L'Inde se mobilise pour relancer sa croissance

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La croissance du PIB a décéléré à 8,4% au quatrième trimestre 2007 sur fond de lutte contre l'inflation. Le gouvernement a présenté ce vendredi un budget de relance pour l'année fiscale 2008-09, sans doute le dernier avant les élections générales.

Rien ne va plus en Inde. La croissance pour l'exercice fiscale 2007-08 risque fort de se "limiter" à un niveau compris entre 8,5% et 9%, après 9,6% lors de l'exercice fiscal précédent. Si cette prévision paraît enviable à l'aune des rythmes d'activité économique de marchés mûrs comme ceux d'Europe ou des Etats-Unis, elle est perçue en Inde comme un dangereux recul, porteur d'impuissance pour fournir des "job" à la douzaine de millions de demandeurs d'emplois qui se manifestent chaque année sur le marché du travail.

Perspective d'autant plus inquiétante qu'elle s'inscrit dans le contexte d'un ralentissement économique mondial. La production industrielle indienne n'a cru que de 9,3% au quatrième trimestre contre 11,3% sur la même période l'an passé. Mais c'est surtout l'agriculture qui a contribué à ralentir la croissance ces derniers mois. Ce secteur, qui assure la survie à environ 700 millions d'Indiens, n'a crû que de 3,2% au dernier trimestre, ralentissant l'amélioration du sort de l'immense majorité de la population du sub-continent.

A douze ou quinze mois de probables élections législatives, le Congrès, principal parti de la coalition au pouvoir, ne peut ignorer la question agricole qui avait fait chuter le précédent gouvernement. Rien d'étonnant donc à ce que le ministre des finances, Palaniappan Chidambaram, ait annoncé dans le cadre du budget du prochain exercice une aide massive aux paysans endettés d'un montant de 15 milliards de dollars environ. Trente millions d'entre eux verraient leurs créances annulées, et 10 autres millions recevront une aide. L'endettement des paysans est tel que des milliers d'entre eux se sont suicidés ces dernières années.

Pour lutter contre le ralentissement de l'activité, le gouvernement prévoit également de renforcer les allègements d'impôt sur les revenus des ménages et de réduire les droits d'accise sur les produits pharmaceutiques et les petites voitures notamment. Le plafond d'exonération fiscal augmente à 3.760 dollars contre 2.757 dollars dans un pays où seuls 32 millions d'habitants sur 1,1 milliard paient des impôts.

Cette mesure est destinée à encourager la consommation au moment où les prix grimpent dangereusement, particulièrement ceux des aliments. La menace inflationniste a conduit le gouvernement de Manmohan Singh à maintenir élevés les taux d'intérêt au cours de ces trois dernières années, mesure qui a poussé la roupie à la hausse, contribué à creuser le déficit commercial et au ralentissement économique.

Rares durcissements fiscaux décidés par le gouvernement, la taxe sur les plus-values du capital passe à 15% contre 10% afin de calmer la spéculation et les cimentiers seront plus lourdement imposés. En clair, "c'est un budget pour les paysans, pour la classe moyenne", a commenté Manmohan Singh. Son ministre des finances a surpris en espérant parvenir à réduire le déficit budgétaire à 2,5% du PIB lors de la prochaine année fiscale contre 3,3% pour l'actuel.

De son côté, le FMI a calculé que le déficit budgétaire de l'année courante s'élève plutôt à 4,5% si l'on réintègre les subventions aux sociétés produisant du pétrole et des fertilisants que le gouvernement a d'ailleurs maintenues dans son prochain budget, car ces subventions sont censées permettre vendre ces marchandise en dessous du prix du marché.

L'assainissement budgétaire sera d'autant plus difficile que le gouvernement prévoit une forte hausse des dépenses de défense (10%) et de celles consacrées à l'éducation (20%) et la santé (15%). A cela s'ajoute l'urgente nécessité pour le pays d'augmenter ses investissements dans les infrastructures dont l'insuffisance freine la croissance. Celles-ci sont désormais chiffrées à 500 milliards de dollars sur cinq ans. Le privé sera sollicité mais l'Etat aura du mal à échapper à sa contribution. Or, son taux d'endettement atteint déjà 75% du PIB.

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