Tony Blair, le rabais britannique et l'Europe

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Il n'y a certes rien de scandaleux ou d'illogique à envisager que soit remis à plat ce mécanisme de rétrocession partielle dont les Britanniques sont les uniques bénéficiaires depuis 1984 et l'inoubliable "I want my money back" de Margaret Thatcher. Il est juste aussi d'observer que la situation économique et fiscale de la Grande Bretagne est aujourd'hui beaucoup plus solide qu'alors, et lui permet de son montrer plus généreuse.Mais plus généreuse pour quoi faire ? Le président français Jacques Chirac et le chancelier allemand Gerhard Schröder ne peuvent mettre en demeure publiquement Tony Blair de lâcher du lest sans répondre avec précision à cette question. Or la France et l'Allemagne ne manifestent aucune ambition notable pour le budget européen pour la période 2007-2013, qui s'annonce comme le plat de résistance du sommet européen qui s'ouvre jeudi à Bruxelles. Mieux: Paris et Berlin sont tout comme Londres ardents partisans d'un budget a minima, ne dépassant pas 1% du PIB de l'Union.La querelle serait acceptable si elle était animée par une grande ambition économique pour l'Europe, portée par la volonté de tourner la page de l'échec du projet de Constitution en donnant un nouvel élan à l'Union à Vingt-Cinq, qu'il s'agisse du "plan Marshall" que certains ont appelé de leurs voeux ou de tout autre mesure destinée à amoindrir les disparités de niveaux de vie et de performance économique des Etats membres.En lieu et place de cette stratégie ambitieuse et tournée vers l'avenir, les dirigeants des trois plus importantes économies d'Europe nous offrent un "touche pas à mon chèque sinon j'attaque ta politique agricole commune" qui semble davantage fait pour donner des gages aux eurosceptiques des deux côtés de la Manche.Et sur ces bases peu enthousiasmantes, force est de reconnaître que les arguments de Tony Blair sont solides. La contribution nette britannique au budget, vient-il de rappeler, est deux fois et demi supérieure à celle de la France. Elle serait quinze fois plus importante si le rabais était supprimé, pour financer un budget dont 40% des dépenses sont consacrées à l'agriculture.On peut encore espérer que soit trouvée d'ici la fin de cette semaine une issue honorable à cette crise. Faute de quoi l'Europe aura donné une raison de plus de douter d'elle. Et cela commencerait à faire beaucoup.

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