Sus au "modèle anglo-saxon"

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On imagine le cauchemar. L'Etat renoncerait à soutenir les plus défavorisés, à indemniser les chômeurs et à assumer la charge de la santé publique. Tous les abus seraient permis au nom de la concurrence: licenciements par milliers, délocalisations en masse, abandon des agriculteurs. Le projet européen ne serait plus qu'une simple apologie de la loi du marché.Un tel procès est grotesque, pour plusieurs raisons. La première est que le simple concept de "modèle anglo-saxon" est déjà, en soi, au pire abusif, au mieux très réducteur. Peut-on comparer le statut du dollar à celui de la livre sterling? Y a-t-il aux Etats-Unis l'équivalent du "National Health Service" britannique, le système de santé public gratuit et accessible à tous? Le fédéralisme américain, lourd de conséquences en matière fiscale notamment, trouve-t-il un écho pertinent au Royaume Uni?Le sujet n'est pas là, rétorqueront les adeptes de la thèse du "modèle". Ce dernier tiendrait en quelques grandes caractéristiques: la priorité absolue donnée au marché et à l'initiative individuelle et privée, la recherche du profit à court terme relayée par la Bourse, le libre-échange et une vision minimaliste du rôle de l'Etat, n'allant guère au-delà de ses fonctions régaliennes. Soit.Mais, dans ce cas, ni George W. Bush ni Tony Blair ne sont des adeptes du "modèle anglo-saxon". Depuis leurs arrivées respectives au pouvoir, en effet, les dépenses publiques ont considérablement augmenté. En mai 2002, le président américain a signé une loi accordant 190 milliards de dollars de subventions aux agriculteurs de son pays. Dans la bataille acharnée qui oppose Boeing à Airbus, Washington ne réclame nullement la disparition du soutien public aux avionneurs. Au Royaume-Uni, les dépenses dans la santé et l'éducation croissent dans des proportions sans précédent et, si les résultats laissent encore à désirer, les progrès ne sont pas contestables.Tout ceci ne revient pas à dire que les solutions aux problèmes de l'économie française se trouvent dans la simple transposition de remèdes importés d'outre-Manche ou d'outre-Atlantique. Mais la croissance et le nombre d'emplois produits par les politiques économiques américaine et britannique depuis la fin des années quatre-vingt-dix méritent un regard réaliste plutôt qu'un procès en sorcellerie. Et il n'aura pas échappé à nos responsables politiques qu'au cours de l'année écoulée, Tony Blair comme George W. Bush ont été réélus par une population qui, dans une certaine mesure, leur a su gré d'une prospérité retrouvée ou maintenue.

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