La renaissance de la pétrochimie aux Etats-Unis, un modèle pour la France ?

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Vu des « States », le déclin de l'industrie n'est pas une fatalité. L'exemple des relocalisations en cours dans la pétrochimie américaine le démontre. Mais faut-il encore s'en donner les moyens...

Alors que le spécialiste du VPC Kem One se dirige inéluctablement vers une restructuration drastique, menaçant toute la filière pétrochimique de Fos-sur-Mer, la France ne cesse d'apparaitre comme un nouveau cimetière d'usines et un parangon de la désindustrialisation des pays développés. Ce constat n'est pourtant pas une fatalité, loin s'en faut, et il n'y a rien d'inexorable dans le déclin de ce secteur crucial pour l'emploi en France.

A cet égard, les Etats-Unis offrent un saisissant exemple de redressement, sous l'égide d'une manne énergétique, des « esprits animaux » d'une nouvelle génération d'entrepreneurs industriels, et de la bienveillance d'une administration Obama qui réduit les entraves aux hommes d'affaires et les choit tout particulièrement.

Qu'on en juge : en Louisiane, Methanex, qui avait fermé sa dernière usine en 1999, vient d'annoncer un investissement d'un demi-milliard de dollars sur un nouveau site qui accueillera en partie une usine de méthanol démantelée depuis un site originellement au Chili !

Tout près de ce complexe, Williams construit une usine d'éthylène alors que CF industries, qui depuis des décennies importait du nitrogène, investit deux milliards dans une usine locale de production de ce fertilisant.

Ces trois sociétés s'appuient sur une double révolution :

- une main d'?uvre américaine à nouveau bon marché dans la mondialisation, sous le double effet, l'un absolu, de modération salariale aux Etats Unis depuis dix ans, et l'autre, relatif, de rattrapage des salaires dans le monde émergent, notamment en Chine (ruinant l'avantage coût dont disposait l'industrie chinoise),

- mais aussi une énergie locale abondante et bon marché (gaz naturel de schiste, GNL, nouveaux champs pétroliers). A l'aune de la structure de coût des activités chimiques de base (les aspects énergétiques représentent 20% des coûts de revient, avec l'électricité requise pour le fonctionnement des usines) d'abord. Mais aussi car la pétrochimie est essentiellement une activité de transformation d'hydrocarbures, la matière première de base de cette industrie.

- Enfin, les marchés finaux locaux (Etats-Unis, Canada) sont non seulement vastes mais en cours de redressement, avec une excellente tenue de deux secteurs clefs en termes de débouchés, l'automobile et le caoutchouc.

Ce cercle vertueux consommation-matières premières explique le contraste saisissant entre le spécialiste américain du VPC Axiall par exemple, et Kem One dans le sud de la France. Selon le BCG, 80 milliards de dollars doivent être investis d'ici 2020 dans le secteur, dans des usines de produits chimiques, d'acier, d'aluminium, de fertilisants, plastiques ou encore pneus, essentiellement dans le MidWest rural américain. Même les compagnies moyen-orientales se ruent sur de nouveaux projets aux Etats Unis (l'égyptien Orascom par exemple avec un projet de nitrogène en Iowa), ou les Français avec Solvay.

La France devrait s'inspirer et promouvoir ce modèle vertueux, avec quelques grands axes :

1 - Favoriser les partenariats entre acteurs de la filière et EDF afin de rationaliser leurs facture énergétique,
2 - Avoir une vision stratégique de notre approvisionnement en hydrocarbures, passant par l'exploitation des gaz de schiste en France ou partenariats avec d'autres Etats Européens susceptibles de lancer leur exploitation raisonnée et contrôlée -Pologne, Ukraine-, construction de nouveaux pipelines transeuropéens ou de capacités portuaires pour le GNL
3 - Enfin, elle ne peut faire l'économie d'une analyse de la compétitivité de la main d'?uvre dans ce secteur.
 

