Guilhem Bertholet, le serial entrepreneur et l'effet papillon

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Dans ses apéros entrepreneurs, Guilhem Bertholet applique sa règle des 3C : pas de cravates, pas de consultants, pas de commerciaux. En revanche, les noeuds papillons sont les bienvenus...
Dans ses apéros entrepreneurs, Guilhem Bertholet applique sa règle des 3C : pas de cravates, pas de consultants, pas de commerciaux. En revanche, les noeuds papillons sont les bienvenus... (Crédits : DR)
Ce Lyonnais de 32 ans s'emploie à éveiller les consciences entrepreneuriales. A l'instar d'Edward Lorentz, père de la théorie du chaos qui expliquait qu'"un battement d'ailes d'un papillon au Brésil peut déclencher une tornade au Texas", Guilhem Bertholet mène des actions diverses et ponctuelles, mais destinées à créer durablement une culture et un écosystème favorables aux start-up.

En hipster qui se respecte, Guilhem Bertholet porte la barbe et le nœud papillon. Un accessoire de scène, quand il anime une conférence dédiée à l'entrepreneuriat numérique, pour nuancer le sérieux du propos et le professionnalisme de la forme.

L'homme de 32 ans était maître de cérémonie en octobre dernier pour la première édition du Blend Web Mix, un événement qui a réuni à Lyon pendant deux jours 800 acteurs du numérique, des entrepreneurs bien sûr, mais aussi des développeurs, des hackers, des investisseurs et des chercheurs."Nous avons monté l'événement en six mois, en mode commando. Olivier Mathiot (co-fondateur de PriceMinister) a été le premier speaker à confirmer sa présence, puis tout s'est enchaîné", relate Guilhem Bertholet, un calme qui aime travailler dans l'urgence, quitte à stresser ses partenaires.

 

"Il est très malin pour créer du lien"

Serial entrepreneur diplômé de l'EM Lyon, il se plaît à dynamiser l'écosystème local, en partenariat avec la communauté d'agglomération. Karin Dognin-Sauze, vice-présidente PS de la communauté d'agglomération du Grand Lyon chargée de l'innovation et des nouvelles technologies, sourit : 

"Guilhem a été une personnalité structurante dans le projet Blend. Il a eu l'idée d'associer les chercheurs de l'université. Il est très malin pour créer du lien avec tous les interlocuteurs, même s'il emploie parfois un langage qui interpelle : il ne s'en rend pas compte, mais tout le monde ne comprend pas ce que signifie "hype" par exemple."

 

"Pas de cravates, pas de consultants, pas de commerciaux"

Avec l'association La Cuisine du Web, qui anime le réseau d'entrepreneurs du numérique à Lyon depuis mai 2012, il cherche un lieu pour créer un hôtel d'entreprises avec un espace restauration pour favoriser les échanges. De quoi donner une empreinte physique et permanente aux rendez-vous d'entrepreneurs qu'il bâtit depuis dix ans.

"En 2003, quand la loi Dutreil pour l'initiative économique a permis de créer une entreprise avec un euro de capital social, j'ai créé avec quelques amis l'Association des jeunes entrepreneurs lyonnais (Ajel). Mais à la fin, nos débats étaient squattés par des comptables et des avocats en quête de clients. Pour éviter cela, quand nous avons travaillée à créer un rendez-vous de networking pour entrepreneurs à Paris avec Gilles Poupardin (Sencities), nous avons imposé la règle des trois C : pas de cravates, pas de consultants, pas de commerciaux."

 

"Je me passionne pour les business modèles"

Cette initiative, nommée Apéro Entrepreneurs, est née en février 2010. "Rapidement, Perpignan et Grenoble ont repris l'idée. Et aujourd'hui, les entrepreneurs se rassemblent autour d'un verre chaque premier jeudi du mois dans une quarantaine de villes dans le monde", souligne nonchalamment Guilhem Bertholet.

