L'Europe rêve d'un patrimoine numérisé sans Google mais à peu de frais

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Belle unanimité ! Du président de la Commission européenne José Manuel Barroso, à la Commissaire à la Société de l'information, Viviane Reding, en passant par le chef du gouvernement luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, président en exercice de l'Union, tous ont profité des Rencontres pour l'Europe de la Culture, à Paris, les 2 et 3 mai dernier, pour soutenir le lancement d'une "bibliothèque numérique virtuelle européenne". Initiée par la France, la demande était déjà relayée par cinq autres pays : l'Allemagne, l'Espagne, la Hongrie, l'Italie, la Pologne.De quoi s'agit-il? De ne pas laisser Google devenir l'unique porte d'accès, anglo-saxonne, aux fonds culturels européens. Il y a quatre mois et demi, le moteur de recherche californien rendait public son projet de bibliothèque virtuelle, basé sur la numérisation de 15 millions d'ouvrages conservés dans les plus prestigieuses universités américaines. Et offrait ses services à d'autres fonds, candidats à la numérisation. A cette annonce, le sang de Jean-Noël Jeanneney, directeur de la Bibliothèque Nationale de France, n'avait fait qu'un tour. Le savoir universel risquait de n'être accessible, en ligne, que via Google. Selon le principe qui a fait le succès du moteur de recherche, le résultat d'une requête ferait apparaître en premier lieu les pages les plus populaires, et donc sans doute, celles issues des fonds anglo-saxons. La diversité culturelle en serait pour ses frais. D'où l'idée d'une riposte européenne à Google, pour éviter que les automatismes du moteur de recherche n'aboutissent de fait à une forme "d'impérialisme culturel".Le projet, tel qu'il prend forme, ne part pas de zéro. Il consisterait à mettre en réseau les fonds déjà numérisés par nombre de grandes bibliothèques en Europe. Et quand les pays d'Europe se mettent à réfléchir ensemble au partage de leur culture, on est tenté d'applaudir.Mais là où le bât blesse, c'est que face à l'ampleur et la complexité de la tâche, ils font preuve d'une grande modestie dès qu'il s'agit d'aligner les moyens sur les ambitions.Google prévoit d'investir 150 à 200 millions de dollars sur dix ans pour les 15 millions de livres de sa bibliothèque. Le projet européen aurait besoin, lui, de quelque 200 millions d'euros pour numériser seulement 3 millions de documents, selon une première évaluation. Pourquoi un tel différentiel? D'une part car il serait développé avec un souci de grande rigueur scientifique dans l'indexation des documents, leur choix en fonction des besoins de la recherche, de la conservation, et devrait mettre en cohérence des travaux déjà réalisés selon les initiatives dispersées des pays... D'autre part, parce que, sauf à déclarer l'anglais langue universelle, le projet européen implique de tout traduire dans plusieurs (25?) langues. Le budget de la Culture européen, 0,12% du budget total ou 130 millions d'euros par an, tout comme ceux des Etats membres, qui n'atteignent pas partout le seuil déclaré minimal de 1% du PIB, risquent de ne pas suffire à faire face. La Commission publiera en juillet prochain une recommandation sur la numérisation du patrimoine - livres mais aussi films, collections des musées... - où elle incitera dans ce domaine à des partenariats publics-privés. L'Europe pourrait alors inviter Google, officiellement mis à la porte, à revenir par la fenêtre. Et discuter avec lui de la façon dont il pourrait contribuer au projet européen. On aurait peut-être pu commencer par ça?

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