Quand David Cameron vante le modèle anglais à Davos

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(Crédits : reuters.com)
Show man accompli, le Premier ministre britannique a fait l'apologie d'un modèle britannique qui selon lui offre la meilleure option à l'Europe pour gagner dans la mondialisation. L'idée-phare : moins de taxes, moins de réglementations, plus de liberté, pour faire du Royaume-Uni le Hub du "reshoring", la relocalisation d'activités économiques.

Pendant que François H était à Rome pour rencontre François 1, au Vatican, sans doute pour prier pour le salut… de l'âme de la France, à Davos, en séance plénière, c'est David Cameron qui a fait le show. Pour démontrer au monde que son pays, le Royaume-Uni, a adopté la meilleure voie pour sortir de la crise et adapter son économie à la mondialisation. Il faut dire que les résultats macro-économiques récents plaident plutôt en sa faveur, alors que la zone euro, en dehors de l'Allemagne, est toujours enfermée dans une croissance faible.

Ce modèle britannique pour retrouver et créer de nouveaux emplois, David Cameron l'a résumé d'un mot : "Freedom" (liberté). Et Cameron, seul sur scène, de décrire les Cameronomic : soutenir l'entreprise, baisser les impôts, déréglementer, mettre l'argent public sur l'éducation et les infrastructures, être « open, pionneer, innovative ». En creux, le britannique a critiqué implicitement les choix de l'Europe continentale qui va à rebours de ce que veut le Royaume-Uni, que ce soit à la Commission européenne et surtout au Parlement européen, qui en ont pris pour leur grade.

L'Europe de Cameron, on l'a bien compris, est bien l'inverse de celle que veut la France. L'enjeu de cette bataille politique, qui déterminera sans doute le maintien ou non du Royaume-Uni au sein de l'Union européenne, c'est selon Cameron de faire, d'urgence les bons choix pour saisir les « opportunités » qu'offre la nouvelle phase actuelle de la mondialisation : le « on-shoring », traduire « relocalisation » et non pas « démondialisation » version Montebourg !

Le choix du Royaume-Uni, qui a pour cela dû prendre des décisions « difficiles », c'est donc de se positionner comme le « hub » du retour d'activités économiques vers les pays développés. C'est pour cela qu'il faut tout faire pour être toujours plus compétitif et plus attractif, car Cameron l'a assuré, les économies européennes ont une opportunité unique pour faire revenir les « jobs back home ».

Il a détaillé les raisons qui font de ce mouvement selon lui une quasi certitude : les difficultés actuelles des pays émergents, où les salaires, notamment en Chine, augmentent, la nécessité de produire plus près des consommateurs, en raison de la hausse des coûts de transports et de la volonté de réduire les émissions de CO2. Surtout, et plus original, Cameron a insisté sur les atouts de l'Occident dans la période actuelle : dans un monde encore instable, l'état de droit et la liberté du commerce y sont mieux garantis, ce qui est un élément crucial pour la stabilité du business.

Relocaliser les emplois, voilà donc la stratégie à adopter, comme le font les Etats-Unis avec la révolution énergétique du gaz de schiste, qui leur a permis de bénéficier de prix de l'énergie compétitif et de relancer des industries en déshérence : chimie, pétrochimie, et même acier. L'Europe doit à son tour saisir l'enjeu de l'énergie et du gaz de schiste a affirmé David Cameron, qui s'est félicité de l'attitude de la commission européenne sur l'autorisation de l'exploration de nos réserves. Si « nous n'agissons pas dés aujourd'hui, les relocalisations se feront ailleurs » a proclamé le leader britannique, qui a dénoncé tous ceux qui en Europe pensent que la solution passe par plus de régulations et de protections. Dans un monde ouvert, « business is making the case » a-t-il lancé.

Le discours a évidemment plu dans l'enceinte de Davos, convertie aux idées libérales. Mais est-elle juste ? Cameron a donné quelques exemples de relocalisations : un producteur de puces revenu au Pays de Galles, un fabricant de vêtements rentré après quinze ans en Asie, et surtout, une vraie différence avec la France, une production d'automobiles qui dépasse les importations... C'est bien, mais c'est encore maigre, comme argument. Mais il a aussi reconnu que tous les emplois perdus ne reviendront pas. Il a aussi rejeté l'idée de faire de l'Europe une zone de bas salaires, une sorte de Chine-bis. C'est par la productivité que se fera la différence, assure-t-il. Sans convaincre la syndicaliste du Trade Union Congress, qui l'a interpellé depuis la salle pour lui demander si dans son esprit, cela signifiait de favoriser de « decents and well-paid jobs »… C'est bien là tout le problème, n'est-il pas ?

