Shanghai, site pilote des futures réformes économiques chinoises

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Shanghai en passe de détrôner Hong Kong ?
Shanghai en passe de détrôner Hong Kong ? (Crédits : Reuters)
La nouvelle zone de libre échange pilote de Shanghai, voulue par le premier ministre Li Keqiang, pourrait préfigurer une libéralisation significative des investissements étrangers en Chine

Le lancement officiel, le 29 septembre,  d'une nouvelle zone de libre échange (FTZ) à Shanghai, a été le grand événement du week-end en Chine. Ce n'est pourtant pas la première initiative de cet ordre dans un pays où les FTZ sont nombreuses, mais celle de Shanghai est d'une autre nature que les précédentes, car si l'on comprend bien les intentions du gouvernement, elle devrait devenir une vitrine des réformes économiques en apportant aux entreprises qui s'y installeront une dérégulation des taux d'intérêt, la convertibilité du yuan et l'élimination d'une bonne partie des restrictions appliquées aux investissements étrangers. Située à Pudong, cette nouvelle FTZ, d'une superficie de 28 km2, englobe la zone de l'aéroport de Pudong, le port maritime de  Yangshan et la zone logistique de Waigaoqiao.  Elle ne comprendra que des bureaux, des usines et des hôtels.

 Libéralisation des investissements étrangers

 A l'issue d'une réunion entre des représentants de la Chambre de commerce internationale et le Président de la Commission du commerce de Shanghai (SCOFCOM), Shang Yuying, un certain nombre de précisions importantes ont été apportées concernant les investissements étrangers. Seul un certain nombre de secteurs, figurant dans une « Liste négative », seront soumis à autorisation préalable. Les autres sont libres d'accès, moyennant une simple déclaration (filing process). Parmi les secteurs libéralisés, figurent notamment les télécommunications à valeur ajoutée, la construction, l'assurance santé, les jeux, la gestion d'actifs, le conseil juridique, le leasing ou les instituts de formation. L'autre caractéristique essentielle de la FTZ de Shanghai  sera de proposer un environnement financier libéralisé, avec notamment la convertibilité du renminbi, la libéralisation des taux d'intérêts et des transactions financières internationales. Enfin, les autorités chinoises ont clairement laissé entendre que d'ici quelques années, cette FTZ serait étendue à l'ensemble de Pudong, ce qui en ferait une sorte d'équivalent à Hong Kong.

 Le rôle de Hong Kong menacé ?

 D'après le document publié le 26 septembre par le gouvernement chinois, les objectifs de la China (Shanghai) Free Trade Pilot Zone sont présentés ainsi : accélérer la transformation du rôle du gouvernement, développer le secteur des services, réformer le statut et la gestion de l'investissement étranger, développer une économie de « sièges sociaux » et de nouvelles formes de commerce, promouvoir l'ouverture totale du secteur financier, créer un environnement innovant, favorable au échanges internationaux. Certes, il faudra attendre quelques mois pour que ces principes se transforment en réglementations concrètes, mais cette FTZ pilote, dont l'architecte n'est autre que le Premier ministre Li Keqiang, n'en annonce pas moins des réformes fondamentales dans le fonctionnement de l'économie chinoise et le rôle qu'y joueront les investisseurs étrangers. Si le projet est conduit à son terme, il peut en effet menacer le rôle de Hong Kong comme centre financier de la Chine (Li Ka-shing, le célèbre milliardaire de Hong-Kong, dont les commentaires sont plutôt rares, a d'ailleurs appelé, ces jours-ci, à une accélération du développement de l'île afin qu'elle ne se laisse pas dépasser par Shanghai).  

 On l'aura compris, ce projet est un symbole de la volonté de réforme du gouvernement chinois.  Certains organes de presse chinois en font même une sorte de cas d'école de la volonté de Xi Jinping et de Li Keqiang de réformer en profondeur l'économie chinoise, en dépit de l'opposition des milieux conservateurs. Le fait que Li Keqiang n'ait pas été présent lors du lancement officiel de cette FTZ, le 29 septembre, alors que ce projet est son « bébé », est, selon les observateurs locaux, le signe que des tensions demeurent autour de la volonté d'ouverture du Premier ministre.

 Spéculations autour de la prochaine session du XVIIIème Congrès

 Tout le monde attend que la date de la troisième session du XVIIIème congrès du Parti, qui doit se réunir en novembre, soit fixée. D'après les informations qui filtrent sur le programme de travail de cette session, notamment en provenance des think tank proches du gouvernement qui travaillent sur le sujet, il pourrait s'agir d'un tournant majeur dans la politique économique chinoise, d'une ampleur comparable aux réformes annoncées par Deng Xiaoping en 1978. Tous les sujets sont sur la table, semble-t-il : la fiscalité, la réforme foncière et celle des permis de résidence (Hukou), la libéralisation des marchés financiers, et des règles concernant l'investissement étranger, notamment dans l'industrie financière. L'un des dossiers les plus complexes est celui du partage des recettes fiscales entre l'Etat et les provinces et gouvernements locaux. Ces derniers reçoivent aujourd'hui 50% des impôts et taxes perçus par l'Etat, mais sont responsables de 80% des investissements publics, financés aussi au moyen de montages financiers souvent hasardeux. Si la part accordée aux provinces augmente, ce qu'elles réclament avec insistance,  n'y-a-t-il pas un risque de relance de la spéculation foncière et d'une nouvelle vague de travaux d'infrastructures ? C'est ce que craignent certains membres du gouvernement et notamment, d'après la presse chinoise, le ministre des finances Lou Jiwei.  On devine, derrière ces sujets épineux, que la volonté du gouvernement de modifier les fondamentaux de la croissance chinoise (substituer progressivement la consommation et l'urbanisation à l'investissement) s'affirme de jour en jour, mais qu'il sera également soucieux que cette évolution ne déclenche pas le chaos. Ce qui semble indiquer que d'autres réformes, comme celle du secteur public, pourrait être moins prioritaires que voici encore quelques mois. 

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Commentaires
a écrit le 05/10/2013 à 22:47 :
Article vraiment intéressant: Merci Mr Bouée!

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