Allemagne : la classe politique soutient massivement le "oui" français

 |  | 534 mots
Trois heures de débat public au Parlement (Bundestag): c'est le temps qu'il aura fallu aux représentants du peuple allemand pour approuver le 12 mai dernier à une écrasante majorité le projet de Constitution européenne. Une grande coalition du "oui" était acquise d'avance, dépassant la majorité des deux tiers nécessaire pour l'approbation. Au final, près de 96% des députés (569 sur 594) ont voté pour le texte, 23 contre et deux se sont abstenus. Les rares opposants se sont trouvés du côté du Parti conservateur de la CSU bavaroise et chez les deux députés néo-communistes du PDS. Reste que derrière l'apparente unanimité des représentants du peuple, les peurs demeurent grandes dans une partie de la population. Les journaux ont reçu de nombreux courriers de lecteurs inquiets ou souvent mal informés. Faut-il craindre un "super Etat" Bruxellois? L'Allemagne perdra-t-elle de son influence dans l'Europe de demain? Y aura-t-il un nivellement par le bas des droits sociaux? L'Europe va-t-elle se militariser à outrance? Ces questions soulevées par les citoyens n'ont pas été traitées ces dernières semaines. Le débat en cours chez le grand voisin français en vue du référendum a de ce côté-ci du Rhin suscité envie, curiosité, voir crainte, le "non" français étant porté par beaucoup d'irrationalité et de considérations de politique intérieure. La discussion publique pourtant indispensable car ayant trait à l'avenir du Vieux Continent a été "maintenue sous une cloche à fromage" du fait du renoncement au référendum tel que le stipule la Loi fondamentale (Grundgesetz) de 1949, a relevé la Berliner Zeitung au lendemain du vote. Fermement opposé au texte européen, le député conservateur Manfred Kolbe a fustigé "une ratification à l'insu de l'opinion publique". De fait, le débat avait été soigneusement verrouillé lors des réunions à huis clos des commissions et fractions politiques au parlement. Pour ne pas laisser l'impression d'un sauve-qui-peut généralisé, les députés ont cependant agrémenté leur vote d'une loi prévoyant que toute proposition de directive européenne déclenche un débat de politique intérieure. Le gouvernement devra par ailleurs tenir compte de la position du Bundestag dans les négociations avec Bruxelles et l'informer des discussions en cours. Par ailleurs, une fraction politique pourra déposer un recours devant la Cour européenne de justice si elle estime qu'il existe un conflit de subsidiarité entre Bruxelles et la loi allemande. En dépit du zèle déployé par les députés pour approuver la Constitution européenne, personne ne s'est demandé si ce geste aura été compris ou même pris en compte de l'autre côté du Rhin, a remarqué la Frankfurter Allgemeine Zeitung. Pour que le message soit encore plus clair à l'attention des Français, la ratification de la Constitution par la chambre haute du parlement allemand, le Bundesrat, où siègent les représentants des Etats régionaux, a été avancée au 27 mai. Le gouvernement social démocrate du Chancelier Gerhard Schröder a voulu situer ce scrutin deux jours avant le référendum en France, dont l'issue demeure si incertaine.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :