Déficits américains : l' "oracle d'Omaha" aussi

Le légendaire investisseur américain, qui a bâti en une quarantaine d'années la deuxième fortune mondiale à la tête de sa société holding Berkshire Hathaway, a attendu d'avoir plus de soixante-dix ans avant de s'aventurer sur le marché des devises. Mais il y opère sans vergogne depuis trois ans, et Berkshire a terminé l'année 2004 avec quelque 21,4 milliards de contrats en devises. Pour l'essentiel, Buffett et son groupe ont joué contre le dollar, et ce pari leur a rapporté 1,8 milliard de dollars de profit sur l'année.L'origine de cette agressivité nouvelle est donnée par Warren Buffett dans sa rituelle lettre aux actionnaires de Berkshire Hathaway, rendue publique samedi dernier : l' "oracle d'Omaha" a acquis la conviction que le déficit courant des Etats-Unis condamne le billet vert à un déclin inéluctable.Buffett a pris ces positions sans gaieté de coeur - il est d'un chauvinisme avoué - mais sans état d'âme. "Notre analyse des devises ne reflète en aucune manière le moindre doute sur l'Amérique," écrit-il aux actionnaires. "Notre économie est de loin la plus forte au monde et va le rester".Mais l'Amérique est devenue "une famille qui ne cesse de dépenser plus que ses revenus," une famille composée de "drogués de la dépense", "des drogués riches", ajoute Buffett, mais dont le comportement ne sera pas "toléré indéfiniment".En attendant, regrette-t-il, les Etats-Unis sont contraints de transférer chaque année une proportion croissante de leurs richesses pour payer leurs excès - 3% de leur PIB annuel d'ici dix ans, a calculé Buffett.Cet appauvrissement relatif n'est pas seulement substantiel. C'est aussi le moins mauvais scénario possible pour les Etats-Unis ; l'autre prendrait la forme d'une violente sanction des marchés financiers à l'encontre du dollar.Le moyen d'éviter l'une comme l'autre de ces issues redoutées est connu : réduire le déficit, en contenant les excès dépensiers des Américains et en rééquilibrant les finances publiques. Mais les avertissements ont beau s'accumuler, aucun signe n'émerge de la Maison Blanche ou du Congrès signalant un virage vers une politique économique plus responsable.

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