Faut-il avoir peur pour l'euro ?

Dans un entretien à un quotidien transalpin, le ministre italien des Réformes, Roberto Calderoli, s'est offert un joli coup de publicité en proposant le retour "à une Lire avec un 'l' majuscule, liée au dollar." "Nous étudions avec des économistes et des experts de droit européen" la marche à suivre, a-t-il précisé. Dans son édition du jeudi 2 juin, l'hebdomadaire allemand Stern y est allé de bon coeur, titrant "l'euro nous démolit", citant un économiste de la banque d'affaires Morgan Stanley évoquant un possible "démantèlement de l'euro" sous la pression des divergences des économies participantes. Un tel scénario aurait été envisagé par de hauts responsables gouvernementaux allemands, révèle le magazine. Comme "une option grave mais avec une probabilité très faible," précise sa source. Tout de même, 56% des Allemands réclameraient un retour au mark, selon un sondage. Et en France? Aucun sondage post-référendum ne permet pour le moment de mesurer l'évolution des sentiments des Français. On sait qu'à une très large majorité, ils estiment que la monnaie unique a favorisé les hausses de prix. Mais, jusqu'ici, environ 60% ont persisté à penser que l'introduction de la monnaie unique a été "une bonne chose". A ce stade, trois remarques s'imposent. En premier lieu, même si la menace n'est ni sérieuse ni immédiate, le simple fait que l'on s'interroge sur la pérennité de la monnaie unique témoigne de la gravité de la crise que traverse l'Europe aujourd'hui. Deuxième remarque: pour ses adversaires, l'euro n'aurait pas aplani les divergences entre les économies qui y participent; ils les auraient même aggravées, en tirant de surcroît l'ensemble de l' "eurozone" vers le bas. Le Royaume-Uni aurait préservé sa croissance et favorisé la diminution de son chômage en choisissant sagement de ne pas adopter la monnaie unique (la convergence économique figure d'ailleurs parmi les cinq "tests" imposés par le chancelier Gordon Brown avant le passage à l'euro). Qu'en est-il réellement? La croissance n'est effectivement pas au rendez-vous de la zone euro, dont le PIB a progressé de 1,3% en rythme annuel au premier semestre - mais elle flirtera avec les 3% en Espagne, et restera inférieure à 1% en Allemagne cette année, selon les prévisions du FMI. La convergence, c'est le moins que l'on puisse dire, a encore de vastes progrès à faire: en Irlande (4,3%) ou en Autriche (4,5%), le taux de chômage représente moins de la moitié de celui de la France (9,8%) ou de l'Allemagne (10,0%) selon les statistiques harmonisées d'Eurostat. Les écarts entre les plus mauvais élèves (3,5% en Espagne, 3,3% en Grèce) et les meilleurs (0,4% en Suède, 1,3% aux Pays-Bas) sont tout aussi spectaculaires en matière d'inflation. Il y a, bien sûr, deux façons opposées d'interpréter ces chiffres. La première consiste à dresser un constat d'échec: loin d'avoir joué un rôle vertueux d'homogénéisation, l'euro aurait figé les économies participantes. La seconde revient au contraire à affirmer que l'euro et la politique monétaire de la BCE ne sont ni un frein à la croissance ni un obstacle à la réduction du chômage, pour peu que le reste de la politique économique soit efficace. Gage de stabilité, l'euro récompenserait les "bonnes" politiques. D'où la troisième remarque. Il est un débat légitime et important aujourd'hui: c'est celui du rôle de la politique monétaire. Peut-elle avoir pour mandat unique la stabilité des prix? Ne doit-elle pas endosser des responsabilités plus larges, contribuer davantage à soutenir la croissance sans renoncer à son indépendance, à la manière de la Fed ou de la Banque d'Angleterre? Voilà en tous les cas un débat qui parait plus utile, sensé et pertinent que l'hypothèse d'une disparition prochaine de l'euro (Jean-Claude Trichet n'a pas tort de la qualifier d' "absurde") ou les commentaires catastrophés après la perte de quelques centimes de l'euro face au dollar. A-t-on oublié la période pas si lointaine où il cotait 0,82 dollar? Ne s'est-on pas plaint des "ravages" d'un euro à 1,30 dollar pour les exportateurs?

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