Les sociaux-démocrates allemands choisissent un inconnu pour tourner la page Schröder...

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Le parti social-démocrate va envoyer huit ministres dans le gouvernement de coalition formé avec la CDU-CSU conservatrice et dirigé par Angela Merkel (CDU). Le programme économique de cette équipe, axé sur une relance de l'économie en 2006 suivi d'une amère pilule fiscale à partir de 2007, rend difficile la quête d'une identité au parti social-démocrate. Or, le paradoxe veut que Platzeck, largement inconnu du grand public, incarne l'homme providentiel qui doit rendre sa superbe à la social-démocratie dans le coeur des électeurs après sept années de désillusions sous le double mandat du chancelier Gerhard Schröder."L'inconnu Matthias", titrait récemment "Der Spiegel"... Mis à part dans sa région d'attache, le Brandebourg, en ex-RDA, l'homme de la rue allemand ignore en effet pratiquement tout de Matthias Platzeck qui accède, à 51 ans, "à la plus belle mission à côté de celle du pape", comme avait en son temps clamé son prédécesseur, Franz Müntefering. Même les camarades du SPD savent peu de choses de ce personnage jovial, pragmatique et compétent, entré il y a seulement dix ans dans le parti! En face de la future chancelière Angela Merkel, il incarne l'autre réussite foudroyante d'un "ossie" dans le paysage politique allemand réputé aux mains des réseaux de l'ouest. "Mon père m'a dit au moment où je comptais entrer au SPD: mon garçon, si tu entres dans ce parti, c'est pour être un jour son président", a-t-il simplement confié, concluant un mot de remerciement à ses troupes. Son positionnement politique demeure une énigme. En 2004, il soutient les réformes impopulaires du chancelier Gerhard Schröder dans une région frappée par 20% de chômage. Désormais, il veut rassembler toute la gauche sous la bannière du SPD, défini comme le "parti du centre gauche". En clair, il s'agit de reprendre le terrain occupé surtout à l'est du pays par les néo-communistes du "Linkspartei" emmenés par Oscar Lafontaine, dissident et ancien président du SPD. Ce n'est pas une mince affaire, alors que le SPD doit jouer le rôle de partenaire junior dans un gouvernement de coalition qui s'engage à administrer une potion amère au contribuable au nom de l'orthodoxie budgétaire maastrichienne. De surcroît, Platzeck aura eu peu de temps pour se préparer à son nouveau mandat. Il y a quinze jours, la crise éclate au sein du parti après le retrait surprise de son chef Franz Müntefering. Il est désigné dans les heures qui suivent comme le dauphin, incarnant le changement de génération voulu par la base. En conclure que Platzeck arrive premier grâce à un concours de circonstances serait injuste. Depuis son entrée en 1999 au comité de direction du SPD, il passe pour un espoir du parti à l'est du pays. L'Allemagne le découvre en 1997 lors des crues de l'Oder, quand il coordonne les manoeuvres de sauvetage comme ministre régional de l'Environnement. Il conquiert un an plus tard haut la main la mairie de Potsdam, ville voisine de Berlin. Sa carrière sous la bannière SPD prend une nouvelle dimension en 2002, lorsqu'il prend la présidence du Brandebourg, scellant une alliance avec la CDU. Si on est souvent venu le chercher, il n'a pas toujours accepté l'invitation. Il s'est récemment permis le luxe de refuser le portefeuille de ministre des Affaires étrangères offert sur un plateau par Schröder dans l'optique de la grande coalition à Berlin.Scientifique de formation, comme Merkel, il est né d'un père médecin et d'une mère assistante médicale à Potsdam, fille de pasteur... comme Merkel. Et comme elle, il ne porte pas l'héritage d'un engagement communiste sous l'ex-RDA. Il a taillé sa barbe fournie des années 80 qui lui donnait l'allure d'un Che Guevara tendance écolo, sa première étiquette politique. Après la chute du mur, il devient député du parti "Bündnis 90" né à l'est, qu'il quitte en 1993 au moment de la fusion avec les Verts de l'ouest. Restant deux ans sans parti, il entre au SPD après l'éclatement de la coalition SPD, libéraux et Verts en Brandebourg. Avec le destin que l'on sait. D'aucuns le considèrent déjà comme le candidat naturel du SPD pour reconquérir la chancellerie en 2009.

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