Google privé d'indice

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Jugés insolents, décalés, voire arrogants, les fondateurs de Google, Larry Page et Serguei Brin, n'entrent pas dans le moule de Wall Street. Depuis l'annonce de leur projet d'introduction en Bourse, finalement triomphale, l'an dernier, les deux trentenaires défient les codes et les usages de la finance. De la méthode - une enchère "à la hollandaise" - à la quantité d'actions mis en vente - correspondant au chiffre après la virgule du nombre Pi - tout ne fut qu'excentricités et cocasseries, à la limite de la provocation pour ces messieurs du Financial district de New York. Google n'a pas cessé de faire du bruit après son introduction: il vient de boucler la plus grosse augmentation de capital réalisée par une firme de high-tech depuis une décennie, plus de 4 milliards de dollars levés à la mi-septembre, tout en s'offrant le luxe d'un nouveau record historique en Bourse dans la foulée. Mais Standard & Poor's vient de lui refuser l'accès au prestigieux indice S&P500. Faut-il y voir une forme de punition? Intégrer le S&P - à prononcer "S and Pi" justement - fait figure de consécration à Wall Street: 1.200 milliards de dollars de capitaux sont indexés sur cet indice élargi qui regroupe la fine fleur des marchés américains. Les nouveaux venus bénéficient traditionnellement d'un "effet d'indice" à l'annonce ou à la date de l'entrée officielle, soutenus par les achats des gérants de fonds qui répliquent la performance de l'indice: un petit coup d'accélérateur de 4 à 5%. Procter & Gamble ayant obtenu le feu vert du rachat à 57 milliards de dollars de Gillette, une place était sur le point de se libérer. Les spéculations sont allées bon train vendredi sur une entrée imminente de Google, dont l'action était très recherchée. Las, la nomination est tombée après la clôture: on lui a préféré un profil moins pétaradant, plus discret et plus sage, le groupe de construction de logements Lennar, inconnu de ce côté de l'Atlantique mais pesant en Bourse autant que Google. Avec une capitalisation dépassant les 92 milliards de dollars, le moteur de recherche est aujourd'hui presque aussi gros que PepsiCo. Incorporer Google, c'eut été mettre un tigre dans le moteur du S&P 500: le numéro un des requêtes sur Internet a foncé de 60% en Bourse depuis janvier, alors que l'indice élargi a péniblement avancé de 1,4%... Un argument que ne manqueront pas de rugir les supporters de Google: son absence de l'indice ne l'a pas empêché de s'élancer de 160% en un an et de quasiment quadrupler sa valeur depuis son introduction en août 2004. L'entrée de la firme de Mountain View, en Californie, aurait sans doute dopé la performance du S&P 500 et rendu plus pâle celle de nombreux autres membres. Elle aurait aussi propulsé la croissance moyenne des bénéfices des membres de l'indice à des niveaux légèrement intimidants pour les groupes plus traditionnels. Finalement, hormis les actionnaires de Google, l'absence du moteur en recherche dans l'indice arrange tout le monde...

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