L'Organisation Manifestement Compliquée

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Certes, une donnée simple ne semble contestée par personne: sans accord entre les 149 pays membres sur l'agriculture, rien d'autre ne pourra avancer. Mais qui croire? L'Europe offre de réduire ses subventions agricoles de 35 à 60%, soit 46% en moyenne. Les Etats-Unis et plusieurs pays émergents assurent qu'un tel effort n'est pas de nature à changer la donne agricole mondiale. Les Etats-Unis proposent eux aussi de réduire leurs subventions de 60%, mais à la condition que l'Europe porte son effort à 80%. De ce côté-ci de l'Atlantique, on laisse entendre que la proposition américaine est malhonnête car assortie de conditions qui sont impossibles à remplir. Condamnés à végéter par l'Amérique, les producteurs africains de coton en pensent autant.Reconnaissons à l'OMC une réelle volonté d'être mieux comprise. Dans le cadre d'une initiative que l'on pourrait baptiser "la politique agricole pour les nuls", l'Organisation a ainsi décidé de baliser de boîtes de couleur le débat sur les aides: boîte verte (aide autorisée car découplée de la production - c'est bien), boîte bleue (aide transitoire associée au contrôle de l'offre - peut mieux faire), et enfin boîte orange (aide interdite soumise à réduction - c'est mal). Evidemment, toute la question est de savoir dans quelle boîte tombe tel ou tel soutien à l'agriculture. En d'autres termes, le jeu consiste à remplir la boîte orange des autres et la boîte verte du pays que l'on représente. La partie n'a pas été achevée avant Hong Kong. Il est peu probable qu'elle le soit avant la fin de la réunion ministérielle, le 18 décembre.Non seulement les sujets sont complexes, mais il n'est pas déraisonnable de se demander s'il est utile d'en débattre au sein d'une telle enceinte. Qu'a accompli l'OMC en dix ans d'existence? Honnêtement, pas grand-chose. Mais cela n'a pas empêché le commerce mondial de doubler entre 1995 et 2005.Et pourtant, si l'OMC n'existait pas, il faudrait l'inventer. Car l'alternative serait bien pire encore: l'absence d'un forum de négociations commerciales internationales livrerait le commerce mondial, sans le moindre garde fou, à la loi du plus fort. La réussite du cycle de Doha demeure essentielle à la bonne marche de l'économie mondiale. L'échec attendu de Hong Kong ne doit pas être la fin de l'Organisation Manifestement Compliquée.

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