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Commentaires
a écrit le 26/01/2014 à 18:16 :
Venant d'un pays qui a pratiquement institutionnalisé l'offshoring pour soutenir son économie moribonde c'est assez marrant. Lol merci quand-même David.
a écrit le 26/01/2014 à 7:19 :
J'aimerais connaître la part des JO anglais dans leur redressement si redressement réel il y a. Je suis étonnée que personne n'en parle.
a écrit le 25/01/2014 à 16:47 :
De la façon dont David ouvre la bouche , j' ai le sentiment qu'il va nous pondre une énormité . Tout à fait, il parle de relocaliser....le MEDEF va être content .
a écrit le 25/01/2014 à 9:52 :
Thatcher a mis au pas des syndicats qui ruinaient le pays. Tant que ce problème ne sera pas réglé en France, rien ne bougera.
a écrit le 25/01/2014 à 0:10 :
UK Chomage 7.1% croissance 2% et alors
Réponse de le 25/01/2014 à 9:19 :
7 % de déficit du budget, une planche à billets qui tourne et tout ça pour un minable 2% de fausse croissance reposant sur de la dette supplémentaire ... Wahoo ! Impressionnant !
Réponse de le 25/01/2014 à 21:32 :
Il faudra voir... Pour l'instant la chômage est effectivement plus bas, mais à quel prix ? La croissance plus élevée...largement grace a la BoE qui fait tourner la planche à billet, et pour le reste ? Déficit budgétaire > 6%, dette > 94% du GDP, déficit commercial > 4,8% GDP... et 10ieme exportateur mondial....derrière la Belgique...super Cameron !!!! il lui suffit maintenant de sortir de l'UE et on en reparlera !!!!
Réponse de le 28/01/2014 à 12:22 :
sans oublier le fait que la livre a perdu 20% depuis 2008..... ce qui rend très avantageux la production du quashquai de Nissan en Angleterre.....pour le diffuser dans toute l'europe....
a écrit le 24/01/2014 à 22:57 :
C'est sûr que ce n'est pas en avançant tête baissée vers le fédéralisme européen comme le prône la quasi totalité de nos politiques que l'on va progresser vers moins de réglementations. A quand une véritable offre politique libérale ET souverainiste en France ?
a écrit le 24/01/2014 à 22:34 :
Bah on parle de jb Say en France, alors tout va bien... Personne en veut d'une Europe du sud, en france les sondage sont édifiants!
a écrit le 24/01/2014 à 21:54 :
"l'idee phare"??? ...moins de taxes, moins de reglementations.....mais c'est le fondement du liberalisme ca. Tout les economistes liberaux depuis smith s'inspirent de ces principes. Ou est la nouveaute ?
a écrit le 24/01/2014 à 21:52 :
Pour le journaliste , FH a décliné deux fois l' invitation de Davos...et question qu'en est il
sorti de la séance 2013....oui je sais c' est dur.....
a écrit le 24/01/2014 à 19:56 :
L'indice d'inégalité sociale du ROYAUME UNI est en 2014 désormais pire que celui de la ROUMANIE et comparable à la GUINEE EQUATORIALE. Le docteur CAMERON devrait se recycler dans le ONE MAN SHOW.
a écrit le 24/01/2014 à 19:21 :
Manquerait plus que Cameron soit critiqué . Pourquoi ?....... réfléchissons ,....... nous trouverons.
a écrit le 24/01/2014 à 17:01 :
Le discours britannique est le même que l'an dernier, appuyé par l'Allemagne ; un membre centrifuge du foirail européen convergeant avec un autre fédéraliste dominateur. La France avait hurlé en janvier 2.010, puis, élu un président qui avait hurlé la même chose en 2.012, sur les tréteaux électoraux du Bourget. Puisse le François du Vatican inspirer le François de l'Elysée sur l'ingratitude de l'humanité en face des problèmes économiques.!.
a écrit le 24/01/2014 à 16:53 :
M. Cameron fait de la pub. il a raison. Il vante son pays. Sachons vendre le notre tout aussi bien. Il n'est en aucune manière en plus mauvaise position globalement que le Royaume Uni dont les finances publiques sont plus dégradées, le deficit commercial encore plus prononcé malgré une baisse sensible de la livre sterling.
La France a des atouts à elle de les faire valoir et à elle de libérer les forces de son économie pour qu''elle soit la vraie locomotive de l'Europe, Ce qui malheureusement l'Allemagne elle se refuse à être , limitant sa consommation, et affichant une croissance bien maigre alors qu'elle est de fait très puissante industriellement.
a écrit le 24/01/2014 à 16:26 :
Les choix politiques et économiques de la Grande- Bretagne sont tellement bons qu'elle emprunte sur les marchés au taux de 2,84% à 10 ans , quand la France ne paie que 2,25%...
Cherchez l'erreur !
Réponse de le 24/01/2014 à 21:01 :
Est-ce uniquement du à l'économie ou aussi à la monnaie?

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