Lutte contre le décrochage scolaire : faut-il s'inspirer des Etats-Unis ?

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Alors que les bacheliers planchent aujourd'hui sur leur épreuve de philosophie, combien parmi eux ne croient pas à leur chance de succès? Combien ont décroché? Lutter contre le décrochage scolaire, le ministre de l'Education Nationale, Vincent Peillon, en a fait une priorité. Son dispositif "plus de maîtres que de classes" sera appliqué dans les classes de primaires dès la rentrée 2013, et s'inspire directement des dispositions américaines en la matière, comme nous le démontre notre contributeur, Mehdi Lazar, géographe et spécialiste de l'éducation.

Le décrochage est l'un des maux de notre école en France. Chaque année environ 140 000 jeunes sortent de notre système scolaire sans diplôme. Le volume insoutenable de ces "sorties précoces" rend absolument nécessaire la lutte contre l'abandon scolaire. Cependant, notre pays n'est pas le seul à avoir des difficultés liées au décrochage et aux États-Unis - comme en Europe - l'abandon scolaire apparaît comme un révélateur des inégalités sociales et du manque d'efficacité du système éducatif. S'il est en France désormais une priorité nationale, quelques mesures efficaces mises en place en Amérique du Nord pourraient nous aider à envisager de nouvelles solutions pour améliorer la réussite de tous les élèves.

Aux Etats-Unis, une prise de conscience antérieure à la France

Le décrochage, un phénomène commun aux économies développées, est connu en Europe depuis la « massification » scolaire des années 1980. Les Etats-Unis furent eux concernés par les écarts de réussite éducatifs assez tôt, au début des années 1960 - malgré un taux de scolarisation dans le secondaire supérieur aux pays européens. La lutte contre le décrochage devint ensuite particulièrement en vue après la publication du rapport "A Nation at Risk: The Imperative For Educational Reform" en 1983. Dès le début, plutôt que de lutter contre les origines complexes et multifactorielles du décrochage, qu'elles soient d'ordre social, psychologique ou autre, il s'agissait plutôt de lutter et de surveiller les manifestations du décrochage.

Parmi celles-ci, l'absentéisme en est le premier symptôme. En ce sens, il sert de "signal d'alarme" pour un certain nombre d'élève qui commencent à perdre pied dans leur parcours scolaire. Ceci notamment pendant un nombre restreint de périodes critiques : aux États-Unis comme en France, il s'agit surtout de la fin du collège (cela correspond pour certains élèves à la fin de la scolarité obligatoire et pour la majorité des autres à une période d'orientation - particulièrement problématique lorsqu'elle est subie). Au lycée, les périodes de rupture continuent de se situer lors des périodes de transition (particulièrement dans la première partie de l'année scolaire) et le plus souvent dans des établissements sensibles.

Le manque d'engagement scolaire prédispose du décrochage
En plus de l'absentéisme, les autres signaux assez prédictifs du risque de décrochage sont les indicateurs d'ordre académique. En effet, il est essentiel de rappeler que des compétences de base déficientes et un manque d'engagement scolaire constituent des barrières importantes à l'obtention d'un diplôme. Il est par exemple prouvé que le manque d'engagement scolaire est un facteur plus prédictif du décrochage que les antécédents sociaux des élèves. A ce titre, la place du primaire dans la lutte contre le décrochage est essentielle. En effet, l'abandon scolaire est un processus long et les élèves à risque connaissent déjà l'échec au primaire - tel que le redoublement en CP ou de faibles résultats aux évaluations nationales de CE1 et de CM2 - qui souvent s'amplifie au collège.

Des indicateurs simples tels qu'une faible assiduité scolaire ou de mauvais résultats sont ainsi particulièrement surveillés aux États-Unis car ils révèlent des situations d'élèves fragiles qui risquent de devenir décrocheurs. C'est donc sur eux qu'il convient de focaliser les efforts de la communauté éducative, et ce dès que des signaux d'alarme apparaissent.

