"Le déficit courant américain comporte des risques considérables"

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Pourquoi la période vous semble-t-elle opportune pour réduire les grands déséquilibres de l'économie mondiale, notamment le déficit courant américain ? L'économie mondiale connaît une solide expansion. Il est plus efficace de prendre des mesures correctives dans un contexte de forte croissance que de laisser au marché la seule responsabilité de corriger les déséquilibres existants. La correction serait certainement beaucoup plus brutale et surtout moins efficace. Les gouvernements ont pris des engagements importants en ce sens: les Etats-Unis se sont engagés à réduire leurs déficits publics, l'Europe et le Japon à accroître leur potentiel de croissance, la Chine à adopter un régime de change plus flexible. Aujourd'hui, le problème n'est plus de partager une analyse commune mais de mettre en oeuvre les politiques nécessaires. Le FMI a souligné les aspects bénéfiques d'une solution coopérative. C'est maintenant aux pays concernés de prendre des engagements concrets. Quels sont les risques de l'inaction ? Une correction brutale de ces déséquilibres, autrement dit : un décrochage du dollar et une remontée brutale des taux d'intérêt à long terme. Lorsque les risques se matérialisent, il est toujours trop tard pour les corriger de manière ordonnée. Après deux années de forte expansion monétaire, l'économie mondiale a pris le virage de politiques monétaires plus neutres. Ce changement doit être progressif afin d'éviter une trop forte baisse des actifs, immobiliers notamment, et de la demande intérieure. Mais le déficit courant américain et la forte hausse des cours du pétrole peuvent provoquer une hausse brutale des taux d'intérêt. Le coût en termes de croissance peut être considérable. Un assouplissement du régime de change de la Chine ne présente-t-il pas des risques importants compte tenu de la faiblesse du secteur bancaire chinois et de la taille restreinte de son marché financier ? Voilà deux ans que le FMI réclame à la Chine un assouplissement de son régime - mais pas forcément une libéralisation complète. Les autorités peuvent conserver un certain contrôle. La Chine aurait avantage à mettre en oeuvre une politique monétaire répondant davantage à des préoccupations domestiques. Cela lui permettrait de lutter plus efficacement contre l'inflation et d'accroître sa capacité à répondre à des chocs externes. La dernière fois que je me suis rendu en Chine, en mars, le Premier ministre a déclaré de façon très explicite que la Chine devait se diriger vers un régime de change plus souple. La question centrale est évidemment celle du calendrier. Pourquoi la zone euro est-elle complètement passée à côté de la reprise mondiale ?Tout simplement parce que son potentiel de croissance est inférieur à 2%. La réforme du marché du travail et l'augmentation de la concurrence dans les secteurs protégés sont le meilleur moyen de rehausser la croissance potentielle de l'économie européenne. Ne faut-il pas un renforcement du gouvernement économique de l'Europe ? La vraie question est de pouvoir laisser les gens travailler davantage s'ils le souhaitent, de pouvoir ouvrir son magasin de chocolat le samedi soir.Que pensez vous de la proposition français de créer une taxe internationale pour financer le développement et de la nouvelle facilité financière internationale que défendent les britanniques ? Les deux propositions présentent des avantages et des inconvénients. La proposition britannique permet de lever de l'argent immédiatement mais elle pose le problème des ressources à un horizon plus lointain. Elle soulève également pour certains pays des difficultés d'ordre légal et budgétaire. S'agissant de la création d'une taxe internationale, il est importante de ne pas créer des distorsions. Il faut définir clairement quelle administration collectera cette taxe. Enfin, de notre point de vue, allouer le fruit d'une taxe à une dépense particulière n'est pas la solution la plus efficace. Mais deux choses sont essentielles. Quel que soit le mode de financement retenu, ces nouvelles ressources doivent être additionnelles. C'est surtout une question politique avant d'être une question technique. Il faut choisir un système qui réunisse le plus grand nombre de pays. Quel que soit le système retenu, il faudra de toute façon un certain temps pour le mettre effectivement en oeuvre. Il est donc important que dans un premier temps les pays riches continuent d'accroître leurs contributions en matière d'aide au développement. Que pensez vous de Paul Wolfowitz qui doit succéder à James Wolfensohn à la tête de la Banque Mondiale le 1er juin prochain ? J'ai eu la chance de m'entretenir avec lui. C'est quelqu'un qui a beaucoup d'expérience à la fois dans un gouvernement et à l'étranger. Son curriculum vitae est très impressionnant d'un point de vue professionnel et intellectuel. Cela sera un partenaire très positif.

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