L'Afrique noire, toute noire

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Une fois de plus, John Le Carré a écrit un thriller de grande qualité. Qui cette fois se passe au Congo, où se trament de diaboliques intrigues. Entre rivaux cupides, un interprète doit trier mensonges et hypocrisies. Avec succès. Un fabuleux roman, noir.

Bruno Salvador, dit Salvo, n'est pas n'importe qui: "né d'un bouseux irlandais missionnaire catholique et d'une mère villageoise congolaise dont le nom a disparu à jamais dans les ravages du temps et de la guerre", il a été abandonné après "trois mois d'amour vache entre les mains des carmélites" puis élevé en Angleterre, notamment par un religieux attoucheur.

Aujourd'hui, il est marié à une célèbre journaliste, riche, blanche et ambitieuse et surtout parle à la perfection, accent tonique compris, de nombreuses langues vraiment étrangères: français, swahili, lingala, bemba, shi, kinyarwanda, nombre d'idiomes qui ont cours autour du lac Kivu à la frontière du Rwanda.

Ce polyglotte pas comme les autres a tout de suite été repéré par les services secrets de sa Majesté: il est embarqué, toutes affaires cessantes, pour une mission de confiance, à savoir traduire les propos des participants d'une discrète conférence mêlant des chefs de guerre africains unis uniquement par leur amour du dollar et quelques hommes d'affaires désireux de mettre la main sur les richesses du sous-sol congolais. Une conférence clandestine, qui se tient dans une île égarée dans l'Atlantique sous l'égide d'un "Syndicat" étrange et redoutable.

Salvo va-t-il traduire tout ce qu'il entend, mensonges, brutalités et chantage compris? Avec astuce et courage, il tente de se sauver d'abord tout en lésant les autres. Trois millions de dollars sont en jeu...

Dans ce roman écrit avec une lame de rasoir tant les personnages sont taillés à vif, John Le Carré poursuit, après le déjà très remarquable "La Constance du jardinier", sa traque de ceux, innombrables, qui entendent prendre l'Afrique en otage. Son livre est à l'image de sa plume, puissant et raffiné à la fois.


"Le chant de la mission", par John Le Carré, Traduit par M. et I. Perrin, Le Seuil, 348 pages, 21,80 euros.

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