OPINION. « Genre et climat : un paradoxe qui peut faire bouger les lignes »
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Sylvie Borau et Robert Mai
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Par Sylvie Borau, TBS Education et IAST Toulouse, et Robert Mai, Grenoble Ecole de Management
Au moment où se tient la COP 30 au Brésil, le débat climatique reste profondément polarisé. Alors que la science confirme l’urgence d’agir, une partie de l’opinion, souvent située à droite de l’échiquier politique, continue de minimiser le rôle des activités humaines dans le dérèglement climatique, freinant l’adoption de politiques ambitieuses de réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Face à ces résistances, que faire ? Nos travaux, basés sur des données recueillies dans 63 pays auprès de plus de 56 000 personnes, montrent que cette polarisation n’est pas seulement politique : elle est aussi de genre. De manière quasi universelle, les femmes croient davantage que les hommes à la causalité humaine du changement climatique et affichent un soutien plus important aux politiques environnementales. Cette différence entre les genres est particulièrement robuste, comme celle observée également dans les choix d’orientation ou de carrière, avec des femmes nettement moins présentes dans les filières d’étude et les métiers scientifiques et techniques (STEM).
Un paradoxe surprenant apparaît par ailleurs : comme pour l’orientation scolaire et professionnelle, plus une société promeut l’égalité entre les hommes et les femmes (et plus elle valorise la coopération et le soin plutôt que la compétition), plus les écarts entre les genres se creusent.
Autrement dit, dans les pays les plus progressistes sur le plan du genre et les plus coopératifs, comme les pays scandinaves, et dans une moindre mesure, la France, les femmes sont plus pro-environnementales et les hommes en moyenne, davantage résistants aux messages pro-climat, là où on pourrait, au contraire, attendre un rapprochement des comportements.
Un segment en particulier — les hommes conservateurs dans les pays égalitaires — constitue le noyau dur de la résistance aux politiques climatiques. Malgré les campagnes d’information, ils restent opposés à un changement de mode de vie comme la réduction de la consommation de viande ou la moindre utilisation de véhicules polluants. Moins de la moitié d’entre eux reconnait ainsi en France le fait que le dérèglement climatique est lié à l’activité humaine et non au hasard ou à des cycles naturels, alors que 90% des femmes très à gauche sont dans ce cas.
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Nos données indiquent même que ces hommes conservateurs des pays égalitaires réagissent négativement à certaines campagnes : les messages émotionnels anxiogènes renforcent leur résistance au lieu de les mobiliser comme espéré.
Les publics plus réceptifs sont, d’après nos recherches, les hommes de gauche, mais surtout, et étonnamment, les femmes de droite. Certes, elles adhèrent moins spontanément aux discours écologistes que leurs consœurs à gauche, mais ces femmes de droite se montrent sensibles à des arguments concrets et non idéologiques.
Dans nos expériences, l’évocation d’actions collectives réussies — comme la résorption du « trou » dans la couche d’ozone grâce à l’accord de Montréal en 1987 — renforce leur engagement. Dans notre étude, de telles évocations ont augmenté de 5 % leur soutien aux politiques de lutte contre le changement climatique dans les pays les plus égalitaires. Montrer que des solutions existent, qu’elles préservent la qualité de vie et profitent aux générations futures, s’avère également efficace.
Dans un contexte de polarisation croissante, mobiliser exclusivement les convaincus ne suffira pas. Pour accélérer la transition écologique, il est stratégique de s’adresser à des segments ambivalents. Convaincre les femmes conservatrices pourrait d’ailleurs aussi entraîner les hommes de leur foyer : des recherches sur les comportements alimentaires montrent que les choix se diffusent au sein des familles, y compris sur les choix climatiques.
L’enjeu est clair : adapter les récits aux différentes cibles. Moins de catastrophisme, et moins d’idéologie ; davantage d’exemples concrets, de solutions basées sur la coopération, en montrant des bénéfices tangibles, et en utilisant comme levier une projection positive pour les générations futures.
Certains redouteront le fait qu’un ciblage spécifique des femmes conservatrices accentue la fracture de genre. Mais reconnaître des différences n’équivaut pas à les figer. Au contraire : s’adresser en priorité aux segments réceptifs permet de désamorcer la résistance frontale qui alimente ces divisions. En mobilisant ces femmes, on ouvre des espaces de dialogue et de transformation progressive, susceptibles, à terme, de reconfigurer les normes et de réduire les clivages idéologiques et genrés plutôt que de les cristalliser.
(*) Sylvie Borau est professeur de marketing à TBS Education et chercheur à l'Institut for Advanced Studies in Toulouse (IAST). Robert Mai est professeur de marketing à Grenoble Ecole de Management.
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