Pourquoi les Britanniques ne sont (toujours pas) dans la rue

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Une (très rare) manifestation britannique, en mars 2011 - Copyright Reuters
Une (très rare) manifestation britannique, en mars 2011 - Copyright Reuters (Crédits : REUTERS)
Alors que le congrès annuel des syndicats débute ce lundi, les risques de grèves augmentent, mais les syndicats hésitent à agir.

Si ce n'est pas maintenant, quand ? La pire austérité budgétaire au Royaume-Uni depuis la Seconde guerre mondiale est en cours. Près de 400000 emplois de fonctionnaires seront supprimés d'ici 2014. Une très dure réforme des retraites de la fonction publique est en cours. Et l'économie britannique est quasiment au point mort, tandis que l'inflation réduit le pouvoir d'achat des ménages.

Malgré ce cocktail socialement explosif, les syndicats britanniques sont prudents et évitent de descendre dans la rue. Et personne ne prend vraiment au sérieux les menaces agitées par la presse d'un nouvel "hiver du mécontentement", référence aux grèves qui avaient paralysées le Royaume-Uni dans l'hiver 1978-1979.

Curieux paradoxe, alors que débute ce lundi le congrès annuel du Trade Union Congress (TUC), la principale confédération syndicale du pays... Répondant à une question de La Tribune, Brenda Barber, son secrétaire général, rappelle que les circonstances en France et au Royaume-Uni ne sont pas les mêmes. "La culture est différente, les lois sur les grèves sont différentes, les médias sont différents..." Il ne rejette pas complètement la possibilité de grandes grèves ("nous n'y allons pas à la même vitesse qu'en France, mais nous y arriverons peut-être"), mais n'en fait certainement pas un objectif. En creux, sans le reconnaître officiellement, il accepte un fait clé : malgré la crise et l'austérité, la population britannique dans son ensemble ne soutient pas les syndicats. Ou du moins elle ne soutient pas les grèves.

D'une certaine manière, c'est paradoxal. Le taux de syndiqués est quatre fois plus élevé au Royaume-Uni qu'en France (7% contre 27%). Certes, il s'agit avant tout de syndicats de la fonction publique, où le taux tourne autour de 55%, tandis que le taux dans le secteur privé n'est que de 15%, mais cette répartition est environ la même qu'en France.

Simplement, depuis les années Thatcher, les syndicats n'ont pas le même rôle qu'en France. Au Royaume-Uni, ils servent beaucoup dans les relations des employés avec leurs patrons, et mènent des négociations par branche. Mais il n'est presque jamais question d'utiliser "l'arme nucléaire", la grève. En partie, c'est parce que c'est légalement difficile. Margareth Thatcher a introduit deux lois encadrant sérieusement les débrayages : une grève nécessite un vote à bulletins secrets, qui peut prendre des semaines à organiser pour les très grosses entreprises ; une grève de solidarité (par exemple les pompiers soutenant les cheminots) est interdite.

Mais surtout, c'est l'attitude du pays qui explique cela. Les médias britanniques sont très négatifs vis-à-vis des grèves et couvrent généralement cette actualité par le biais des problèmes occasionnés pour les utilisateurs. Même le parti travailliste, désormais dans l'opposition, se montre très réticent et a refusé de soutenir les appels aux manifestations des syndicats les plus militants. Le climat est tel que face aux menaces croissantes de grève pour cet automne, le maire de Londres Boris Johnson se sent suffisamment à l'aise politiquement pour mener une campagne pour durcir les lois contre les syndicats. "Pourtant, nous avons déjà parmi les lois les plus dures du monde occidental", rappelle Brenda Barber. Il estime même que leur renforcement pourrait aller contre les conventions internationales sur le droit à la grève, dont le Royaume-Uni est signataire.

Il y a un an, j'écrivais déjà un article m'interrogeant sur l'absence de manifestations contre l'austérité. A l'époque, je me disais que l'attitude changerait peut-être quand les coupes budgétaires entreraient en vigueur. Visiblement, cela n'a été le cas. Et si cela ne l'est pas maintenant, cela ne le sera sans doute jamais.

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