Les Birmanes sont déterminées à prendre leur destin en mains

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(Crédits : Women's Forum for the Economy and Society)
Dans les couloirs de l’hôtel Chatrium de Rangoon, l’affluence pour assister à la deuxième journée du premier Women’s Forum n’a pas baissé d’un iota. Plus de 600 participants (dont près de 20 % d’hommes), au fil des rencontres, se disputent les sièges pour ne manquer aucune des interventions. Ce qui impressionne ? La détermination des Birmanes.

 

Dans les couloirs, les participants étrangers partagent le même enthousiasme. Debout entre deux rencontres ou répondant à des interviews, l'ambiance est au foisonnement. On croise tout aussi bien une parlementaire démocrate cambodgienne qu'une député suédoise que Jean-Yves Naouri, le directeur général opérationnel du groupe Publicis, Marc Ladreit de Lacharrière, président fondateur de Fimalac, époux de Véronique Morali, la présidente du Women's Forum, Jean-Marie Cambacérès, président de France Asie, Agnès Touraine, future présidente de l'Institut Français des Administrateurs (en mai prochain) mais aussi Yan Lan qui pilote Lazard en Chine, la journaliste Christine Ockrent, Olivier Klein, président de la Bred et Umra Beban, vice-président de PepsiCo en Asie tout comme les responsables de Sanofi, Accor et bien sûr Total…

Autant dire que l'affiche est belle et qu'elle en ferait pâlir d'envie plus d'un(e). Mais une nouvelle fois, ce n'est pas là que se cache la clé du succès de la manifestation co-organisée avec l'ambassade de France.

La première table ronde, sur le développement du leadership à l'avenir, conduite par Anne Lauvergeon et les intervenantes birmanes, représentantes du Medef local et des associations de femmes donne le ton. Les organisateurs doivent batailler pendant dix bonnes minutes pour réussir à fermer les portes et éviter l'asphyxie dans la salle. Pendant 1 h 30 devant un parterre avide d'apprendre et de comprendre, les entrepreneures ont à cœur de partager les bonnes pratiques pour parvenir à l'égalité et la réussite professionnelles. Aung San Suu Kyi et Christine Lagarde, présidente du FMI, installées, côte à côte, au premier rang, interviennent également dans la discussion pour apporter leur vision, répondre aux questions et affiner au mieux les enjeux de la promotion des femmes.

Aurélie Filippetti, ministre de la culture et de l'information, venue signer le lancement d'une école de journalisme et un accord pour le soutien à la libéralisation des medias birmans, peut dans la table ronde suivante, consacrée à l'émergence culturelle, mesurer en direct la libération de la parole. Là encore, la salle est pleine. Aucune désaffection. Personne n'a peur d'interpeller la ministre déléguée de la culture birmane pour dire la réalité du quotidien. Depuis deux jours d'anciennes opposantes politiques témoignent à voix nue de ce qu'ont été leurs années de dissidence pendant la période de la junte. Nous sommes à Rangoon, la perle de l'Orient, le langage est imagé. De ces années de peur, sa famille ayant été inquiétée, la responsable de l'AFP, raconte  comment elle sait désormais parfaitement ce que veut dire l'expression « avoir les genoux qui s'entrechoquent ». Pendant les années de la junte, chaque soir, quand elle rentrait chez elle, ne sachant pas ce qui l'attendait, ses jambes tremblaient. A-t-elle pour autant songé à renoncer ? Non. La question parait totalement déplacée, voire injurieuse. La jeune auteur birmane, Jaw Lu, diplômée d'Harvard, explique à son tour, devant la ministre Aurélie Filippetti son emprisonnement pendant cinq ans. «  Quand je suis sortie, j'avais 28 ans, j'étais plus forte. Car, grâce à la méditation, j'ai appris et j'ai approfondi mon écriture, tout en conservant bien sûr intactes mes convictions politiques. » Résultat, aujourd'hui, outre l'écriture de ses livres, à côté de ses activités militantes, elle traduit Claude Simon dans le texte et s'amuse de la difficulté de l'exercice de transposer des phrases si longues et si complexes en langue birmane.

