Les courtiers les plus mal chaussés

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"A chaque trimestre, c'est le même topo" gémit un analyste de Wall Street. "Elles explosent le consensus". Elles, ce sont les stars de la banque d'affaires et d'investissement, les Merrill Lynch, Morgan Stanley, Goldman Sachs, Lehman Brothers et autres Bear Stearns. Le constat dressé par les statistiques est en effet cuisant : depuis six trimestres, c'est-à-dire dix-huit mois, les grandes maisons de courtage new-yorkaises ont dépassé en moyenne de 16% les prévisions collectées par la société Thomson Financial. Les craintes de l'impact du relèvement des taux d'intérêt expliqueraient pour une large part cette prudence excessive. Il est vrai que ces firmes ont publié la semaine passée des bénéfices trimestriels records. Les résultats de Morgan Stanley étaient les meilleurs depuis cinq ans... et de 7% supérieurs à la plus élevée des estimations. Ceux de Goldman, à un niveau jamais atteint, excédaient même de 18% la prévision la plus optimiste. Faut-il craindre de tels loupés aussi sur Merrill Lynch, le grand numéro un du secteur, qui publie ses comptes le mois prochain ? Bear Stearns, le cinquième courtier américain, est le plus coutumier des bonnes surprises, en dépit de son appellation - "bear" s'opposant à "bull" pour distinguer les haussiers des baissiers sur les marchés : seize trimestres consécutifs de résultats au-delà du consensus... Or Bear Stearns tirent près des deux tiers de ses profits de ses activités de trading. Le directeur financier de Goldman Sachs absout les malheureux experts qui planchent sur les chiffres du mastodonte de Wall Street dont il a, lui, la chance de connaître les moindres secrets : "le secteur est très difficile à prédire" les disculpe-t-il. "Toute l'industrie du courtage est par définition très dépendante de l'environnement des marchés financiers, dont les fluctuations sont très dures à prévoir." Il est par exemple quasiment impossible de deviner, sans une boule de cristal de haute précision, les paris effectués par les banques sur les changes notamment, mais aussi sur les cours du pétrole et sur les dérivés, observe un professionnel. Au point qu'un gérant compare ces forçats de l'analyse condamnés à se tromper "à de pauvres aveugles lançant des fléchettes sur une cible"...

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