Bull, une nouvelle jeunesse

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Sauvé des eaux, Bull se prend désormais à rêver de croissance. Et pour cause. Le groupe informatique a enregistré au second semestre 2004 son quatrième semestre consécutif de bénéfices. Sur l'ensemble de l'année écoulée, le groupe a encaissé un bénéfice net de 10,8 millions d'euros contre 4,1 millions en 2003. Et à l'occasion de la publication de ses comptes 2004, Bull, qui vise une relance de la croissance de son activité pour 2005, a même affirmé, avec assurance, qu'il était sauvé et que sa situation financière était assainie, au terme d'un long bras de fer entre l'Etat français et Bruxelles.Certes. Mais quel avenir attend véritablement un groupe qui a récemment évité la faillite et qui ne doit son salut qu'à l'aide de l'État? Ce sauvetage, qui a coûté très cher, en "vaut-il vraiment la peine", pour reprendre les termes employés par le vice-président du groupe Gervais Pellissier en février dernier? Tout dépendra, en fait, de la capacité du groupe à assurer son développement.Super ordinateursA ce titre, fort d'une trésorerie de 237 millions d'euros après une recapitalisation massive de 517 millions d'euros, Bull se veut très optimiste. Son PDG Didier Lamouche a même indiqué qu'il "visait une croissance du chiffre d'affaires au deuxième semestre 2005" et qu'il allait "redéfinir les axes de croissance" pour faire de Bull "un grand intégrateur des systèmes d'information complexes". Le groupe semble s'orienter d'ailleurs vers des produits de très haut niveau pour assurer sa compétitivité dans un marché informatique en perte de vitesse. "Le premier semestre verra la mise en place d'un programme d'action résolument tourné vers la croissance. Ce programme sera fondé sur l'identification des opportunités stratégiques du marché au regard des atouts du groupe et sur une structure opérationnelle renouvelée mettant l'accent sur une exécution forte", promet Didier Lamouche. "Bull possède de grands talents dans de nombreux domaines et s'appuie sur un réseau de compétences unique pour regagner la place qui lui revient sur le marché des technologies de l'information", assure le président.Le groupe doit ainsi prochainement présenter le détail de sa stratégie. Mais déjà, il projette de se renforcer dans la fabrication d'ordinateurs de très haut niveau. Bull a obtenu un contrat en décembre avec le CEA concernant la fabrication d'un "super ordinateur", le plus puissant d'Europe. Celui-ci est destiné au programme de simulation des armes nucléaires. Calcul haute performanceBull, qui a réussi une première mondiale en cryptographie en cassant des codes réputés inviolables, s'est d'ailleurs assuré une réputation au plus haut niveau dans le monde scientifique et électronique. De fait, en Espagne, l'université Castilla la Mancha et le centre européen de Parallélisme ont choisi les serveurs NovaScale pour héberger leurs applications de calcul haute performance.Enfin, dans les services informatiques, le groupe développe des projets d'intégration dans le domaine du décisionnel ainsi que le "déploiement de grands projets de facturation dans les télécommunications à l'exportation". "A l'étranger, Bull a assuré la refonte des systèmes d'information douanière de six pays sur les dix entrant dans l'Union européenne et poursuit son développement à l'est de l'Europe", ajoute le groupe au sujet de ses projets réalisés en 2004.Mais Didier Lamouche lui-même en convient: pour assurer son développement, Bull doit toutefois atteindre la taille critique. Le groupe, qui a dû se défaire de nombreux actifs pour survivre - il a vendu CP8 à Schlumberger et Intégris à Steria -, pourrait ainsi se lancer dans une série d'acquisitions pour faire le poids dans un univers de l'informatique soumis à la pression acharnée de la concurrence. Bull souhaite notamment faire passer son activité de service informatique à la moitié de son chiffre d'affaires contre un quart aujourd'hui. En outre, il souhaite réaliser des acquisitions dans les infrastructures.La Bourse reprend confianceEn tout état de cause, s'il est encore difficile de prévoir très précisément ce que deviendra Bull, le groupe commence à être à nouveau suivi par les analystes. Ainsi, CIC Securities a repris la couverture du titre, en donnant un conseil à "achat". Les analystes visent un cours de 0,90 euro, ce qui "suppose une marge opérationnelle de 6%", précisent-ils. En outre, ils ont été satisfaits par les résultats enregistrés en 2004 et croient à une amélioration de la situation en 2005. Selon Bull, le chiffre d'affaires du premier semestre devrait en effet être de 560 millions d'euros. La rentabilité opérationnelle ne devrait pas progresser, et le résultat opérationnel devrait être le même qu'au deuxième semestre 2004, à 18 millions d'euros. "Les chiffres démontrent une amélioration dans la tendance de l'activité. Les ventes sur neuf mois étaient en baisse de 11% et celles du dernier trimestre 2004 ont seulement reculé de 5%", ont estimé pour leur part les analystes du CIC.Le retour à la confiance touche aussi les spécialistes de l'agence de notation Standard and Poor's. Ces derniers estiment que le groupe a désormais une situation financière stable. Ils ont octroyé au groupe une perspective positive contre une perspective stable auparavant, afin de refléter une amélioration de la rentabilité, des commandes en hausse et un free cash-flow en progression. Le free cash-flow après éléments exceptionnels est ressorti à 50 millions d'euros au second semestre 2004 contre 18 millions d'euros au premier semestre, précise l'agence. "La perspective positive signifie que la note pourrait être relevée dans les 12 mois si la société confirme la stabilisation de ses performances, comprenant les revenus, le résultat opérationnel, le cash-flow et les commandes", ajoute S&P."Malgré une forte compétition sur ses marchés, Bull devrait bénéficier de sa restructuration et devrait engranger les fruits de son retour à la crédibilité vis-à-vis de ses clients. Le management devrait être capable de se concentrer sur la stabilisation de ses sources de revenus et le maintien des coûts", concluent les analystes de Standard and Poor's.

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