Développer le rôle des établissements dans la lutte contre le décrochage
Aux Etats-Unis, comme en France, le décrochage a souvent été traité à l'échelon national. L'abandon scolaire est ainsi une priorité nationale en France, tout comme il est "cause fédérale" aux USA. Outre- Atlantique, deux grandes réformes ont tenté de lutter contre le décrochage scolaire : le "No Child Left Behind Act" de Georges Bush Jr (2002) et le programme "Race to the Top" de Barack Obama (2009). Ces deux réformes mettent l'accent sur un pilotage par les objectifs et les résultats - ce qui avait commencé à être mis en place par le gouvernement de Nicolas Sarkozy - avec des plans de performance annuels (dans lesquels de nombreux indicateurs concernaient les taux de décrochage, les taux d'accès au diplôme, etc.).

Cependant, le traitement du décrochage est aussi pertinent au niveau des établissements. Plus particulièrement, un ensemble de mesures semblent efficaces partout où elles sont engagées. Parmi celles-ci, on peut citer notamment des systèmes "d'alarme" permettant de surveiller les principaux indicateurs de décrochage (absentéisme en hausse, résultats en baisse ou encore une plus grande fréquentation de l'infirmerie), mais aussi un accompagnement fort des élèves aux moments critiques de la scolarité et une meilleure orientation. Cette prévention nécessiterait en France une nouvelle définition des missions des acteurs de l'éducation. Par ailleurs, une plus grande autonomie laissée aux établissements permettrait de développer un "leadership" d'établissement fort - prenant notamment appui sur un pilotage par l'évaluation basé sur des données fiables et identiques - mais aussi une collaboration plus grande des établissements avec d'autres partenaires et les parents d'élèves.


Des dispositifs au plus près des élèves "à risque
"
Au niveau pédagogique, avoir des équipes stables et impliquées reste essentiel, tout comme l'existence d'une bonne formation des enseignants et des programmes d'enseignement rigoureux et clairs. L'apport de la recherche doit être valorisé, ainsi que la personnalisation de l'enseignement et surtout la création de dispositifs de tutorat et de mentorat qui auraient pour fonction de guider les élèves identifiés comme « à risque ». Loin de servir à coller des étiquettes, il s'agit plutôt de donner à un élève une chance de pouvoir relancer son parcours scolaire avant que les difficultés ne soient trop lourdes à rattraper. Les dispositifs qui ont ainsi fonctionné dans les établissements américains reprennent toutes ces mesures, en totalité ou en partie, et sont centrés sur l'élève et son parcours scolaire.

Le décrochage est donc finalement plus un processus qu'un événement : de mauvais résultats scolaires à l'école élémentaire, l'absentéisme ou une délinquance juvénile sont des bons indicateurs du risque d'abandon scolaire, notamment lors de ruptures de parcours et des transitions. Il reste donc essentiel en France d'établir des alarmes concernant l'absentéisme - des systèmes d'alerte précoce - permettant de créer des parcours plus adaptés aux situations de chacun tout en mettant en place des aides pour les élèves fragiles. Seule une mise en place volontaire d'un certain nombre de ces pratiques nous permettra de prévenir le décrochage scolaire.
 

