Certains boulangers étaient montés au créneau fin avril 2025, dénonçant les contrôles menés par l'inspection du travail auprès de plusieurs artisans.
REUTERS - PHILIPPE WOJAZER
La proposition de loi, adoptée en juillet au Sénat, vise à autoriser certains commerces, fleuristes, théâtres et cinémas à faire travailler leurs employés le 1ᵉʳ mai. Emmanuel Macron souhaite que le texte puisse poursuivre son chemin à l'Assemblée.
Une initiative poussée par Emmanuel Macron. L'ensemble des huit organisations syndicales ont appelé vendredi les députés à sauvegarder le caractère « férié et chômé » du 1ᵉʳ-mai. Cette revendication intervient après qu'Emmanuel Macron a plaidé pour l'adoption lundi dernier d'une législation permettant aux « commerces alimentaires, particulièrement nos boulangeries », d'ouvrir si elles le souhaitent, « en faisant le cas échéant travailler leurs salariés, avec bien sûr l'accord de ces derniers » et à condition que ce soit « mieux rémunéré ».
« Même ceux qui défendent le 1ᵉʳ-Mai sont souvent contents de pouvoir acheter du muguet chez les uns ou de la baguette chez les autres et d'aller dans un restaurant qui est ouvert pour, avec leur famille, peut-être partager un repas », a lancé Emmanuel Macron lors de la traditionnelle remise de la galette de l'Épiphanie à l'Élysée. « Il faut donner de la sécurité juridique », a-t-il insisté. « Je ne veux pas qu'on reste dans une situation avec des contrôles, des redressements », a-t-il ajouté.
Ce que dénoncent les boulangers. Actuellement, les magasins ne sont pas autorisés à faire travailler leurs employés le 1ᵉʳ mai, seuls les artisans employeurs étant autorisés à le faire, à l'exception des activités où le travail ne peut pas être interrompu, comme les transports publics ou les hôpitaux. Cette question avait donné lieu à un vif débat fin avril 2025. Certains boulangers étaient alors montés au créneau, dénonçant les contrôles menés par l'inspection du travail auprès de plusieurs artisans. Car si eux sont autorisés à travailler, ils ont été épinglés pour avoir fait travailler leurs salariés en cette journée fériée et chômée en France.
Où en est la procédure ? Après ces protestations, le Sénat a adopté un texte en juillet. La proposition de loi, portée par le patron des sénateurs centristes Hervé Marseille (UDI), étend les dérogations aux commerces de bouche de proximité, aux fleuristes, ainsi qu'aux théâtres et aux cinémas. Elle prévoit que le 1ᵉʳ mai reste payé double pour ceux qui travaillent, sur la base du volontariat uniquement. Emmanuel Macron a souhaité que ce texte puisse poursuivre son chemin à l'Assemblée nationale, afin d'être adopté d'ici au 1ᵉʳ mai. Il doit être voté en première lecture le 22 janvier au Palais Bourbon, après avoir été discuté vendredi en commission.
Pourquoi l'initiative est vilipendée par les syndicats. Dans un communiqué commun, la CFDT, la CGT, FO, la CFE-CGC, la CFTC, l'Unsa, Solidaires et la FSU affirment qu'à « chaque fois qu'un principe est remis en cause, la dérogation s'étend progressivement à toutes et tous. Le travail le dimanche en est l'illustration ». « Une fois le travail généralisé ce jour-là, les majorations n'ont plus lieu d’être. Quant au "volontariat", ajouté pour rassurer, il n'existe pas réellement du fait du lien de subordination inhérent au contrat de travail, d'autant plus dans les TPE. »
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Les syndicats estiment aussi que l'extension des dérogations de travail le 1ᵉʳ mai se fera au détriment « des petits commerces indépendants de proximité qui pouvaient jusqu'ici déjà ouvrir ce jour-ci sans subir la concurrence des grandes entreprises ».
« Souvenons-nous que le projet de recul social autour de deux jours fériés a mis le feu aux poudres sur le budget en juillet dernier », a déclaré à l'AFP Thomas Vacheron, secrétaire confédéral de la CGT.
Les organisations syndicales rappellent enfin que le 1er mai « commémore les luttes pour les droits des travailleuses et des travailleurs » et notamment « la fusillade sanglante de travailleurs à Fourmies le 1ᵉʳ mai 1891 ».