A chaque fois, les histoires sont confondantes. A chaque fois, elles révèlent des forces de caractère bouleversantes. Jacqueline Franjou, à l'issue de ces deux jours de session, tient à souligner combien la résilience et l'enthousiasme des femmes birmanes ont transcendé cette édition et donnent une leçon aux Européennes. De l'avis de Véronique Morali, cette première édition birmane restera comme le Forum le plus saisissant de ces dix dernières années.

A l'heure du déjeuner, quand Christine Lagarde, prend la parole, pour répondre aux questions d'Olivier Fleurot, le patron de MSL, malgré l'absence d'Aung San Suu Kyi, et le soleil qui cogne, le parterre des photographes est tout aussi fourni. Les Birmanes reçoivent cinq sur cinq les conseils de la présidente du FMI. « Ici, comme partout dans le monde, les femmes jouent un rôle moteur pour la croissance de l'économie. Sans vouloir polémiquer en ouvrant un débat sur les quotas, peut-être est-ce une étape nécessaire, car c'est ce qui permettra d'aller plus vite. Il faut dépasser les barrières culturelles. Les femmes doivent accéder au même titre que les hommes à l'éducation et aux crédits bancaires. Comme partout ailleurs dans le monde, les femmes ont été si longtemps frustrées, qu'aujourd'hui, elles ont un tel appétit d'apprendre, de travailler et de pouvoir exprimer tous leurs talents qu'elles font preuve d'une énergie et d'un courage extraordinaires. Nous nous devons de les accompagner. »

A la clôture du Women's Forum, Myat Myat Ohn Khin, la seule femme ministre du gouvernement birman, en charge des affaires sociales, semble toute aussi convaincue. Loin de la retenue officielle, habituellement affichée par les représentants du gouvernement birman, elle aussi ne boude pas sa joie devant le succès de la manifestation. Applaudie chaleureusement par la salle (une nouvelle fois comble), elle vit à l'unisson des participantes et d'ores et déjà donne rendez-vous pour le prochain forum.

Chapeau bas. C'est un grand cru. A l'image d'Aung San Suu Kyi, les Birmanes rencontrées sont déterminées à prendre leur part dans l'essor du pays. Et leur destin en mains. Les journalistes birmanes partagent les mêmes convictions. La question sur l'éventualité d'un retour en arrière les fait sourire. Le mot come back ne figure pas dans leur vocabulaire. Pour elles, c'est inenvisageable. La parole est libre désormais. Pas question de revenir en arrière.

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Commentaires
a écrit le 08/12/2013 à 21:09 :
Surtout les birmanes musulmanes qui subissent le génocide qui se déroule actuellement. Aucun mot sur ça ? Ça ne doit pas rapporter assez.
a écrit le 08/12/2013 à 11:41 :
la religion tue les peuples et les divisent . j ai écouter ce qui se passe la bas , personne en parle , guerre sourde a cause de la religion tout comme en afrique .elle est belle cette humanité , qui tue sont prochain , pour une question de point de vue. surtout n oublier pas de prier dieu pour vos âmes et vous donner bonne conscience messieurs les responsables de tout poils, l église i compris
moi je suis un athée , comme ca je me bas avec personne
a écrit le 07/12/2013 à 23:34 :
Il aurait été bien aussi de parler ou au moins au minimum mentionner les femmes (et enfants, et hommes ) birmanes qui se font massacrer parce qu'elles sont musulmanes, car en France on ne veut surtout pas parler du génocide qui se passe aujourd'hui en Birmanie contre les musulmans et ce silence honteux de la soit disant prix Nobel de la paix san su kui, tt ca pour espérer avoir un poste lors des prochaines élections , honte à tous ceux qui taisent ces meurtres en masse

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