Musique en ligne, une irrésistible montée en puissance

 |  | 1301 mots
Lecture 6 min.
Tout le monde est dans les starting-blocks. Que ce soit du côté de l'industrie du disque ou chez les sites Internet dédiés et les fournisseurs d'accès au Web, c'est la mobilisation générale face à l'ouragan annoncé par l'arrivée du téléchargement légal de musique sur Internet.Et pourtant, le pari était loin d'être gagné pour ce type de consommation. Il paraît loin le temps où Napster était le seul site à offrir le téléchargement de titres par échanges de fichiers (peer to peer). C'était il y a moins de dix ans. A l'époque, le peer to peer était totalement illégal (et gratuit, bien sûr), mais personne ne s'en inquiétait trop. Pourtant, le potentiel du marché de la musique en ligne a rapidement été démontré, avec une base de clients importante et une croissance permanente que les maisons de disques ont longtemps refusé d'admettre. Ainsi, l'industrie de la musique a perdu un temps précieux en n'envisageant même pas le lancements de sa propre musique en ligne, et en refusant de surcroît d'ouvrir ses catalogue à des tierces parties.Aujourd'hui, ce marché est en phase de décollage et a de beaux jours devant lui. Selon une étude publiée par Strategy Analytics, le marché de la musique en ligne devrait progresser de 16% d'ici 2010 et atteindre 4,5 milliards de dollars à cette date. Des chiffres qui laissent songeur et représentent une manne non négligeable pour les maisons de disques.Un marché corrélé au développement de l'ADSLEn fait, le marché se développe au même rythme que le débit d'Internet dans le monde. Or, là encore, ce marché n'en est encore qu'à ses balbutiements, comme le montre Strategy Analytics. Le cabinet d'études considère que la base d'utilisateurs de l'ADSL et autres accès à l'Internet rapide devrait atteindre d'ici la fin de l'année 189 millions de foyers en Europe et aux Etats-Unis. En 2010, ce chiffre devrait avoir doublé et atteindre 368 millions de foyers dans ces deux régions.Le développement du haut débit devrait donc faire évoluer le comportement des consommateurs, mais aussi l'offre que les fournisseurs d'accès vont proposer à leurs clients. Enfin, certains marchés comme la Chine ou l'Amérique Latine sont encore sous-équipés ce qui promet des jours heureux à la musique en ligne et aux sites dédiés à ce type de services.Le marché ayant longtemps été laissé aux seuls "pirates", le développement de sites légaux de téléchargement de musique a donc été très tardif. En 2003, Apple a été le premier à lancer son site dédié et à négocier des tarifs avec l'industrie du disque. Itunes a donné à l'époque le coup d'envoi d'une nouvelle ère du téléchargement de musique. L'IFPI (l'association internationale du disque) a recensé pour l'année 2004 pas moins de 180 nouveaux sites légaux de musique on line. Aujourd'hui, il y en aurait 300 disponibles dans le monde, dont 200 sur le marché européen.A la recherche de modèles de rentabilitéMais les modèles adoptés sont encore en rodage. Entre téléchargement à la demande ou abonnement mensuel, le marché reste encore assez partagé sur le modèle le plus rentable. Le téléchargement au titre est proposé par Apple et Sony Connect. Ces deux services proposent des titres en format "maison" ou MP3. Mais les marges dégagées sur ces sites sont faibles, Sony et Apple s'en servant comme produits d'appel pour vendre leur matériel, l'iPod pour Apple et le Walkman pour Sony. Ce type de modèle permet au consommateur d'acheter sa musique presque dans les mêmes conditions que dans un magasin physique, en en devenant bien propriétaire.De leur côté, des sites comme Yahoo! ou Rhapsody (filiale de Real Networks) proposent des abonnements qui permettent d'accéder à de la musique qui peut être téléchargée sur ordinateur. La plupart des abonnements sont proposés au mois avec téléchargement illimité. Les morceaux téléchargés peuvent être lus sur PC ou sur tous les modèles de lecteurs MP3. Ce modèle économique permet aux site d'avoir des revenus récurrents, avec la possibilité de dégager des marges importantes. Mais le client doit se faire à l'idée qu'il n'est pas propriétaire de sa musique.Le développement des mobiles et MP3 devrait pousser l'offreA l'origine, la musique téléchargée n'était écoutée que sur PC. Mais désormais, la multiplication des modèles de lecteurs MP3 ou encore de téléphones mobiles permettant une écoute en MP3 va accélérer le développement de ce type d'écoutes. Ainsi, pour Strategy Analytics, le nombre de lecteurs MP3 devrait atteindre 38 millions d'unités en circulation d'ici fin 2005 et 95 millions en 2010. Le nombre de téléphones mobiles offrant un accès à la musique devrait atteindre 578 millions d'unités en 2010 contre 106 millions en 2005. Le succès de ces produits ne se dément donc pas. En effet, alors que l'iPod a été vendu à 21 millions d'exemplaires en quelques années, il a fallu cinq semaines à Nokia pour vendre le même nombre d'exemplaires de son téléphone mobile MP3.Par ailleurs, les services offerts par les fournisseurs d'accès Internet (FAI) devraient se multiplier au même rythme que le développement du haut débit, et par ricochet de celui de la musique en ligne. C'est l'un des challenges relevé par Strategic Analytics, et qui permettrait de garder les clients et d'en attirer. Le contenu reste donc un vrai but pour développer la clientèle, en parallèle de l'accélération des accès Internet.Certains FAI proposent déjà des partenariats avec des sites de téléchargement. Par exemple aux Etats-Unis, Rhapsody est disponible sur plusieurs fournisseurs d'accès tels que Comcast, Time Warner Cable ou encore Cablevision. Ces offres couplées permettent aux sites de téléchargement de musique de miser sur un parc de clients plus large. A titre d'exemple, Rhapsody accède à 7,7 millions de clients potentiels grâce à Comcast. Wanadoo a aussi proposé ce système en partenariat avec MusicClub. Cet accord donne ainsi accès à 5,4 millions de clients potentiels en Europe.Une demande à la hauteur de l'offreMais que faire si l'offre ne rencontre pas de demande de la part des internautes? Rien à craindre sur le marché de la musique en ligne. La plupart des foyers interrogés par le cabinet d'études citent comme raison de s'abonner à un Internet plus rapide la possibilité de télécharger des titres de musique. Ainsi, 44% des Américains citent cette envie, contre 64% des Français et 59% des Britanniques.Par ailleurs, 31% des Américains interrogés téléchargent de la musique plusieurs fois par semaine contre 48% des Français et 57% des Britanniques. En ce qui concerne l'abonnement à ce type de produit, 46% des Américains montrent un intérêt envers ce type de modèle, alors qu'ils sont 52% des Français et 45% des Britanniques. Au final, la musique en ligne devrait continuer à croître dans les prochaines années. Reste en suspens le problème des sites illégaux proposant de la musique qui continuent à coexister avec les site légaux. Même si la lutte contre le piratage s'intensifie de la part de l'industrie du disque tout comme des pouvoirs publics, il reste des obstacles juridiques difficiles à surmonter, comme l'a démontré récemment la Cnil (lire ci-contre). Cette dernière a mis en évidence un vide juridique en matière de pistage des pirates, interdisant de ce fait aux sociétés de droits d'auteurs de partir à la chasse de ces derniers.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :