L'austérité est de mise au pays du Soleil Levant

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Face au creusement impressionnant de ses dépenses publiques, le Japon n'a pas d'autres choix que de jouer la carte de la rigueur budgétaire. Pour tenter de redresser une situation critique, la Chambre des Représentants - la Chambre basse du Parlement japonais - s'est donc résolue à adopter le budget d'austérité présenté fin décembre par le gouvernement de Junichiro Koizumi. Celui s'élève à 82.180 milliards de yens (596,5 milliards d'euros) pour l'année achevée fin mars 2006, en très légère hausse par rapport à celui voté cette année (82.110 milliards de yens)."Le Japon connaît depuis quelques années la situation budgétaire la plus critique des industrialisés. Le solde des administrations publiques a atteint un record avec un déficit de 8% du PIB en 2003 alors qu'il était encore excédentaire en 1992. La dette publique a doublé sur les dix dernières années pour s'établir à 154,7% du PIB, bien au-delà des plus mauvais élèves de l'OCDE", précise Olivia de Kersauson, économiste au CCF.Axé sur la maitrise des dépenses publiques, ce budget restrictif prévoit une diminution des dépenses générales incluant l'essentiel des dépenses liées à la politique économique et sociale du gouvernement. En revanche, les dépenses obligatoires, telles que le service de la dette ou les versements aux autorités locales, sont exclues de ce régime d'austérité.Dans le détail, ce budget prévoit une baisse de 0,7% des dépenses générales à 47.280 milliards de yens, après une hausse de 0,2% en 2004. L'ensemble des postes est mis à contribution avec notamment une baisse de 3,4% dans les travaux publics. "Les dépenses restent fortement contraintes par les dépenses sociales (23,2% des dépenses totales), incompressibles face au vieillissement de la population. La part des plus de 65 ans dans la population japonaise devrait s'accroître de 19,7% à 22,5% en 2010 et 29,2% en 2025", précise Olivia de Kersauson.Le gouvernement doit donc restaurer l'état de ses finances publiques pour assurer le paiement des retraites d'une partie de plus en plus grande de sa population. Une situation à laquelle sont confrontés la plupart des pays idustrialisés. Si dans le cadre de la loi Fillon, la France a déjà pris certaines mesures pour régler le paiement des retraites à venir, les Etats-Unis commencent à envisager une privatisation de leur système de retraite. Un sujet délicat abordé hier par le président de la Fed, Alan Greenspan, lors de son intervention devant la Commission budgétaire de la Chambre des Représentants (voir ci-contre).Outre cette baisse des dépenses, le gouvernement compte également sur une augmentation des recettes fiscales, qui devrait atteindre 0,4% cette année, pour restaurer ses comptes. En baisse continue depuis le début des années 90, les recettes fiscales ne représentent que 8,4% du PIB contre 14% en 1990. Pour accroître les rentrées fiscales - le Japon possède l'un des niveaux de prélèvements obligatoires les plus faibles des pays industrialisés (35% du PIB) - le gouvernement envisage de réformer sa fiscalité. Un relèvement de la TVA serait à l'étude. Mais, en pesant sur une demande domestique à peine sortie de son atonie, cette solution pourrait s'avérer dangereuse et affecter la fragile croissance japonaise. Tout en saluant la limitation des dépenses publiques, l'agence de notation Standard & Poor's estime que ces efforts sont encore insuffisants car ils ne mènent pas à une restructuration de long terme des finances publiques nipponnes, indispensable face à l'ampleur des prochains défis auxquels le Japon sera prochainement confronté.

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