"Un accord entre Aegis et Publicis serait plus équilibré qu'avec Havas"

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latribune.fr - Une opération entre Aegis et Publicis vous semble-t-elle judicieuse?Jérémie Carrot - Ces discussions entre Publicis et Aegis ont surpris le marché, car Publicis avait assuré en début d'année qu'il ne ferait pas d'acquisition de plus de 200 millions d'euros. Or, dans le cas présent, c'est dix fois plus! Passé cette surprise, le marché devrait plutôt bien accueillir les perspectives opérationnelles ouvertes par cette fusion, ainsi que le caractère apparemment amical de ces discussions. C'est un point capital, car les opérations hostiles dans le domaine de la publicité encourent souvent un grand risque d'échec.Quel serait l'impact opérationnel sur Publicis d'un rapprochement entre les deux groupes?Publicis deviendrait le numéro un mondial de l'achat d'espace. Il disposerait d'une position équilibrée un peu partout dans le monde, avec un tiers environ du marché mondial de l'achat d'espace en Europe, en Amérique du Nord et en Asie. A cet égard, c'est un accord qui serait plus équilibré qu'un rapprochement entre Aegis et Havas.Pour quelle raison?Une fusion entre Havas et Aegis ne résoudrait pas le problème de manque de taille de ces deux agences outre-Atlantique. Simultanément, elle créerait en Europe un acteur tellement important que des problèmes de concurrence pourraient surgir dans certains pays, notamment en France.Pour Publicis, une telle opération est-elle facilement réalisable, d'un point de vue financier?Le problème principal pour Publicis est de respecter ses engagements au niveau de sa dette. Le groupe avait annoncé qu'il visait un ratio dette nette sur fonds propres (gearing) inférieur à 50% à fin 2006. Cet engagement revient sur le devant de la scène, alors que le groupe avait déjà réussi à atteindre un gearing de 37% en 2004. Quoi qu'il en soit, dans ce contexte et compte tenu de la génération de cash-flows de la nouvelle entité, Publicis aurait une capacité d'endettement de l'ordre de 1 à 1,5 milliard d'euros. Aegis vaut quelque 2,3 milliards d'euros en Bourse. Le solde de l'opération pourrait être financé par augmentation de capital.Quel serait l'impact d'un rachat d'Aegis sur les bénéfices de Publicis?En excluant des synergies, et en prenant une hypothèse de financement à hauteur de 1,5 milliard d'euros par dette et de 1 milliard d'euros par augmentation de capital, l'impact sur le bénéfice net par action de Publicis serait de 0,5% en 2006 et de 4% en 2007.Mais en prenant en compte des synergies, que nous estimons au plus à 25 millions de livres (36,8 millions d'euros), l'impact de la fusion sur le bénéfice net par action de Publicis pourrait atteindre 9% en 2007. Par ailleurs, l'impact pourrait être supérieur, si la fusion permet à Publicis d'améliorer sa capacité de négociation avec ses clients, et donc d'accroître la rémunération qu'il perçoit pour ses services en achat d'espace.Pour Havas, qui semblait sur les rangs, quelle serait la conséquence d'un rapprochement Aegis-Publicis?Pour Havas, c'est un risque supplémentaire d'être marginalisé dans le secteur de l'achat d'espace, dont il ne détient que 5% du marché mondial et 8% en Europe. Beaucoup de gens considéraient qu'un rapprochement entre Havas et Aegis était le seul moyen pour le groupe de rester compétitif dans une industrie où les appels d'offres sont de plus en plus souvent effectués au niveau continental, voire mondial.Nous estimons toutefois que le destin d'Havas repose surtout dans la capacité de son nouveau management à restaurer la confiance, bâtir une stratégie capable de relancer la croissance et redresser les marges. De plus, le rachat d'Aegis ferait d'Havas la dernière cible d'importance dans le secteur. La spéculation pourrait donc faire son retour sur le titre.Vincent Bolloré, actionnaire d'Aegis et d'Havas, peut-il intervenir, selon vous?Il semble que Vincent Bolloré n'ait plus de grande marge de manoeuvre. En revanche, il devrait faire une plus-value significative sur Aegis, peut-être suffisante pour atténuer la performance boursière médiocre d'Havas depuis son entrée au capital.

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