Rapprocher l'école et l'entreprise, oui mais comment ?

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(Crédits : dr)
Les Journées de l'économie organisées chaque année à Lyon, dont Acteurs de l'Economie et La Tribune sont partenaires, se déroulent cette année du 8 au 10 novembre avec pour thématique «Comment faire autrement». L'objectif des JECO est de réconcilier les Français avec l'économie. Comme l'a proposé récemment le ministre de l'éducation nationale, cela commence dés l'école.

Le débat sur les relations entre l'école et l'entreprise est un sujet propice aux discours qui cachent mal la difficulté à conduire des réformes dans la société française. Récemment Vincent Peillon insistait sur la nécessité pour les entreprises de mieux faire connaître leurs métiers dans les classes et pour les professeurs d'être mieux informés sur les débouchés en intégrant dans leur formation un contact avec ce monde de l'entreprise.

Le problème est celui de la capacité de l'Education nationale à préparer les jeunes à l'emploi en coopérant avec les entreprises, mais :
- L'entreprise est une réalité complexe, souvent regardée avec méfiance par le monde des enseignants, tout en étant objet d'espoir quand l'élève ou l'étudiant sort du système éducatif et qu'il recherche son premier emploi et finalement ramenée à l'expérience vécue par le salarié dans sa vie professionnelle. Curieusement on attendrait trop de ces entreprises mal aimées qui ont une image qui s'est encore dégradée avec la crise économique. Elles sont associées aux licenciements, aux dérives de la finance, au capitalisme mondialisé... On sait qu'elles devront créer d'autres modes de gouvernance pour retrouver une relation de confiance avec les salariés et aussi avec les acteurs du système éducatif.
- Du côté de l'Education nationale on a de longue date privilégié l'acquisition des connaissances avec pour corollaire, la notation, l'orientation "sélective", l'angoisse de l'échec et le décrochage précoce. Problème, cet élève qui fait un long parcours de la maternelle jusqu'à l'enseignement professionnel ou supérieur intègre l'idée que seuls les meilleurs ont une chance de s'en sortir. Pour cela il vaut mieux ne rien dire quand on n'a pas compris et montrer, si tout va bien, que l'on peut répéter le discours du professeur. Résultat, on apprend peu aux élèves à coopérer, à construire de la confiance entre eux et en eux. Enfin on néglige l'acquisition des compétences. Finalement, l'image du système éducatif se dégrade comme celle de l'entreprise.

L'OCDE insiste sur les compétences en distinguant : les compétences élémentaires comme la capacité de résoudre des problèmes, la compréhension de l'écrit, le calcul, la lecture et "les compétences avancées (« Compétences du XXI e siècle »), comme la créativité, le raisonnement critique, la communication, le travail en équipe et d'autres qui sont indispensables pour acquérir des connaissances et pour travailler mieux"[1]. On sait que l'acquisition des compétences suppose que les élèves soient confrontés à des projets qui les amènent à résoudre des problèmes, pour cela il faut une liberté que nos programmes scolaires détaillés laissent peu à l'élève comme à l'enseignant.

Sans entrer dans les querelles autour de la notion de compétence (danger d'une vision trop utilitariste de l'éducation), on ne peut rester insensible aux résultats des tests PISA qui ne sont pas encourageants pour la France. Rappelons que l'enquête PISA est présentée comme cherchant à " évaluer la capacité des jeunes à utiliser leurs connaissances et compétences pour relever les défis du monde réel".

Les derniers résultats[2] montrent que les élèves français en matière de compréhension de l'écrit , de culture mathématique et scientifique restent juste dans la moyenne, avec une tendance au recul des performances entre 2000 et 2009 et les indicateurs d'équité ne sont pas plus favorables, l'école de la république n'est peut-être pas ou plus celle qui permet une égalité des chances. Alors que faire ?
- Favoriser l'épanouissement des personnalités avec des élèves qui découvrent que l'on peut combiner plaisir et effort. Cela veut dire, aider chacun à progresser dans la diversité et pas vers un classement unique qui sélectionne bien plus qu'il n'oriente.

- Développer une véritable stratégie de formation tout au long de la vie. Aujourd'hui, les universités pour les seniors sont un succès, la formation professionnelle est très inégalement accessible et l'école doit créer les conditions de la réussite de chacun.
- Penser une éducation ouverte : on n'apprend pas seulement à l'école. Notre socialisation de fait dans tous les espaces que nous fréquentons : famille, quartier, médias...
- Valoriser la relation avec les territoires. L'école à la française est fondée sur une culture "hors sol". On pourrait, à l'échelon local, s'appuyer sur les réseaux entre l'école, les collectivités locales, les associations, les entreprises...
- Développer des "moments forts" où les élèves et les professeurs pourront vivre des expériences qui leurs permettront de porter un regard différent sur leur environnement et sur les opportunités qu'ils peuvent vouloir saisir. Faire un cours ou un débat dans un lieu qui sort de "l'ordinaire", organiser une rencontre avec des élèves d'un autre pays, porter une initiative dans un projet local, national, européen..

J'entends déjà les critiques : vision idéaliste, propos trop généraux... Oui, il y a de l'utopie et il en faut une dose raisonnable pour être un pédagogue, peut-être aussi un entrepreneur ou un politique. Alors partageons nos idées sur une école où chacun pourrait trouver sa place et un monde de l'entreprise qui devienne conscient de son empreinte sociale. A cette condition école et entreprise pourront entrer dans une interaction constructive.

______

[1] OCDE (2012), Des compétences meilleures pour des emplois meilleurs et une vie meilleure : Une approche stratégique des politiques sur les compétences, Éditions OCDE, p 29.

[2] Voir : http://www.oecd.org/pisa/46624382.pdf

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Commentaires
a écrit le 28/01/2013 à 8:24 :
C'est peut-être trop tard pour faire un commentaire.
L'économie dépend de trois domaines:
-la démographie,avec l'analyse de la pyramide des ages,
-le capital humain qui détermine le niveau vie,la production et la consommation,
-l'énergie avec le rapport entre cout du travail et prix de l'énergie:l'énergie remplace le travail,le travail permet de produire de l'énergie.
a écrit le 13/11/2012 à 12:36 :
Développer le jeu de l'entreprise, tout simplement; en 1ère que le jeune apprenne la comptabilité, l'origine l'histoire et la circulation de la monnaie. En terminale, il apprend à analyser et chercher des opportunités, faire un business plan, un organigramme de l'entreprise avec les temps de travail et la chaine de responsabilité; il finit par un TP fait à plusieurs, la simulation de la création d'une start-up avec grand oral pour convaincre.
Voilà, la France est sauvée, il n'y aura plus besoin d'être fils d'entrepreneur pour en être un soi -même, les gens n'auront plus peur de se lancer, vous faites cela, vous attendez 20 ans, le pays est le plus riche du monde.
Qui serait contre ? les communistes bien évidemment puisque pour eux l'humain n'a pas le droit de penser lui-même, il doit être esclave de l'état.
Quand une personne se sent pleinement responsable de sa vie, voyant le monde comme une opportunité de concrétiser des rêves et des projets, sa capacité d'apprentissage, d'adaptation et de débauche d'énergie devient démentielle; il devient.. libre.
a écrit le 11/11/2012 à 22:28 :
On pourrait déjà commencer par ne pas présenter dans nos livres d'histoire systématiquement et de façon pernicieuse l'entreprise et le capitalisme comme fléaux majeurs de la planète.
Expliquer que la croissance du niveau de vie est intimement liée à celle de l'économie et que le salaire n'est pas un droit mais la contre partie d'une valeur ajoutée, ça serait aussi merveilleux !

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