Après les pigeons, les cigognes ?

 |   |  1092  mots
(Crédits : DR)
Depuis le 16 octobre, les sages-femmes ont entamé un mouvement de grève illimitée. Une maternité sur trois en France serait concernée. Bien sûr, pour l’heure, il n’est pas question pour les sages-femmes de ne pas assurer les soins, elles manifestent leur colère en portant un badge, en placardant des affiches, en défilant dans toutes les métropoles régionales et en organisant des sit-in devant le ministère de la santé et France Télévision. Mais, cette contestation des petits pas ne cesse de prendre de l’ampleur.

Ce qui a mis le feu aux poudres ? En avril et mai derniers, des premières manifestations de sages-femmes réclamant une revalorisation de leur profession avaient conduit Marisol Touraine, la ministre de la santé, à assurer, que des négociations salariales seraient entamées. Le 22 mai, dans un communiqué, la fédération CFTC santé annonçait que le ministère avait donné l'assurance « qu'une évolution salariale (...) serait effective avant la fin 2013 ». Toujours selon la CFTC, la ministre s'était dit déterminée à défendre pour la profession de sage-femme le statut de Praticien hospitalier (PH). Ce qui répondait entièrement à leurs revendications.

Dans son rapport de 2011, les sages de la rue Cambon soutenaient le rôle des sages-femmes comme professionnelles de premier recours pour les femmes en bonne santé. Les sages-femmes ont de plus en plus de responsabilités, elles sont notamment chargées du suivi gynécologique des femmes, de la puberté à la ménopause. La revalorisation de la profession est donc légitime de l'avis de la Cour des Comptes.

Mais voilà, depuis la rentrée rien ne va plus. Les sages-femmes se disent oubliées dans les discussions sur la préparation de la loi de santé. « Nous avons le sentiment d'être ignorées, voire méprisées par le gouvernement. Comme si la santé des femmes n'était pas estimée. » A l'image d'Aline, sage-femme dans le 93, d'Angoulême à Marseille, de l'hôpital Beaujon à la clinique des Bleuets, les sages-femmes tiennent toutes le même discours. « A l'hôpital, nous assurons 80 % des accouchements. Nous devons obtenir un diplôme d'état qui nécessite quatre ans d'études après le Paces (la première année commune aux étudiants de santé), soit 5 ans post-bac. Or, nous sommes la seule profession médicale classée paramédicale à l'hôpital. En début de carrière, nous gagnons environ 1560 euros net pour parvenir au mieux en fin de carrière autour de 2000 euros dans le public et 3000 euros en libéral.  Nous demandons le statut de praticien hospitalier ce qui nous permettra d'être reconnues pleinement comme profession médicale et d'être mieux rémunérées. »

Le mouvement va-t-il continuer ? Il y a de grands risques. Pourquoi ? Parce que pour l'heure, le dialogue avec le ministère est bloqué. Certes une délégation a été reçue par les représentants du Ministère, mais les échanges n'ayant pas convaincu, le mouvement, non seulement, depuis se prolonge mais surtout il s'amplifie. Aujourd'hui, une maternité sur trois, voire sur deux selon les organisations, est en grève.

Question : est-ce une bonne idée de ne pas écouter les sages-femmes ? Avec 827 000 naissances en 2011, selon l'INSEE, la France est un des pays qui affiche le plus haut taux de natalité au monde. En Ile de France, 3777 sages-femmes actives donnent naissance en moyenne à 48 enfants chaque année  alors que la moyenne nationale se situait à 35 par an entre 2009 et 2010. En France, la maternité est un sujet qui tient à cœur de toutes et tous. Les femmes, les hommes. Les jeunes parents de la génération Y sont particulièrement attentifs. Alors, pourquoi ne pas entendre ?

Le cas qui peut finir de mettre le feu aux poudres ? La maternité des Lilas. Cet hôpital privé conventionné de secteur 1 est depuis 1964, soit bientôt 50 ans, un symbole d'une approche progressiste des naissances en France. C'est dans cet établissement, l'un des tous premiers en France, que des pères ont pu assister aux accouchements. Comme l'explique Marie-Laure Brival, chef de service de la maternité, « ici on ne met pas au monde uniquement des enfants, on donne naissance et on accompagne des adultes à devenir des parents. Chaque année, avec 1 700 accouchements par an, la maternité refuse du monde. Son projet d'extension devait lui permettre de passer à une capacité d'accueil de 2 700 accouchements. »

L'annonce de fermeture des Lilas d'ici au 31 décembre paraît d'autant plus absurde que le projet d'extension avait une première fois été accepté et que la maternité a été visitée et saluée ces derniers mois, par les plus hauts représentants de l'Etat. François Hollande, le président de la République y a célébré la journée des droits des femmes, le 8 mars 2012, en pleine campagne pour les présidentielles, aux côtés de Claude Bartolone, alors président du Conseil Général de Seine Saint Denis. Quant à Marisol Touraine, la ministre de la santé et Najat Vallaud-Belkacem, la ministre des droits des femmes, elles ont fait le déplacement il y a moins d'un an, le 17 janvier dernier à l'occasion du 38ème anniversaire de la loi Veil. Puisque la maternité des Lilas est aussi un centre important d'orthogénie. 1300 IVG y sont pratiqués chaque année.

Mais voilà, patatras. En juin dernier, après un premier avis favorable, Claude Evin, le directeur de l'Agence Régionale de la Santé (ARS) d'Ile de France, a finalement décidé pour des questions financières de refuser le projet de construction et de relocaliser les services de la Maternité des Lilas, au sein de l'hôpital de Montreuil, tout en garantissant le maintien de son autonomie. Dans l'attente de la remise du rapport du Professeur Frydman, le père du premier bébé-éprouvette, sur le projet de déménagement, les acteurs réunis sur le dossier s'invectivent, s'accusant les uns, les autres, de lectures partiales et partisanes. Claude Evin met en cause un problème de gestion. Le collectif de soutien, dont l'actrice Karine Viard est la marraine et la chanteuse Catherine Ringer des Rita Mitsouko une activiste engagée, dénonce un acharnement. Les politiques, dont de nombreux socialistes, comme Daniel Guiraud, le maire des Lilas, et les mouvements féministes apportent leur soutien. Sur le site du collectif, 26000 personnes ont signé la pétition en ligne et leur clip vidéo parodiant la chanson de Stromae, Papoutai a été visionné 70 000 fois. Là encore, à l'approche de la date butoir, dans le contexte de la grève illimitée des sages-femmes qui se prolonge, les esprits s'échauffent et se répandent dans la presse et sur internet.

Et alors ? La France n'aimerait-elle plus ses bébés comme le crient en chœur les défenseurs de la Maternité des Lilas et les sages-femmes ? Pourquoi parvenir à une telle situation ? Qui, après l'épisode des pigeons, il y a un an, aurait envie de voir les cigognes se lancer dans un vol en piqué sur le gouvernement ?

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 03/11/2013 à 13:27 :
Et pourquoi pas les oies du Capitole pendant que vous y êtes ? Certains disent que la politique de la FED, les QE successifs ne produisent ni emplois, ni croissance, que les revenus des classes moyennes baissent mais que l alimentation boursière enrichit les riches…
a écrit le 03/11/2013 à 13:20 :
Vous parlez du marathon, seulement il faut un entrainement spécifique. Mais si on fait des courses où seul le gagnant a un prix, il n y aura pas de coureurs… Vous parlez cigognes, vous oubliez la croissance nulle et les oisons, diplômés oubliés ou jetés sur les bouches de métro… Et si on parlait du vol des gerfaux ?

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :