Télévision : la grande explosion approche...

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Le gros poste de radio, autour duquel on se rassemblait encore en famille il y a 50 ans, n'est plus qu'un objet de nostalgie. Woody Allen en avait fait un film, Radio Days. Le transistor a brisé le cercle: chaque membre du foyer balade son poste, réglé sur ses fréquences favorites, de la chambre à la salle de bain, l'emporte dans sa poche avec ses écouteurs, ou le retrouve dans sa voiture. La télévision semble à l'aube d'un éclatement encore plus radical. Non seulement la consommation s'individualise, mais le programme lui-même se fragmente. Qui va le délivrer demain au spectateur? Les candidats se bousculent: portail ou fournisseur d'accès Internet, opérateurs télécoms fixes ou mobiles... Les acteurs traditionnels de la diffusion audiovisuelle ne sont pas assurés de rester les maîtres du jeu.La bataille n'est pas encore véritablement engagée. On explore les lignes de front, on pactise en nouant des partenariats, tout en lançant des incursions dans le territoire de l'autre. Mais les signes avant-coureur se multiplient. Prenez la vidéo à la demande, la VOD pour les intimes... Pour s'en tenir au marché français, la course de vitesse est lancée entre les télévisions Canal +, TF1, TPS, M6, qui lancent dans les prochaines semaines une offre d'achat de films en streaming ou en téléchargement, et les grands opérateurs télécoms. France Télécom en tête, mais aussi T-Online via sa filiale Club Internet, vont enrichir leur offre de télévision par ADSL d'un service de VOD qu'ils veulent gérer en direct. La richesse et la diversité du catalogue offert seront le nerf de la guerre. Pour l'heure, sur un marché balbutiant, Hollywood, pragmatique, préfère encore alimenter tout le monde sans exclusive. Mais il y a fort à parier que si l'usage de la VOD se développe, l'exclusivité reprendra ses droits au bénéfice du plus offrant. Le cash-flow des opérateurs télécoms saura leur donner des arguments. Et quand un film aura été accessible pendant plusieurs mois, d'un simple clic ou d'une pression sur sa télécommande, il risque d'avoir perdu une part de son attrait le jour où il sera enfin disponible sur une chaîne de télévision. L'information, elle aussi, commence à échapper à la grand messe des JT de 20 heures, et même au flot ininterrompu des chaînes de news en continu. Christine Ockrent, ex-papesse du 20h, tient chronique pour l'abonné aux services 3G de l'opérateur mobile SFR, aux côtés d'autres figures venues de la télévision hertzienne: Thierry Gilardi pour le sport, Isabelle Giordano pour le cinéma. Le portail Yahoo!, de son côté, recrute un reporter de guerre et des chroniqueurs financiers pour produire sa propre information. La production ou l'acquisition de contenus n'est plus l'apanage de diffuseurs audiovisuels, qui les éditent en un flux linéaire. Ils se consomment à la carte, à partir de boutiques virtuelles dont les télévisions sont loin d'être les seules à pouvoir revendiquer le contrôle du pas de porte. Comme toujours, les usages évolueront lentement. Certains analystes estiment que la consommation passive d'un programme, le dos calé au fond du canapé, ne sera jamais supplantée par la consommation active, celle où il faut faire un choix, interagir avec l'offre. Mais plus cette dernière gagnera du terrain, plus le modèle économique des chaînes en clair, qui vendent aux annonceurs des audiences de masse, risque d'être fragilisé. Selon le patron d'une agence de publicité, dans le futur, TF1 pourrait un jour vendre moins d'écrans publicitaires, mais plutôt des bases de données personnelles, collectées à partir des envois de SMS sollicités dans le cadre de ses émissions (jeux, votes...). Les chaînes "premium" offrant, contre un abonnement, des contenus exclusifs, devront aussi repenser leur promesse, l'inscrire dans un bouquet multiservices - Internet, téléphone, VOD, canal vidéo personnel partagé avec un groupe de proches...- dont la gestion du client final leur échappera. Une nouvelle époque télévisuelle s'annonce.

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