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Commentaires
a écrit le 18/06/2013 à 10:05 :
Ok, mais pourquoi 85% de réussite au bac alors ?
a écrit le 17/06/2013 à 23:20 :
J'aime les USA
a écrit le 17/06/2013 à 18:49 :
On a probablement eu tort de considérer qu'il n'y avait qu'un seul problème de l'éducation en France. Il y a clairement un problème de moyen et de formation des enseignants dans le primaire et la maternelle. Là l'enjeu et d'amener 100% des élèves à un niveau minimum en Français et en Mathématiques juste avant la 6ème (savoir lire, savoir s'exprimer, savoir compter)...Donc OK pour ce que fait le gouvernement pour le primaire et la maternelle.
Pour le collège et le lycée par contre nous avons tout faux probablement depuis les années 70 (réforme Haby) : nous avons pratiqué une politique de "gavage d'oie" à coup de redoublements et de milliers d'heures enseignées inutiles en écoutant tous les lobbies des profs de toutes les disciplines. Or autant un professeur des écoles sait diagnostiquer correctement le besoin d'un élève, autant un professeur du secondaire en est incapable. Dans les enseignements nous n'avons tenu compte ni de la capacité de chaque élève ni de la préparation à l'entrée dans des filières professionnelles où il y a des besoins. Ce faisant nous le voyons bien dans les chiffres : si le coût de l'année-élève produite est inférieur à la moyenne de l'OCDE dans le primaire, il est supérieur dans le secondaire avec des résultats plus médiocres que bon nombre de pays dont les coûts sont dans la moyenne (pas les US qui sont très chers mais les pays scandinaves ou l'Autriche par exemple). Une révision drastique des contenus et des méthodes s'impose donc dans le secondaire, en adaptant davantage ceux-ci aux capacités de chaque élève de sorte à ce que chacun d'eux trouve la bonne orientation vers l'emploi.
a écrit le 17/06/2013 à 18:45 :
"un "leadership" d'établissement fort "... Ouais : privatiser, en résumé. Fallait tout de suite l'écrire plutôt que de tourner autour du pot. Hors, lorsque l'on voit les "résultats" obtenus par les US, franchement, il est urgent de faire tout l'INVERSE.
a écrit le 17/06/2013 à 17:44 :
Le manque de motivation est le risque principal pour les élèves, mais c'est aussi vrai pour la vie professionnelle. Chacun construit sa motivation de façon très personnelle avec une boîte à outil comme dirait FH. Le principal outil est l'exemplarité, des parents, des enseignant, des hautes figures académiques. Un autre outil est la connaissance de soi. Enfin la raison. Tous ces outils ne sont pas enseignés comme ils le devraient.
Réponse de le 17/06/2013 à 18:39 :
L'exemplarité des parents, c'est bien là tout le problème! Encourager la natalité parmi les classes "populaires" est une erreur fondamentale de la société française. Lorsque vos parents ont déjà du mal à subvenir aux besoins de leur propre famille et/ou vivent largement d'aides sociales, quel exemple est offert à la jeunesse?
Réponse de le 17/06/2013 à 18:46 :
Très juste, Michel. Seuls les plus riches devraient pouvoir survivre et se développer.
Réponse de le 17/06/2013 à 20:56 :
Stérilisons les pauvres! D'ailleurs c'est bien connu que chez les enfants de riche il n'y a ni délinquants, ni drogués...
Réponse de le 17/06/2013 à 21:47 :
@yvan et Fred

