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Numérique : Interswitch, détenu par le britannique Helios, défié par des fintechs nigérianes

Photo de Idriss Linge

Idriss Linge, Agence Ecofin

Publié le 09 juin 2026 à 07:20

Verve représente environ 40% des cartes actives au Nigeria.

Verve représente environ 40% des cartes actives au Nigeria.

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Au Nigeria, plusieurs fintechs majeures menacent de suspendre l'acceptation des cartes Verve. Derrière ce conflit technique se joue une bataille stratégique autour d'Interswitch, opérateur clé des paiements du pays et contrôlé majoritairement par le fonds britannique Helios Investment Partners.

Au Nigéria, Verve, marque de cartes de paiement détenue par Interswitch, fait face à une contestation ouverte de plusieurs acteurs majeurs de l'écosystème fintech nigérian, parmi lesquels Paystack et Flutterwave. Réunis au sein de l'Association of Point of Sale Service Providers, ces opérateurs ont menacé fin mai de suspendre l'acceptation des cartes Verve sur leurs réseaux si certaines pratiques commerciales dénoncées comme anticoncurrentielles n'étaient pas abandonnées. Face à l'escalade, la Banque centrale du Nigeria (CBN) a convoqué les différentes parties afin d'éviter toute perturbation du système de paiement national. Si aucun accord n'a encore été rendu public, l'affaire dépasse largement le cadre d'un simple différend tarifaire.

Les fintechs contestataires reprochent à Verve d'imposer que toutes les opérations effectuées avec ses cartes transitent exclusivement par les infrastructures techniques d'Interswitch. Selon elles, cette obligation empêche le recours à des opérateurs concurrents et limite artificiellement la concurrence sur le marché. Elles dénoncent également une nouvelle structure tarifaire introduite en 2025 qui, selon leurs calculs, conduit à des frais supérieurs aux plafonds généralement appliqués par les autres réseaux de cartes présents dans le pays. Les opérateurs affirment en outre que certains prélèvements sont effectués directement sur leurs comptes de règlement sans possibilité préalable de vérification ou de contestation.

Interswitch rejette ces accusations. Des responsables du groupe expliquent que ces règles visent avant tout à renforcer la traçabilité des transactions et à lutter contre les fraudes. Selon eux, certains acteurs contourneraient les procédures prévues par le réseau, créant des risques pour l'intégrité du système de paiement. Cette ligne de défense ne convainc toutefois pas les fintechs qui ont saisi les autorités de la concurrence et demandent désormais une clarification réglementaire.

Une bataille autour des infrastructures de paiement

Fondée en 2002, Interswitch a accompagné la transition progressive de l'économie vers les paiements numériques et demeure aujourd'hui un acteur incontournable du secteur. Depuis 2010, le fonds d'investissement britannique Helios Investment Partners détient environ 52 % du capital, acquis pour environ 72 millions d’euros au taux de change de l’époque. En 2019, le géant américain Visa a acquis près de 20 % des parts à l'occasion d'un investissement de 200 millions de dollars qui avait alors valorisé Interswitch à plus d'un milliard de dollars, faisant d'elle la première licorne fintech du continent africain. Cette dimension internationale nourrit  le débat actuel alors que plusieurs acteurs locaux accusent l'entreprise d'utiliser sa position dominante pour verrouiller le marché.

L'enjeu est considérable car Verve demeure la première carte bancaire du pays. Elle représente environ 40% des cartes actives au Nigeria, avec une forte présence auprès des ménages à revenus faibles et intermédiaires. Pourtant, le marché a profondément changé ces dernières années. Les paiements instantanés par virement bancaire dominent désormais largement les usages numériques. Portés par les infrastructures de la Nigerian Inter-Bank Settlement System (NIBSS), ils représenteraient plus des deux tiers des paiements électroniques et l'essentiel des transactions sans espèces du pays. Cette évolution explique pourquoi les fintechs estiment pouvoir exercer une pression sur Verve sans provoquer de perturbation majeure pour l'économie. Mais elle souligne aussi la dépendance persistante de millions d'utilisateurs à un réseau qui reste incontournable dans les paiements de proximité.

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Une plus grande souveraineté des paiements

Pour les autorités nigérianes, l'affaire intervient à un moment particulièrement sensible. La Banque centrale cherche à renforcer la concurrence dans le secteur tout en préservant la stabilité du système financier. En 2023, elle a lancé sa propre carte domestique, AfriGo, avec l'ambition affichée de réduire l'influence des réseaux internationaux et de favoriser une plus grande souveraineté des paiements. Le différend actuel place désormais le régulateur face à un choix délicat : protéger un champion historique des paiements, majoritairement contrôlé par des investisseurs étrangers, ou soutenir les fintechs locales qui réclament un accès plus ouvert aux infrastructures essentielles.

Pour Helios Investment Partners, qui n'a toujours pas concrétisé le projet d'introduction en Bourse d'Interswitch évoqué depuis plusieurs années, l'issue du dossier sur la valorisation de l'un de ses actifs africains les plus emblématiques est à suivre.

Plus largement, cette confrontation sera observée comme un test de la capacité du Nigeria à arbitrer entre souveraineté et attractivité des capitaux étrangers, sur un marché du numérique qui poursuit son developpement rapide.

Idriss Linge, Agence Ecofin

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