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a écrit le 11/05/2013 à 2:02 :
La Pétrochimie est condamnée à cause du "pétro", par manque de pétrole, même si l'exploitation des gaz de schistes pourrait repousser cette échéance. Il ne se construit plus de raffineries dans les pays non-producteurs pour une raison évidente: Il faut au moins trente ans pour amortir le coût d'une raffinerie, et dans trente ans nous aurons quasiment consommé les réserves de pétrole actuelles ( et peut-être avant, les réserves sont certainement surévaluées). Les raisons 1.2.3 sont de mauvaises raisons. La vraie réponse est la transition énergétique.
Réponse de le 16/05/2013 à 7:17 :
Si si, il y a encore des projets de raffineries: Au Vietnam, petit pays producteur de petrole qui n'est pas auto-suffisant a dans les cartons 2 ou 3 raffineries de plusieurs milliards de $ chacunes. Je ne maitrise pas l'economie du petrole mais j'espere que ce n'est pas pour siphonner l'argent d'aides internationaux a coup de pots de vin.
a écrit le 24/04/2013 à 16:22 :
point 1: je suppose que les industriel en question l ont deja fait. ils ne sont pas stupide. apres on peut en effet considerer que l etat doit subventionner les industriel et faire payer lus le consommateur...
point 2: on ne sait pas si on a de grosse reserve de gaz en france. c est loin d etre sur (cf le petrole de guyane, apparement c est pas si sur qu il y en ait). le boom de la filiere chimique aux USA risque etre de courte duree, car les gaz de schiste ne sont pas rentable pour le moment et les compagnies qui les exploitent perdent de l argent. il y a forcement un moment ou les acteurs non rentable vont s arreter et le prix du gaz augmenter de nouveau. et je parle meme pas des degats de l exploitation du gaz
point 3: autrement dit, il faut baisser les salaires des employes de la filiere. seul probleme: si vou spayez les gens a coup de lance pierre, vous allez pas en trouver beaucoup (ou que des branleurs). pourquoi coryez vous que le spolytechniciens vont dans les alles de marches plutot que dans l industrie ? pas pour l amour de la finance mais simplement car ca paie plus! deja que l industrie en france paie mal, la faire payer encore plus mal est certainement pas la voie a choisir pour lui faire affronter la concurrence
a écrit le 23/04/2013 à 3:38 :
Au lieu , de raconter tout et sont contraire , soyez sûr d'au moins une chose c'est que SOLVAY est la dernière multinationale 100% BELGE , et sans action de Bernard Arnault ni de Gégé ....
a écrit le 23/04/2013 à 0:57 :
Le soja, une légumineuse, ne nécessite pas d'azote pour sa croissance. Le mais, oui. Et à quoi sert-il pour partie ? A la fabrication de bio-éthanol, substitue aux énergies fossiles, qui servent à la fabrication de..."Nitrogène" justement.
a écrit le 22/04/2013 à 17:07 :
Au passage, le "nitrogène" en français, c'est de l'azote et ça sert pour les engrais (azotés) tirés, aux usa par le boom de la culture du mais (subventionné) et du soja transgéniques. en France, en Europe, on est loin de cette situation, même si on développait le gaz de schiste. Qui, au passage, est encore loin d'être rentable. Après le boom des investissements, favorisés par des liquidités surabondantes, il semble que la rentabilité est loin d'être au rendez vous. Mais pour les pipelines et les ports GNL, et les transports associés, c'est en cours, mais là encore pas de miracle attendu : les opérateurs de centrales au gaz neuves les ferment pour non rentabilité. Et quant à la compétitivité de la main d'oeuvre, dans ce secteur, c'est la productivité et le rendement des installations, grandement automatisées qui fait la différence, pas le coût le la MO, comme pour l'aéronautique. On n'a pas le choix, il faut faire du "haut de gamme" dans la guerre des coûts on n'est pas en position de force.
a écrit le 22/04/2013 à 16:41 :
Cet article donne deux bonnes raisons d'être pessimiste:
- la récession provoquée par l'austérité empêche tout rebond du marché automobile
- le refus d'exploiter les gaz de schiste maintient à un niveau élevé les matières premières traitées en France.
Réponse de le 11/05/2013 à 2:11 :
@JEFF
Non, ce sont 2 bonnes raisons d'être optimistes:
- Le marché automobile qui produit des voitures d'une tonne propulsées par un moteur antédiluvien fonctionnant avec du pétrole, dont le rendement est au plus de 40%, tout ceci pour déplacer généralement le conducteur sur une faible distance à la moyenne de quelques dizaines de Km/heures est un marché anti-économique.
Exploiter les gaz de schistes avec les risques que comportent cette exploitation pour justement alimenter les moteurs évoqués ci-dessus ce n'est pas une bonne idée.C'est sûr que si vous travaillez dans l'automobile...

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