A quoi servent les syndicats ?

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Les salaires stagnent et le recul du chômage est à la fois récent et très marginal. La réforme des 35 heures leur a permis de constater leur impuissance, la constitution européenne d'étaler leurs divisions. A peine 8% des salariés y adhèrent. A quoi servent les syndicats aujourd'hui ?A bloquer les aéroports au moment des départs en vacances, serait peut-être tenté de répondre un vacancier coincé à Orly depuis quelques jours. Le trafic, a promis Air France, sera redevenu normal ce matin. On se gardera de tout jugement sur le fond. Mais qu'il soit permis de rappeler qu'une hôtesse est décédée à la suite de la manipulation malencontreuse d'une échelle, que l'employé mis à pied à la suite de cette erreur tragique continue de percevoir son salaire, que le premier réflexe des syndicats a été de déclencher une grève sans préavis et de conférer sur le champ à l'agent en question le statut de délégué syndical afin d'en faire un "salarié protégé".Les syndicats sont dans leur rôle en défendant les salariés avec acharnement. La question est de savoir s'ils livrent aujourd'hui les bons combats, et s'ils les livrent avec efficacité. Le manque d'enthousiasme que manifestent les salariés à leur endroit apporte une partie de la réponse. Un peu plus de 8% de syndiqués, c'est moitié moins qu'il y a vingt-cinq ans - rappelons au passage que ce même taux de syndicalisation est de 90% en Suède, 30% au Royaume-Uni, 28% en Allemagne et... de 14% aux Etats-Unis.Non sans raison, les syndicats français avancent que la précarité de l'emploi, la multiplication des contrats à durée déterminée découragent la syndicalisation, qui s'est d'ailleurs stabilisée au cours des dix dernières années. Les syndicats demeurent ainsi trois fois plus présents dans le secteur public (15,1% des salariés), là ou l'emploi est garanti, que dans le privé (5,2%), selon une étude de la Dares publiée en octobre dernier.Mais la théorie est un peu courte - elle n'explique pas une syndicalisation beaucoup plus élevée outre-Atlantique et outre-Manche. La question de la représentativité des syndicats est posée aujourd'hui, tout comme celle de leur champ d'intervention. Contesté par ses propres troupes à propos de la Constitution Européenne, Bernard Thibault le reconnaît avec franchise dans l'entretien qu'il a accordé hier à Libération : "Qui voulons-nous rassembler dans la CGT ? Et quel est le champ que nous voulons occuper en tant que syndicat ? Ce débat a surgi à l'occasion du traité constitutionnel. Il serait apparu tôt ou tard sur un autre sujet," admet le secrétaire général du syndicat.En attendant, on pardonnera aux salariés d'éprouver une certaine confusion. Le comité confédéral national de la CGT a rejeté la constitution européenne contre l'avis de Bernard Thibault. La CFDT est favorable à ce texte , tout comme la CFTC. Mais FO préfère s'abstenir. Pragmatique, la CGC songerait à "monnayer" son soutien.Et les 35 heures ? Avec 500 000 personnes dans la rue, la manifestation du 5 février a été un succès. A deux "détails" près. Elle n'a pas empêché le gouvernement de légiférer. Elle a été aussitôt suivie par la rupture du front syndical, puisque la CFDT ne participera pas à la prochaine manifestation, le 10 mars.Or il est permis de penser que les syndicats ne pourront être véritablement efficace qu'à deux conditions : présenter un front uni quand ils estiment que l'enjeu le mérite, accepter que leur "famille" s'agrandisse à de nouvelles organisations représentatives.A l'évidence, l'unité syndicale, l'émergence d'une puissante confédération à l'allemande ou à l'américaine n'est pas pour demain. Quant au renouvellement qui pourrait la précéder, il va lui aussi se faire attendre.Ainsi en a décidé le conseil d'Etat, qui a refusé l'an dernier à l'UNSA le statut de syndicat "représentatif" qu'un décret de 1966 accorde à la CFDT, la CGT, la CFTC, la CFE-CGC et FO. En fonction de cinq critères : effectifs, indépendance, cotisations, expérience, ancienneté et... patriotisme pendant la guerre. L'UNSA a beau peser très lourd dans la fonction publique (près de 16% des suffrages lors des dernières élections professionnelles de la fonction publique d'Etat), le syndicat n'est ni assez ancien, ni assez expérimenté et demeure trop sectoriel aux yeux des juges.Le "club des Cinq" peut ainsi converser son monopole sur la signature d'accords avec le gouvernement, le patronat, d'accords de branche ou interprofessionnels. La France peut demeurer le pays développé qui compte le plus de syndicats et le moins de syndiqués. Il n'est pas sûr que les salariés y gagnent au change.

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