Un accord de défense franco-britannique historique

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L'A400M: sa maintenance sera faite en commun entre Français et Britanniques
L'A400M: sa maintenance sera faite en commun entre Français et Britanniques (Crédits : © 2010 Thomson Reuters)
Il ne faut pas s'y tromper: l'accord entre la France et le Royaume-Uni est historique. Les deux pays vont même collaborer dans le nucléaire. Les ennemis d'hier sont désormais joints à la hanche, pour le meilleur et pour le pire.

Winston Churchill aurait-il apprécié? Charles de Gaulle aurait-il supporté? La génération des grands leaders à la tête de vrais puissances militaires est bien finie. En signant aujourd'hui un accord de coopération militaire franco-britannique, David Cameron et Nicolas Sarkozy reconnaissent qu'ils n'ont plus le choix: pour continuer à compter encore un peu militairement sur la planète, en ces temps de restrictions budgétaires, il leur faut se rapprocher.

L'accord est historique. Qu'on en juge: les deux pays vont coopérer sur la simulation nucléaire. L'arme nucléaire, la plus sensible de toutes, sera étudiée en commun! Pour les porte-avions, même chose: le porte-avions français et celui britannique (chacun n'en a qu'un, et celui britannique ne sera livré qu'en 2020) opéreront de façon coordonnée. Des avions français pourront atterrir sur celui britannique, et vice-versa. Ce sera -et c'est le mot clé- "inter-opérable".

Le symbole de tout cela est dans la force expéditionnaire commune. Des brigades françaises et britanniques vont s'entraîner ensemble, avec une première opération mi-2011 dans l'est de la France. L'idée est de préparer l'après-Afghanistan (après 2015) pour pouvoir envoyer rapidement des forces communes, en faisant des économies d'échelle (notamment dans un ravitaillement logistique commun).

Certes, les deux leaders prennent des gants. La souveraineté des deux pays demeurent. La dissuasion nucléaire n'est pas partagée et chaque pays conserve son indépendance sur le sujet. Seule la simulation sera partagée, et encore de façon limitée (les ogives nucléaires britanniques sont de technologie américaine et le Pentagone n'a pas l'intention d'en dévoiler les secrets). Mêmes les brigades ne sont pas vraiment communes: il s'agit simplement de passer des informations, d'assurer la relève d'une brigade par une autre, d'améliorer le ravitaillement commun.

Cela n'en reste pas moins impressionnant. Dans un contexte historique, c'est une accélération brutale d'un rapprochement logique, mais qui restait depuis longtemps en travers de la gorge des Etats-majors de chaque pays (surtout côté britannique). 

Il reste à concrétiser tout cela. Beaucoup de programmes doivent être signés en 2011 : c'est vrai sur la maintenance et la logistique commune de l'A400M, avion de transport militaire; c'est vrai aussi sur les drones, avec un appel d'offre l'année prochaine, pour livraison de matériel en 2015-2020; c'est enfin vrai sur les satellites de communication militaire, avec le lancement d'une étude en 2011 pour potentiellement partager une partie de la recherche et du développement. Beaucoup de programmes ne se concrétiseront qu'en 2020 (porte-avions), voire 2030 (nouvelle génération de drones). Certaines déceptions sont à attendre, et les études communes n'arriveront pas toujours à des résultats.

Reste qu'on voit mal maintenant comment les deux armées reviendront en arrière. Ne le dites pas trop aux Britanniques, mais c'est bien en grand pas en avant dans l'Europe de la défense qui a été franchi aujourd'hui. David Cameron présente cela comme une simple coopération bilatérale dans le cadre de deux pays à l'intérieur de l'Otan. Mais le rapprochement concerne 50% des capacités militaires européennes. Autant dire l'essentiel.

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a écrit le 07/03/2011 à 14:48 :
Je connais les budgets militaires de tous les pays majeures (USA, Russie, Chine, Inde, France, Grand-Bretagne etc.) Tous ont augmenté. Ils atteindront en ajoutant les mensonges 1500 milliards $ pour 2011. Nous sommes entrés dans une autre folle course aux armements. Non pas parce que nous avons peur des extra-terrestres ou de nous-mêmes, mais simplement parce que tous les pays développés sont devenus incapables de produire autre-chose. Ils ne sont plus compétitifs dans tout ce qui est de consommation courante et l'argent des contribuables est si facile à obtenir. Voyez à quel point pleurnichent Dassault, Lagardère, Boeing et consorts lorsqu'ils perdent un contrat. Le plus lamentable de cette course à l'auto-destruction c'est qu'aucun dirigeant politique ou religieux n'ose aborder le sujet (le Pape pourrait menacer d'excommunier tous les fabricants d'armements et les vendeurs). Pour le FRIC l'Humanité marche sur la tête... Alors qu'ils ont une possibilité de faire autre-chose avec le BRIC, j'ai même suggéré par l'intermédiaire de Russia Today TV à Messieurs Poutine et Medvedev d'exposer les faits et d'aborder ce problème à l'échelle mondiale. Car si il y a un pays qui a besoin de calme et d'argent pour améliorer l'infrastructure de son territoire, c'est le leur.
J'ai fait cette demande au moment ou je voulais inclure les drugs comme armes de destruction massive. Donc, avant la signature du traité START. J'attends toujours la réponse...Désolé futures générations; je fais ce que je peux; mais sans succès. C'est la vie ! Jean-Claude Meslin Le Rescapé de la Bombe d'In-Ekker (01-05-1962)
a écrit le 02/03/2011 à 22:48 :
Sujet n'ayant pas le moindre intérêt. Dirigeants anglais et français feraient beaucoup mieux de s'intéresser au bonheur de leurs concitoyens respectifs et éliminer les inégalités qui ne font que croître. Ils devraient oeuvrer pour la construction d'une Union Européenne crédible, indépendante et non à la "traine" des américains.
JCM Le Rescapé de la Bombe d'In-Ekker qui connait très bien ce sujet...

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