Gitane sans filtre

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Colum McCann, écrivain de renom d'origine irlandaise, vit aujourd'hui à New York où il a adapté à sa manière l'art du reportage-littérature. Avec un de ses premiers best-sellers, "Les Saisons de la nuit", après avoir passé nombre de jours avec les miséreux de Manhattan, il décrit le monde souterrain de la métropole américaine ou, avec sa remarquable fiction "Danseur", après s'être documenté sur la vie de Rudolf Noureïev, il a romancé le biographie du maître de ballet russe. Cette fois, il s'investit - quatre ans de travaux et un fil conducteur, la vie de la poétesse polonaise Papusza - dans un monde particulièrement peu connu, les Roms, cette peuplade originaire d'Inde si difficile à saisir, car ses 14 millions de membres disséminés de par le monde sont riches d'une culture uniquement basée sur le verbe, l'écriture étant peu recommandée, voire "impure". C'est d'ailleurs sur cet interdit que repose ce livre: à six ans, Zoli Novatna, petite Rom d'Europe Centrale, voit sa tribu, parents, frères, cousins, chevaux, engloutie par les eaux, noyée par les Hlinkas, fascistes slovaques des années 1930. Elevée par son grand père, marxiste et lettré, elle apprend à lire et à écrire en secret, tant les mots rédigés sont honnis autour d'elle. Grâce à ce savoir, elle écrit des poèmes, les chante, et devient une héroïne au point que, une fois la guerre terminée, le pouvoir communiste décide de s'en emparer afin de sédentariser ces gitans inaccessibles. Problème également, un jeune anglais tombe amoureux de Zoli, et imprime ses écrits pour mieux la conquérir: une déclaration d'amour qui entraîne la perte de sa bien-aimée. Les siens, qui n'acceptent pas la publication de ce livre, bannissent leur ex-égérie, l'obligeant à un exil des plus amers. "Une Tsigane appartient toujours à un Tsigane": Zoli est dans la nasse.Plus encore que cette très belle histoire joliment narrée, Colum McCann emmène le lecteur dans un autre voyage, celui de la découverte d'un monde à part, riche d'émotions, de traditions, d'humanismes, un monde pourtant rejeté par ignorance au point qu'aujourd'hui encore la misère et la mélancolie sont ses dénominateurs communs. Car l'immense talent de cet écrivain est de toujours savoir garder sa distance, de ne pas verser dans un sentimentalisme de mauvais aloi. En cela, ce roman est une réussite."Zoli" par Colum McCann, traduit par J.L. Piningre, Belfond, 336 pages, 21 euros

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