Vous n'y êtes pas, les plus pauvres ne devraient pas vivre au dessus de leurs moyens et faire payer leurs erreurs aux plus riches. C'est de la responsabilité individuelle ni plus ni moins!
Réponse de le 18/06/2013 à 13:26 :
Si nous voulons suivre l'exemple américain, il faut d'abord accepter l'évidence que la qualité des enseignants est le facteur déterminant de la réussite des élèves. Des enseignants peu engagés et souvent absents sont une catastrophe. Il conviendrait mieux d'épingler les enseignants à risque que les élèves à risque.
a écrit le 17/06/2013 à 17:33 :
"Le décrochage, un phénomène commun aux économies développées". Non c'est un phénomène général du développement. Dans les pays développés, les parents inculquaient à leurs enfants l'idée que les études étaient un passage obligé pour avoir des revenus futures plus élevés. En France, le chômage de masse et la sélection élitiste qui exclut 90% de la masse, ont eu raison de cette croyance. Et ce ne sont pas les moins doués qui décrochent! mais les élèves qui considèrent l'enseignement comme inepte.
a écrit le 17/06/2013 à 17:19 :
Il n'y a pas de solution miracle mais de petites choses qui ameliorent le systeme.
- Quand mes enfants manquent un cours: coup de telephone de l'ecole (du counselor),
- Activites variees (pas de classe fixe) chacun se responsabilise et choisi son parcours en choisissant les matieres qui lui vont le mieux (il faut quand meme suivre un curriculum)
- Controle continu, et chaque matiere permet d'obtenir des credits pour etre gradue (motivation, suivi plus facile, ...)
- Prof payes, ecole financees en fonction du resultat de l'ecole aux tests standardises (et surtout l'amelioration par rapport a l'annee precedente)
Et ce n'est pas plus cher et cela paye.
a écrit le 17/06/2013 à 16:06 :
Sur l éducation, nous sommes consternés de voir le niveau déplorable de la population en sciences, 28ème selon l étude Pisa et pourtant on met de l argent, mais pour quel résultat ? On a formé des masters que l on pôme dans l administration, nous avons des gens qualifiés comme un quart d ingénieurs et pas de politique de développement. L attitude du gouvernement a été sanctionnée à une élection locale alors qu elle concernait un ministre démissionnaire. Les comptes à l étranger sont courants semble-t-il. La France fait reculer la diablerie, la tromperie à l électeur et l affairisme. On fait maintenant du social vers le bas et de la récession. On voit des chinois se faire attaquer, ce qui a fait réagir leur pays d origine. Ce dont on doit parler c est de la violence institutionnalisée. On voudrait réduire les peines contre l avis de la population. Nous avons des tyrans, des cancrelas parasites qui pullulent pour semer le chaos, la misère et le désespoir. Il serait temps de retrouver le chemin du progrès et du respect de la vie. Si les espagnols ont payé leur dette 3 fois, voila une bonne politique ! Une économie se développe sur le travail, le partage équitable et les excédents, c'est-à-dire la croissance globale, pas la dette et la glandouille. C est l Etat d incurie ! Rien à voir avec l intérêt général ! Nous avons là des rats du soviétisme qui cachent leur couteau pour liquider la population française. L Etat étouffe l activité! Qu on en juge !
a écrit le 17/06/2013 à 16:06 :
Sur l éducation, nous sommes consternés de voir le niveau déplorable de la population en sciences, 28ème selon l étude Pisa et pourtant on met de l argent, mais pour quel résultat ? On a formé des masters que l on pôme dans l administration, nous avons des gens qualifiés comme un quart d ingénieurs et pas de politique de développement. L attitude du gouvernement a été sanctionnée à une élection locale alors qu elle concernait un ministre démissionnaire. Les comptes à l étranger sont courants semble-t-il. La France fait reculer la diablerie, la tromperie à l électeur et l affairisme. On fait maintenant du social vers le bas et de la récession. On voit des chinois se faire attaquer, ce qui a fait réagir leur pays d origine. Ce dont on doit parler c est de la violence institutionnalisée. On voudrait réduire les peines contre l avis de la population. Nous avons des tyrans, des cancrelas parasites qui pullulent pour semer le chaos, la misère et le désespoir. Il serait temps de retrouver le chemin du progrès et du respect de la vie. Si les espagnols ont payé leur dette 3 fois, voila une bonne politique ! Une économie se développe sur le travail, le partage équitable et les excédents, c'est-à-dire la croissance globale, pas la dette et la glandouille. C est l Etat d incurie ! Rien à voir avec l intérêt général ! Nous avons là des rats du soviétisme qui cachent leur couteau pour liquider la population française. L Etat étouffe l activité! Qu on en juge !
Réponse de le 17/06/2013 à 16:58 :
tres confus
a écrit le 17/06/2013 à 16:02 :
Mes deux enfants ont malheureusement subis au collège le désintérêt, le dénigrement et surtout n'ont JAMAIS été encouragés par leurs professeurs dans quelque matière que ce soit lorsqu'il remontait leur moyenne, l'enseignant balance son programme et c'est TOUT !! Ma fille a remonté de deux points sa moyenne ce trimestre et aucun message d'encouragements ! "Peut mieux faire!!" c'est ça la réalité de l'enseignement français ! Comment voulez-vous leur donner l'ENVIE !!! Une bonne formation à la pédagogie est pour moi indispensable à ces enseignants qui n'ont aucunement l'envie d'aider nos enfants ! Un gros manque de confiance en soi, voilà ce que nos enfants récoltent !!!
a écrit le 17/06/2013 à 14:47 :
L'article parle de tutorat/ mentorat. Moi j'ai le souvenir lorsque j'etais etudiant d'avoir aide 3 gamins dont les notes etaient tres basses a remonter en mathematique en echange d'une aide de leur maman pour m'aider a faire mon menage/repassage. Le resultat a ete excelent pour les gamins. Je pense que ce type d'echange qui etait cette fois la base sur une simple relation de voisinage doit etre encourage quand c'est possible car c'est tres enrichissant pour les deux cotes. L'ecole doit faire beaucoup mais ne peux pas toujours remedier a tous les problemes.
a écrit le 17/06/2013 à 14:10 :
on croyait que les francais etaient les gens les plus intelligents de l'univers! on en decouvre tous les jours!!! sinon, faudra peut etre un jour se poser les pbs de l'autorite des profs, et du nivellement permanent par le bas, non?
Réponse de le 18/06/2013 à 10:02 :
de quels français parlez vous ??
a écrit le 17/06/2013 à 13:54 :
Il ne faut s'inspirer en rien de ce pays sans humanite et qui pu la mort .

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