Katrina tombe au plus mauvais moment pour les Américains

 |  | 537 mots
L'ouragan Katrina ne pouvait pas plus mal tomber. Alors que les Américains se préparent, à l'aube du long week-end de Labor Day, lundi prochain, à faire une dernière virée en voiture pour clore la "driving season", la période des vacances américaines, les prix de l'essence à la pompe, déjà tendus, menacent de dépasser allègrement les 3 dollars le gallon (3,78 litres). Ce qui correspond, en prix ajustés de l'inflation, aux niveaux atteints dans les années 1980, lors de la précédente crise. L'ouragan, l'un des plus violents ayant frappé les Etats-Unis, a en effet dévasté la principale région productrice de pétrole aux Etats-Unis: 1,5 million de baril/jour, ainsi que des milliards de mètres cubes de gaz, autrement dit près d'un tiers de la production pétrolière nationale, et un cinquième de la production de gaz naturel. Or, la production de pétrole et de gaz était encore au point mort, mercredi soir. Si les gardes côtiers se concentraient en priorité sur le sauvetage des habitants de la région dévastée par l'ouragan, ils commençaient aussi à envoyer des équipes pour vérifier l'état des installations pétrolières. Ne serait-ce que parce que le brut, échappé de plates-formes en perdition dans le Golfe, menaçait de s'y répandre. De même, dix raffineries, dont la production correspond à 10% de la capacité totale des Etats-Unis, restaient fermées, faute, notamment, d'électricité. Enfin, les grands ports de la zone, par lesquels transitent 60% des importations pétrolières américaines (10 millions de barils/jour et un million de barils/jour d'essence), sont eux aussi hors d'usage pour le moment. Le désastre qui a frappé le Golfe du Mexique illustre une fois de plus la dépendance des Etats-Unis non seulement vis-à-vis du pétrole, mais aussi vis-à-vis de la région en bordure du Golfe du Mexique. Combien de temps faudra-t-il pour remettre l'infrastructure pétrolière de la région sur pied ? Les spécialistes avaient encore du mal, hier, à évaluer les dégâts. Dans le cas d'Ivan, un ouragan qui a balayé la côte l'an dernier à la même époque, deux mois avaient été nécessaires pour simplement réparer les câbles qui arriment les plates-formes aux fonds marins. De même, les experts ont encore du mal à calculer l'impact qu'aura Katrina sur l'économie américaine dans son ensemble. Les plus optimistes font remarquer que les efforts de reconstruction, en Louisiane et dans le Mississippi, pourraient, en dopant l'économie, contrebalancer quelque peu l'effet dévastateur de l'ouragan. Mais si George Bush a décidé d'interrompre ses vacances, les plus longues qu'il avait jamais prises depuis son premier mandat, c'est aussi parce qu'il semble conscient du risque politique. Les Américains, déjà fatigués de payer très cher (à leurs yeux au moins) leur plein à la pompe, pourraient rechigner à consommer. Le président ne pourrait donc plus se vanter d'avoir relancé l'économie. Du coup, celui-ci a laissé entendre que le gouvernement pourrait prêter du brut provenant des réserves d'urgence aux raffineurs, afin d'alléger les tensions sur le marché.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :