions de dollars d'amende ("dommages punitifs") auquel un jury avait condamné Artémis, le holding de l'homme d'affaires, la question est on ne peut plus légitime. Elle mérite d'autant plus d'être posée que l'Etat français débourse au total 700 millions de dollars pour solder ce dossier "pourri" hérité du Crédit Lyonnais. Fallait-il transiger ou au contraire, comme François Pinault, se battre et refuser le diktat de la justice américaine? Le juge Matz, qui suit la procédure depuis son origine, il y a plus de six ans, a donné quelques indications dans la motivation de sa décision sur Artémis. Il rappelle en effet que le holding est intervenu dans un second temps, après qu'aient été commises les principales infractions lors de la reprise de la compagnie d'assurance californienne au début des années 90. Et il souligne par ailleurs que contrairement aux autres protagonistes, Artémis n'a pas reconnu de culpabilité à l'issue de la phase pénale de ce complexe dossier.Concrètement, cela signifie que le dossier du Crédit Lyonnais et du CDR, la structure publique qui a hérité des principaux contentieux de l'ancienne banque publique, était sans doute plus difficile à plaider que celui d'Artémis. Les jurés ont bel et bien estimé que des infractions ont été commises (y compris par Artémis) mais pour eux, l'auteur principal reste le Crédit Lyonnais. Vu de Los Angeles, la banque était bel et bien à l'origine d'une conspiration. François Pinault a de son côté été blanchi à titre personnel et a tiré bénéfice d'une stratégie de défense s'articulant autour de deux axes: Artémis n'a pas commis de fraude et n'a causé aucun dommage aux assurés. Il n'en a jamais dévié et cela a payé. Dans le même temps, les défenseurs du CDR et ceux du Lyonnais ont tâtonné avant de trouver la bonne parade. En transigeant, les autorités françaises ont voulu éviter le pire et écarter un aléa judiciaire qui pesait lourdement sur elles. Mieux encore, en choisissant de sortir de la procédure avant le procès, elles ont épargné à Artémis d'être assimilé par les jurés aux autres "fraudeurs" et lui ont permis d'apparaître au final comme un banal acteur collatéral de cette triste farce. François Pinault a tenu tête jusqu'au bout. Il s'est aussi beaucoup plaint d'avoir été abandonné en rase campagne par l'Etat français et les dirigeants du CDR. Sans mesurer à quel point il s'agissait du meilleur service que ces derniers pouvaient lui rendre.

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