60 départements en difficulté après avoir perdu 8,5 milliards de ressources en 3 ans
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François Sauvadet, président (UDI) de l'association Départements de France.
Reuters
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François Sauvadet, président (UDI) de l'association Départements de France.
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François Sauvadet, président (UDI) de l’association Départements de France, ne cherche pas la nuance. Il est en « colère ». Il ne s’agit pas d’un simple désaccord comptable, mais d’une alerte lancée quinze jours avant les Assises nationales à Albi. L’enjeu est brutal : la dégradation financière est si rapide et inédite qu’elle menace l’exercice même des missions essentielles des collectivités, du bitume des routes à la protection de l’enfance.
Il y a deux ans, quatorze départements seulement étaient considérés en grande difficulté de trésorerie. Aujourd’hui, ils sont soixante. Le passage d’un département sur quatre en situation critique dessine un paysage financier qui s’est « brutalement assombri ».
Les Départements sont pris en étau entre deux forces centrifuges. D’un côté, la chute des recettes : 8,5 milliards d’euros de ressources ont fondu en trois ans, principalement à cause d’un ralentissement aigu du marché immobilier, qui impacte directement leurs recettes. De l’autre, l’explosion des dépenses sociales. Ce poste absorbe désormais 70 % des dépenses globales des Départements, contre 54 % il y a dix ans.
C’est le poids de trois politiques publiques : la protection de l’enfance, le handicap, et le vieillissement. En clair, les collectivités sont devenues l’amortisseur social principal d’une crise dont la charge financière dépasse très largement la couverture assurée par l’État. Le coût du social s’alourdit.
François Sauvadet met l’administration centrale face à sa responsabilité. L’État, affirme-t-il, a « imposé six milliards d’euros de dépenses supplémentaires » aux départements en seulement trois ans. La contradiction est totale : le gouvernement impose de nouvelles missions et de nouvelles charges, tout en diminuant drastiquement les moyens de les financer. Les Départements sont « étranglés financièrement » tandis que leurs ressources s’évaporent.
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L’idée reçue voulait que la crise ne touche que les territoires ruraux ou fragiles. Elle est morte. Le président de l’association a cité l’Aisne, la Gironde ou encore les Hauts-de-Seine. Tous types de départements sont concernés.
La Gironde, sixième département le plus peuplé du pays, est un exemple criant. Mi-octobre, la collectivité a présenté un budget de fonctionnement en déficit de 97 millions d’euros. Ce déséquilibre a immédiatement activé la « procédure d’accompagnement de l’État ». La « règle d’or » budgétaire est stricte : il est interdit de présenter un budget non équilibré. L’autorité de tutelle doit intervenir. Le défaut budgétaire ne fait plus de distinction entre territoires riches et territoires plus modestes.
Le déséquilibre budgétaire n’est pas qu’une ligne rouge comptable. Il a des répercussions immédiates et physiques sur l’économie et la vie des citoyens.
Les Départements sont contraints de prendre des mesures drastiques. La baisse des investissements frappe d’abord les routes et les collèges. C’est un coup de rabot direct sur la commande publique qui ralentit l’activité des entreprises locales de BTP et de services. S’ajoutent les difficultés de financement des Services d’Incendie et de Secours (SDIS) et la réduction des subventions et de l’aide aux communes. Les services de proximité souffrent, accentués par le non-remplacement de personnels. Les compressions budgétaires rognent sur la qualité de l’action publique.
Les élus départementaux jugent que le projet de budget 2026 ne va rien améliorer. Certes, la copie gouvernementale prévoit la mise en place d’un fonds de sauvegarde, mais à hauteur de 300 millions d’euros seulement. Le montant est largement insuffisant pour combler le déficit structurel qui se compte en milliards.
L’association évalue sa propre contribution « demandée aux départements pour 2026 » à 575 millions d’euros. Le paradoxe est là, total : un fonds de sauvetage inférieur à la somme qu’on leur demande de mobiliser.
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« L’État nous demande de participer au redressement des comptes publics sur des dépenses qu’il nous impose », tonne François Sauvadet. C’est une situation « complètement invraisemblable ». Le sentiment exprimé par le président de Départements de France est celui de l’« abandon ». L’exigence de l’association est claire : l’État doit garantir le financement de toute dépense nouvelle qu’il impose. Elle réclame par ailleurs un fonds d’urgence de 600 millions d’euros immédiat pour soutenir les départements les plus en difficulté.
(Avec agences)
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