L'Union européenne s'organise pour sauver ses emplois dans le textile

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La résistance s'organise. Pour contrer la déferlante de produits textiles chinois, consécutive à la suppression des quotas d'exportations en vigueur depuis le 1er janvier dernier, l'Union européenne pourrait prendre des mesures de sauvegarde d'ici quelques semaines. Ce matin, la présidence luxembourgeoise de l'UE a plaidé pour une action européenne rapide, tout en insistant sur le respect des règles du commerce international. Cette soudaine prise de conscience du danger que représentent les importations chinoises mais également indiennes ou pakistanaises, entre autres, a été le thème principal de la réunion informelle des ministres du Commerce de l'UE qui s'est tenue ce dimanche à Luxembourg. Emmenés par la France, l'Italie et le Portugal, treize des vingt-cinq pays membres souhaitent trouver une nouvelle parade légale pour défendre leur industrie textile contre les produits fabriqués à moindre coût par la Chine notamment De son côté, la Commission européenne a déclaré attendre une demande formelle des Etats membres pour lancer une éventuelle procédure d'urgence établissant la mise en place de procédures de sauvegarde. Par la voix de ses ministre de l'Industrie et du Commerce extérieur, Patrick Devedjian et François Loos, la France s'est engagée ce lundi à faire par écrit une demande formelle de sauvegarde. Sous l'égide de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), cette procédure d'urgence consisterait à reprendre de nouvelles négociations avec Pékin, ce qui aurait pour conséquence de plafonner immédiatement les exportations chinoises vers l'UE. Un plafonnement défini dans une clause spéciale des accords d'adhésion de la Chine à l'OMC.Pour traiter ce dossier très sensible, Bruxelles pourrait lancer des enquêtes approfondies sur neuf produits pour lesquels les importations chinoises ont bondi de façon spectaculaire. La durée maximum de ces enquêtes est de deux mois. Un laps de temps suffisamment long, espère l'exécutif européen, pour que la Chine prenne des mesures renforcées d'autolimitation de ses exportations. La décision de mener ou de rejeter ces enquêtes doit être prise mardi.En attendant, les responsables du secteur textile ont déclenché une véritable levée de boucliers. "Nous sommes sur la pente de 15 à 20.000 emplois perdus en 2005", s'est alarmé ce matin le président de l'Union des industries textiles et vice-président du Medef, Guillaume Sarkozy, appelant le gouvernement à agir de toute urgence. De son côté, la CGT estime à 2.000 le nombre de postes supprimés chaque mois, soit 25.000 emplois en 2005. Actuellement, le secteur textile emplois plue de 200.000 personnes dans l'Hexagone.Mais Pékin n'entend évidemment pas se laisser faire. "La Chine est fermement opposée aux limitations imposées par d'autres pays à ses exportations textiles", a déclaré le ministre du Commerce, Bo Xilai. "La Chine n'est pas la première responsable de la hausse brutale des exportations de textiles chinois sur certains marchés", a-t-il ajouté, indiquant que ces hausses n'étaient dues qu'au maintien pendant dix ans de mesures protectionnistes par les pays industrialisés. "Pour éviter que les marchés des produits textiles de certains pays ne subissent de trop grands changements, la Chine a déjà employé de nombreux moyens pour limiter la hausse brutale dans le textile", a souligné le ministre chinois, précisant qu'il s'agissait d'un ensemble de huit mesures, dont une hausse des droits de douane à l'exportation. "Que ce soit avec l'Europe, les Etats-Unis ou d'autres pays, les exportations de produits textiles chinois se font selon des accords préalablement négociés, qui respectent les règles de l'OMC", a précisé Bo Xilai. La diplomatie chinoise est également sur les rangs pour défendre les intérêts commerciaux du pays. "La coopération sino-européenne est globale et stratégique. La Chine va respecter avec sérieux les engagements pris lorsqu'elle est entrée à l'OMC en décembre 2001, et agir en fonction des règles de l'OMC", a déclaré de son côté le ministre chinois des Affaires étrangères Li Zhaoxing.A quelques semaines du référendum sur l'adoption du Traité constitutionnel européen, les pouvoirs publics français mettent tout en oeuvre pour presser Bruxelles de défendre au mieux les intérêts des travailleurs européens mais surtout Français, terriblement inquiets des effets de la mondialisation sur la pérennité de leur emploi. Une inquiétude qui contribue à la montée du "Non" dans les sondages. Selon le dernier sondage BVA, les opposants à l'adoption de la constitution devancent largement ses partisans, avec 58% des voix. Conscient du danger que représente un rejet de la constitution pour la construction européenne et pour la place de la France au sein de la future UE, le gouvernement souhaite une victoire commerciale de l'Europe face aux intérêts chinois. Une victoire qui pourrait renforcer le camps des Européens convaincus. Et peut-être permettre la victoire du "Oui".

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