Stables, les marchés financiers ?

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A l'échelle planétaire, la croissance de l'économie mondiale est demeurée substantielle (le FMI table sur 4,3% pour l'ensemble de 2005). Des marchés émergents émanent des "fondamentaux" de plus en plus solides. La liquidité demeure abondante et les taux d'intérêt modérés. Se fondant sur ces quelques constats, les experts du FMI se veulent rassurants. Dans l'édition de ce mois d'avril de leur rapport semestriel sur la stabilité financière mondiale (voir ci-contre), ils assurent que ce système est devenu tout à la fois "plus sain" et "plus résistant" à l'éventuel avènement d'une crise.C'est, en quelque sorte, le verre à moitié plein. Le verre à moitié vide est représenté par l'inquiétante menace "d'un décrochage du dollar et d'une remontée brutale des taux d'intérêt à long terme" dont "le coût en termes de croissance peut-être considérable". Un danger dénoncé lundi 18 avril dans La Tribune par le même FMI... Cette fois en la personne de son directeur général Rodrigo Rato.Que des discours si différents puissent être tenus à deux semaines d'écart au sein de la même institution soulève deux questions. Quelle est la réalité de la menace? Les marchés financiers en ont-ils vraiment pris la mesure ?Pour évaluer le danger, laissons la parole à un expert incontesté: Paul Volcker, président de la Réserve Fédérale de 1979 à 1987. "Les circonstances me paraissent aussi dangereuses que tout ce que j'ai pu voir dans ma carrière - et j'en ai vu beaucoup," écrivait-il voici quelques jours dans le Washington Post (voir ci-contre).Pourquoi? Parce qu'aucun pays n'est parvenu pendant très longtemps à consommer et à investir 6% de plus qu'il ne consomme chaque année, ce qui est le cas des Etats-Unis aujourd'hui, explique Volcker. 80% du flux des capitaux internationaux est absorbé par ce même pays, ajoute-t-il. A un moment donné, les banques centrales asiatiques finiront par avoir assez de dollars, ou commenceront à exiger une rémunération beaucoup plus élevée pour continuer à en acheter.Toute la question est de savoir si la transition peut se faire en douceur - par une montée progressive des taux, le redressement des finances publiques américaines, une appréciation des devises chinoise et japonaise - ou si seule une crise convaincra les responsables politiques de la nécessité de la tâche. C'est tout le sens des admonestations du G7, ce week-end, qui n'auront probablement - et malheureusement - pas plus d'effet que les précédentes.D'où la question de savoir si les marchés financiers peuvent encore jouer leur rôle d'avertisseur, tirer la sonnette d'alarme en quelque sorte. Pas sûr. Un nombre croissant de dirigeants d'entreprises s'inquiète du détournement de la vocation de marchés "devenus fous" selon l'expression du PDG de Schneider Electric Henri Lachmann, à force de rechercher la volatilité à tout prix, voire de la créer là où elle n'existe pas, et d'ignorer les risques.Or, le secteur financier étant assaini, c'est désormais sur les ménages que pèsent majoritairement ces risques, relève le FMI dans son rapport. Des ménages dont la consommation représente les deux tiers du PIB américain, plus de la moitié du PIB français. C'est dire les dégâts que pourrait provoquer une brutale chute de la valeur de leur patrimoine financier ou immobilier.

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