Pléthore de candidats pour la reprise des autoroutes

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Quelques jours après le dépôt des offres de rachat des sociétés d'autoroutes, les candidats à la reprise se bousculent devant les portes de Bercy. D'ores et déjà, la quasi-totalité des 18 candidats que le ministère des Finances a comptabilisés est connue.Sur les trois sociétés mises en vente (ASF, APRR et Sanef), les Autoroutes du Sud de la France (ASF) font figure de cas à part. L'appel d'offres ne devrait pas donner lieu à une bataille sur ASF. Pourtant, avec ses 3.100 kilomètres de routes et ses 2,39 milliards d'euros de chiffre d'affaires, il s'agit de la plus importante des trois sociétés. Et aussi de la plus rentable avec un bénéfice de 403 millions d'euros en 2004 contre 148 millions d'euros pour APRR et 97 pour Sanef. Mais Bercy devrait plutôt désigner le "repreneur naturel" car ASF est en quelque sorte une chasse gardée. En effet, avec déjà 23% du capital, Vinci fait figure de repreneur logique. La preuve en est que le groupe de construction serait le seul à avoir présenté une offre sur ASF: avec son importante participation, Vinci est en position de s'assurer la mainmise sur le management et la stratégie du groupe. De quoi dissuader toute velléité de la part d'un concurrent éventuel.Restent alors les deux Petit Poucet: les Autoroutes Paris-Rhin-Rhône (APRR) et la Société des Autoroutes du Nord et de l'Est de la France (Sanef). Là, à l'inverse d'ASF, la bataille va être rude... D'ores et déjà, Bercy a reçu pour chacune des deux sociétés trois offres dont les dépôts ont été confirmés par les intéressés. Et d'autres pourraient être dévoilées au vu du nombre de candidats. Bercy a comptabilisé au total 18 candidats ayant présenté des offres, mais certains se sont alliés entre eux pour maximiser leurs chances de réussite.Le premier à dégainer a été le français Eiffage qui s'est allié au fonds d'investissement australien Macquarie pour présenter une offre sur APRR et une sur Sanef (voir tableaux). Le concessionnaire du Viaduc de Millau est d'ailleurs le seul groupe de construction français en lice sur ces deux sociétés, puisque Vinci ne s'est penché que sur ASF. La bataille des groupes français de BTP n'aura donc pas lieu, Bouygues ayant décidé à la fin du mois de juillet de ne pas participer à l'appel d'offres (voir ci-contre). Les Espagnols en force...La concurrence va donc essentiellement opposer entre eux les groupes de construction étrangers. Un mois après l'affaire Danone qui a vu la France entière demander à ses entreprises de protéger leur capital, APRR et Sanef pourraient bien passer, au moins en partie, sous pavillon étranger. Quatre groupes européens ont déposé leur candidature et les Espagnols sont en nombre. Itinere, une filiale du groupe de construction Sacyr Vallehermoso, a déposé une offre sur APRR et une sur Sanef. Ses compatriotes Fomento de Construcciones y Contratas (FCC) et Abertis ont également déposé "plusieurs" offres mais sans préciser les cibles, même si APRR et Sanef sont les plus probables. Enfin, l'Italien Autostrade a présenté une offre sur APRR qui constituerait une continuité logique de sa stratégie de couverture de toute la zone autour des Alpes.D'ailleurs, le groupe italien s'est associé à la Caisse des Dépôts et des Consignations (CDC) au sein d'un consortium, chacun en détenant 30%. Les sociétés d'assurance Axa, AGF, Predica (Crédit Agricole) et CNP se sont jointes à ce consortium. La CDC a également déposé une offre pour prendre une participation de 25% dans le capital de Sanef. Alors que depuis la décision du gouvernement de céder la totalité de ses participations dans les autoroutes, de nombreuses critiques se sont élevées contre l'abandon des infrastructures par l'Etat, la présence de l'institution publique CDC au capital de Sanef ou/et d'APRR pourrait permettre à l'Etat de garder malgré tout un oeil sur ces sociétés. Le gouvernement n'est pas contre l'entrée de groupes de construction étrangers dans le capital des concessionnaires car ils ont aussi des politiques industrielles. En revanche, il semble plus préoccupé par l'entrée de fonds d'investissement accros de la rentabilité et plutôt avares de projets industriels....et les fonds d'investissements en embuscadeMais le gouvernement n'a en tous les cas pas empêché ces fonds de présenter des candidatures. Et elles sont nombreuses. En plus de Macquarie qui s'est associé à Eiffage (voir plus haut), quatre autres fonds sont ou seraient en piste pour racheter les participations de l'Etat. Les fonds canadiens Ontario et Borealis auraient déposé une ou plusieurs offres mais n'ont pas voulu commenter. S'ajoutent à la liste les fonds PAI Partners et LBO Terra Firma qui n'ont pas confirmé leurs candidatures mais celles-ci seraient fort probables. Cependant, malgré ces nombreuses candidatures, les marchés n'attendent pas de surenchères sur les offres (voir ci-contre). Le ministre des Finances Thierry Breton a indiqué que ces privatisations devraient rapporter à l'Etat entre 10 et 14 milliards d'euros. Reste à savoir quelles candidatures ont le plus de chances d'aboutir. Le gouvernement pourrait privilégier les tours de table comprenant un groupe français. Si ASF semble acquise à Vinci, Eiffage pourra difficilement obtenir Sanef et APRR alors que le consortium mené par l'Italien Autostrade, la CDC et accompagné d'assureurs français privilégie une "solution française" sur APRR. Toutefois, les offres des groupes étrangers et des fonds investissements, plus polémiques, sont elles aussi recevables. Même s'il est seul maître du choix des candidats, le gouvernement a assuré qu'il sera conforme au respect des critères du cahier des charges public. Bercy vient de nommer Jean-Louis Lefort comme expert indépendant pour faire respecter "la transparence de la procédure de privatisation des autoroutes", selon le ministère des Finances. Quoi qu'il en soit, les dés sont maintenant jetés. Le gouvernement va examiner pendant quinze jours les différentes offres. Viendra ensuite le temps des négociations entre Bercy et chaque candidat, sans doute dans le but de faire monter les enchères. Dans ce cas précis, la présence des fonds d'investissements capables de lever des sommes importantes sans grandes difficultés pourrait être décisive. Rendez-vous à l'automne pour connaître le nom des heureux élus.

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