Échec à la reine

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" Ce que Mars donne aux autres, à toi c'est Vénus qui le donne." Ce proverbe du XVIe siècle rend hommage à un grand stratège de l'Ancien Régime, l'empereur Maximilien Ier qui, grâce à une politique active d'alliances matrimoniales entre les Habsbourg et les Jagellons, va réunir sous une même couronne l'Autriche, la Hongrie et la Bohème. Cette " géopolitique " du mariage royal est au coeur du dernier essai de Bartolomé Bennassar, qui a étudié le destin d'une centaine de princesses en Europe de la Renaissance jusqu'au siècle des Lumières. Loin du faste de la vie de cour, l'historien décrit une réalité plus triviale où des jeunes filles sont " enlevées à peine nubiles à leur enfance pour satisfaire aux exigences des dynasties ". L'auteur démontre " l'anormalité fondamentale " de ce système matrimonial en usage dans les familles royales. Car en généralisant les relations consanguines (à la limite de l'inceste), les mariages par procuration et d'un âge très précoce (de 12 à 15 ans en moyenne !), ces unions vont à l'encontre des préceptes fondamentaux de l'Église qui s'imposent à l'ensemble de la société. Mais la raison d'État est souvent bénie par le pape... Et si les Habsbourg de Vienne témoignèrent d'une bonne santé, de nombreuses lignées se sont éteintes faute d'enfants suffisamment vigoureux. On pense bien sûr aux Valois, mais aussi aux Habsbourg d'Espagne, dont le dernier rejeton Charles II a accumulé les tares. Bennassar dresse un magnifique portrait de Marie-Louise d'Orléans, nièce de Louis XIV, devenue reine d'Espagne en 1679 par son union forcée avec ce souverain et dont la stérilité du couple va rendre son existence invivable dans une cour obsédée par la continuation de la dynastie.Des solutions originales. Ce tableau bien sombre est contrebalancé par l'évocation du " pouvoir des veuves ", ou comment certaines reines ont profité de la mort de leur royal mari pour régenter leur royaume. En France, malgré la loi salique, les exemples sont multiples : Catherine puis Marie de Médicis, ou Anne d'Autriche qui s'est révélée une régente avisée durant la minorité de Louis XIV. Dans l'empire très éclaté de Charles Quint, les solutions aux problèmes de délégation de pouvoir furent originales : la gestion des Pays-Bas est revenue à des femmes de sang royal, Marguerite de Bourgogne d'abord, puis Marie de Hongrie." Le Lit, le Pouvoir et la Mort. Reines et princesses d'Europe de la Renaissance aux Lumières ", de Bartolomé Bennassar. Éditions de Fallois (270 pages, 22 euros).

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