 Parlez-lui de création de start-up et ses yeux se mettent à briller : "Je me passionne pour les questions de business modèles, comment accélérer ?" Ces réflexions, il les a transmises aux étudiants d'HEC pendant trois ans. En charge de l'incubateur de l'école, il a accompagné 75 créateurs d'entreprise, dont Céline Lazorthes, la fondatrice de Leetchi.com. "Guilhem est quelqu'un de challengeant. Il est direct et cible tout de suite les points d'amélioration. Il a un carnet d'adresses de grande qualité pour toute question sur le marketing, les ressources humaines, le financement et le business en général", se souvient-elle.

 

Il crée le buzz à HEC

Eloïc Peyrache, le directeur d'HEC, aurait aimé le garder dans son équipe :

"J'étais prêt à lui donner davantage de responsabilités mais sa fibre entrepreneuriale l'a rattrapé. Quand j'ai recruté Guilhem, par petite annonce, ses idées culottées avec une approche marketing un peu délirante m'ont plu. A l'époque, nous lancions un "elevator pitch" pour faire émerger les idées d'entreprises chez les étudiants. Guilhem s'est donc installé dans un couloir passager de l'école, dans un faux ascenseur et filmait les volontaires en deux minutes. Quand le temps était écoulé, un complice fermait la porte du pseudo-ascenseur. Ensuite, les films étaient soumis au vote de tous les étudiants de l'école. Quel buzz ! En quelques semaines, tout le monde avait identifié l'incubateur."

 Guilhem Bertholet continue de donner des cours à HEC ponctuellement, proposant par exemple de lancer un site de e-commerce en trois semaines. Mais aujourd'hui, cet hyperactif consacre l'essentiel de son temps à Invox, une agence de content marketing qu'il a fondée en janvier dernier pour permettre à ses clients professionnels de développer leur propre média.

 

"Il est catastrophique côté administratif"

C'est sa quatrième "boîte", après la société de cours particuliers à domicile Methodia, la société éditrice de WeloveSaas Calabio, et l'agence de communication via la bande-dessinée BD&Co (devenue Sydo). Après ces expériences, Guilhem Bertholet a rompu avec ses différents associés, excepté avec son ami et co-fondateur de Sydo, Syvain Tillon, qui en plaisante :

"Nous avons rédigé un pacte d'actionnaires pour établir les rôles de chacun. Guilhem n'est pas très bavard dans le travail. Sa capacité de travail est impressionnante, il est brillant pour ce qui le passionne, mais il est catastrophique côté administratif. C'est un créatif qui a besoin d'un partenaire opérationnel."

 

Guilhem Bertholet est aussi un perfectionniste. Il se souvient ainsi du premier contrat de Sydo, obtenu auprès d'un cabinet de conseil qui voulait recruter des jeunes diplômés : "Nous avons gagné 10 000 euros pour quatre pages moches et sans scénario. C'était la pire BD de l'histoire, mais le client était content", se console-t-il. Désormais rompu à l'exercice de la pédagogie par la bande-dessinée, et infatigable dans son prosélytisme proentrepreneurial, il a co-écrit "Lucy et Valentin créent leur entreprise" pour sensibiliser les collégiens à la création d'entreprise. 160.000 exemplaires circulent dans les classes de troisième. "Qui sait, cela leur donnera peut-être envie de créer leur start-up plus tard." L'effet papillon…

 

Où le rencontrer

"Pour me joindre rapidement, laissez-moi un message via mon blog GuilhemBertholet.com. J'annonce sur Twitter les deux événements ou conférences auxquels je participe chaque mois, à Lyon ou à Paris."

 

Comment l'aborder 

"Soyez efficace. Arrivez avec des questions précises. Je ne peux pas donner de conseils utiles sans indicateurs précis : quelle est votre expérience, votre marché, les chiffres de votre entreprise, etc. "

 

A éviter 

"Les mails non personnalisés, copiés-collés et envoyés à toute une liste d'experts, m'agacent, tout comme les fautes d'orthographe. Si votre projet est confidentiel, et qu'on ne peut pas en parler librement, ne me sollicitez pas."

 

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