La nouvelle convergence

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L'expression avait fait florès en 2000 et trouvé en Jean-Marie Messier son chantre dans l'Hexagone : la "convergence" des contenus et des supports de diffusion allait produire de formidables synergies et donner naissance à de supercompagnies fournissant à leurs abonnés tout le nécessaire pour se distraire, s'informer, communiquer. Un pari qui a fait rêver, des deux côtés de l'Atlantique, des actionnaires prêts à financer les "opérations du siècle" les plus folles comme le rachat par un fournisseur d'accès à Internet, AOL, pour quelque 124 milliards de dollars, d'un mastodonte des médias et du divertissement, Time Warner et ses studios, ses magazines, son label musical, ses chaînes de télévision, etc. Cinq ans après l'annonce du mariage en janvier 2000, les intérêts d'AOL et de Time Warner sont devenus tellement divergents que la scission, via une entrée, ou plutôt un retour en Bourse, d'AOL est très sérieusement envisagée par les dirigeants, un an après la vente d'un autre pan important du groupe, Warner Music, pour se désendetter. Quant à Vivendi Universal, le bébé de Messier qui faillit mourir d'une indigestion d'acquisitions dont il ne réchappa qu'à l'issue d'un régime drastique, il n'est plus que l'ombre de ce géant des médias franco-américain, amputé de ses activités de presse, d'édition, de production de films et de télévision câblée aux Etats-Unis. Sans oublier la "pierre angulaire" de la convergence, le fameux portail Vizzavi, parti vivre sa vie chez Vodafone qui racheta les 50% de VU pour 150 millions d'euros... A la grandeépoque, des analystes débordants d'enthousiasme valorisaient ce portail encore au statut d'ébauche jusqu'à 25 milliards... Ironie des chiffres, c'est peu ou prou la capitalisation boursière actuelle du groupe Vivendi. Son nouveau patron, Jean-Bernard Lévy, a jugé dans nos colonnes que Messier avait "peut-être été visionnaire" - ce qui souleva l'ire d'un petit actionnaire en assemblée en avril. Car la convergence n'a jamais eu autant de réalité qu'aujourd'hui : tous les métiers de VU, Universal Music, SFR ou Maroc Telecom, le studio de jeu vidéo Blizzard, Canal Plus, utilisent les mêmes technologies, des savoir-faire identiques, dont la gestion des abonnements, et ont intérêt à travailler ensemble. De là à imaginer de réelles et fortes synergies ? L'époque n'est plus aux vaines promesses mais à la convergence des intérêts entre dirigeants et actionnaires. Après le rêve, puis la diète, vient le temps du retour aux réalités. Sommés de les récompenser de leur infinie patience face à la chute des cours depuis cinq ans, VU et Time Warner se sont enfin décidés à verser un dividende à leurs actionnaires - pour la première fois depuis avril 2002 pour le français et décembre 2000 pour l'américain. Une annonce hautement symbolique, à double titre : le montant modique envisagé, 60 cents d'euro pour VU, et 5 cents par trimestre pour Time Warner a échauffé plus d'unactionnaire. Des efforts convergents seront sans doute nécessaires...

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