Le modèle Napster pourrait ébranler Apple

Napster pourrait parvenir à remettre en cause l'assurance sans faille de Steve Jobs, le charismatique patron d'Apple. Pourtant, la nouvelle que vient d'annoncer le site de musique en ligne tient avant tout du symbolique. L'ex-incarnation du piratage sur Internet a en effet revu jeudi soir sa prévision de chiffre d'affaires pour les trois premiers mois de l'année à 15 millions de dollars, contre 14 millions de dollars initialement prévus.Ce n'est pas tant le chiffre, mais la justification de cette révision qui est de nature à alerter Apple. "Nous relevons notre prévision en raison de la forte croissance de notre service d'abonnement", a expliqué son patron Chris Gorog dans un communiqué. De fait, le service d'abonnement "Napster-to-Go" comptait fin janvier 270.000 abonnés aux Etats-Unis ou au Canada. Sur ce service, les internautes payent à Napster 9,95 dollars par mois contre la possibilité de télécharger autant de chansons qu'ils le désirent dans la base du million de titres du site de musique en ligne. Sur ce créneau, le PDG fait un peu figure de pionnier puisqu'il a pris le parti dès le lancement du service légal en octobre 2003 d'opter pour un modèle de développement mixte, comprenant à la fois de l'achat de chansons à la carte et la possibilité de s'abonner. Alors que jusque là le modèle à la carte de l'iTunes d'Apple était largement plébiscité, les observateurs commencent à regarder de près l'abonnement. Selon David Carde, analyste chez Jupiter Research, cette dernière alternative génèrera 890 millions de dollars en 2009, contre 800 millions de dollars pour l'achat au titre ou à l'album. "Nous pensons que plusieurs millions de personnes téléchargeront entre 5 et 15 chansons par an alors qu'il y aura un petit million de gens qui dépenseront entre 10 et 15 dollars par mois pour un abonnement", explique-t-il. Autrement dit, un abonné rapportera entre 120 et 180 dollars par an alors qu'un internaute qui télécharge à la carte générera entre 5 et 15 dollars sur une année. Il faut dire qu'en moyenne un gros consommateur de CD dépense 5 dollars par mois, bien moins qu'un abonné, qui présente l'avantage de générer des revenus récurrents et d'être d'une fidélité irréprochable. D'ailleurs, les maisons de disques croient d'ores et déjà au modèle puisque toutes ont signé un accord avec Napster.Si Apple refuse pour l'instant de s'engouffrer dans la brèche, d'autres pourraient emboîter le pas à Napster. Bientôt, des concurrents tels que MusicMatch, racheté par Yahoo!, Rhapsody de RealNetworks ou MusicNet devraient bientôt faire des offres similaires. A terme, au sein de cette concurrence effrénée, Apple, ultra-dominant dans la musique en ligne, pourrait donc perdre de son lustre."Apple a vendu 8 millions d'iPod en 2004, soit une part de marché de 70%. Ils perdront probablement des parts de marché ces prochaines années, mais moins s'ils mettent en place une offre d'abonnement", juge Phil Leigh, analyste chez Digital Media. La question de savoir si Steve Jobs, premier détracteur du système, finira par changer son fusil d'épaule est d'importance. Car la musique a pris une place essentielle chez Apple. Au quatrième trimestre 2004, les ventes d'iPod ont ainsi pesé 35% du chiffre d'affaires du groupe. Elles ont en outre eu un effet d'entraînement bénéfique sur les ventes de Mac. Et ce n'est pas un luxe pour le groupe. De fait, Apple, en dépit d'une marque forte et d'un marketing agressif, a une part de marché ne dépassant pas les 4% sur les ordinateurs personnels.D'ailleurs les investisseurs ne s'y trompent pas. Pour preuve, l'annonce faite par Napster, toute marginale soit-elle, a fait plonger le titre du constructeur à la Pomme jeudi. Il a terminé la séance en baisse de 5,28% sur le Nasdaq. Dans le même temps, le titre de Napster s'est apprécié de 7%. Après un démarrage en trombe depuis le lancement de l'iTunes au printemps 2003, la musique en ligne, encore marginale dans l'industrie du disque, est promise à un avenir radieux. "Nous tablons sur une croissance de 100% des ventes de musique et de baladeurs numériques ces trois ou quatre prochaines années", prédit Phil Leigh. Face à cette manne potentielle, on peut parier, qu'en bon Américain patron d'une entreprise cotée à New York, Steve Jobs pourrait revenir à un pragmatisme bien opportun.

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